‹ Le roman sentimental avant l'AstréeChapitre 17 sur 192 · Concorde des Deux Langages, éd. Stecher, t. III, p · texte numérisé non relu

Concorde des Deux Langages, éd. Stecher, t. III, p

4. Cf. Fr. Flamini, Le Lettere italiane alla corte di Franccsco I, dans ses Studi di Storia letteraria italiana e straniera. Livorno, 1895, 16°, les articles de M. Emile Picot dans le Bulletin italien (1901 et suiv.), dans le Journal des Saluants (1902), dans la Reloue des Bibliothèques (1898 à 1902), et son livre : Les Français italianisants au XVP siècle. Paris, 1906, 8".

Midi OÙ des prélats italiens occupent les évêchés, à Lyon surtout, (( le second œil de France », la ville des libraires et des banquiers toscans. Mais ce n'est qu'en 1532 que paraît la première version française ^

Pendant que se continuent les expéditions au delà des Alpes, la réalité est si fertile en belles aventures qu'on n'a que faire de romans. Si on en lit entre deux équipées, ce sont les romans de chevalerie qui stimulent les beaux courages, entretiennent la fièvre guerrière.

Après la paix de Cambrai (1529), il semble que les imaginations se détournent un peu de l'épopée chimérique. La vie mondaine devient plus active. François P'", « considérant que toute la décoration d'une court estoit des dames », en avait voulu peupler la sienne « plus que de la coustume ancienne ». La galanterie courtoise avait commencé à refleurir^; déjà elle tempère en une certaine mesure des mœurs encore brutales. Sur ce point, comme pour le bon langage, la cour donne « loy à la France

1. Une édition de Paris : J. Longis, 1532, 8°, lettres rondes, 95 ff. : Complaincte très piteuse de Flamette à son arny Pamphile^ que M. H. Hauvette {Bulletin Italien, 1908, I) estime être la première; une autre de Lyon : Flammette , Complainte des tristes amours de Flammeite a son amy Pamphile, Tanslatee d^italien en vulgaire francoys. Claude Nourry, dit le Prince, 1532, 8°, goth., 96 ff., fig. — La traduction est anonyme; elle s'applique à suivre de près l'original, mais elle est assez souvent inexacte et il semble qu'elle ait été faite sur un texte fautif. Elle est d'ailleurs incomplète. Ses six chapitres ne nous conduisent que jusqu'à la fin du livre V des éditions postérieures à 1527 : les livres VI et YII de Boccace ne sont donc pas traduits.

2. On trouvera une nouvelle preuve de ce progrès de la politesse dans deux des lettres de Guill. Budé à son fils Dreux, récemment analysées par M. Delaruelle : « Dreux est d'une génération qui ne connaîtra plus la grossièreté des temps anciens : il doit se mettre à même de faire bonne figure dans la société. Il s^agit pour lui d'acquérir les qualités physiques et intellectuelles dont l'ensemble constitue la civilité... C'est ainsi qu'un jeune homme peut réussir dans le monde. » (Lettre du 24 déc. 1520.) Développement analogue dans la lettre du 3 juin 1521. {Répertoire de la Correspondance de Guillaume Bude\ 1907, p. 128 et 151.)

universelle* ». Le prestige des femmes s'accroît; du même coup, l'amour passe au premier plan, et, comme il est naturel, on est porté à leur en représenter des images qui puissent leur plaire, c'est-à-dire assez délicates et épurées.

C'est là un fait à peu près constant : c'est surtout grâce à Aliénor de Guyenne, devenue reine de France, puis d'Angleterre, que la théorie de l'amour courtois avait passé des petites cours du midi de la France dans la poésie du nord ; c'est pour plaire à Marie de Champagne et à son cercle de dames que Chrétien de Troies l'avait introduite dans les romans bretons^; c'est pour les brillantes assemblées du temps de la régence de Blanche de Castille que Guillaume de Lorris avait écrit cet Ar^t à^ aimer qu'est la première partie du Roman de la Rose^. On peut dire qu'à tout groupement mondain organisé et soumis à l'influence des femmes a correspondu une littérature à tendance sentimentale, soit originale, soit importée. Nous en rencontrerons plus tard une nouvelle preuve.

Pour que pût être goûtée chez nous une œuvre comme la Fiammette il fallait que la société aristocratique eût assez de loisir et de liberté d'esprit pour s'attacher à une histoire passablement monotone dont l'intérêt n'est guère renouvelé. Il fallait qu'elle eût déjà quelque expérience de la psychologie amoureuse pour sentir ce qu'il y avait d'observation délicate dans cette confidence d'un cœur blessé. Mais, d'autre part, il est aisé de voir combien un tel roman, s'il était compris et aimé, pou-

1. La Cour, sous François P', dit Henri Eslienne, « donnoit loy à la France universelle, touchant le bon langage ». {Deux Dialogues du nouveau langage français italianizé, s. d. [1578], Genève, p. 78).

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