‹ Le roman sentimental avant l'AstréeChapitre 21 sur 192 · Trad. de 1532, f° 44, b · texte numérisé non relu

Trad. de 1532, f° 44, b

dentés*, appelant la mort ou songeant à s'enfuir, ne trouvant, en fin de compte, de soulagement que dans cette pensée, bien humaine, que « vivante elle a soutenu des peines plus cruelles qu'aucune autre femme ^ ».

Boccace a lui-même appelé son livre une élégie : Il libro chiamato Elegia di madonna Fiammetta. C'en est une, en efFet, plutôt qu'un roman, et une élégie trop prolongée où s'étalent tous les procédés de l'amplification et de la rhétorique, où il est fait de la mythologie un abus pour nous insupportable, où est trop visible pour notre goût l'imitation des anciens modèles : du IV^ livre de V Enéide y de VHippoIytus de Sénèque, des Hèroïdes d'Ovide, etc. Aucun des défauts qui nous y déplaisent ne pouvait choquer les lecteurs de 1532. Accoutumés à des compilations singulièrement plus lourdes et à une érudition autrement pédante, il ne paraît pas qu'ils aient trouvé l'histoire trop longue. Mais vraisemblablement ils l'ont trouvé trop simple.

C'est le roman psychologique moderne qu'annonce en effet cette Fianiînette, où l'héroïne se confesse et se raconte directement à nous^ qui n'est qu'une confidence passionnée, qu'une succession d'états d'âme finement analysés^ et très habilement gradués. On ne peut ima-

1. Il y a pourtant dans le sixième livre une scène d'une beauté simple et tragique : c'est celle où croyant — encore sur un faux rapport — que Pamphile revient à Naples, Fianimette reprend pour lui plaire « ses ornemens laissez » et essaie de faire refleurir quelque gaieté sur son visage usé par les larmes. (Tr. de 1585, p. 393 et suiv.)

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