‹ Le roman sentimental avant l'AstréeChapitre 22 sur 192 · Trad. de 1585, p · texte numérisé non relu

Trad. de 1585, p

3. Un passage où se m.ontre bien cette finesse d'analyse a déjà été signalé (G. Volpi, Il Trecento^ p, 108) et méritait de l'être. C'est celui où Fiammette, entendant dire dans une compagnie que Pamphile est marié, est prise au milieu de son chagrin d'un accès de dépit jaloux, en voyant qu'une autre dame a paru aussi émue qu'elle par cette nouvelle : « Et aperce u que quand la dame ouyt dire que Pamphile avoit prins nouvelle espouse, elle changea couleur, baissant les yeulx, et ne se povoit contenir de larmes,... et presumay quelle avoit grand peine et souffroit

giner d'action plus intime, plus dégagée des événements extérieurs, puisque les émotions de Fiammette, après le départ de Pamphile, sont moins déterminées par les circonstances du dehors que par les idées qu'elle se forge dans sa solitude, puisqu'encore sa colère ou son désespoir ne la conduisent qu'à des tentatives de résolutions, jamais réalisées.

Les premiers lecteurs français étaient évidemment peu préparés h apprécier de tels mérites. Assurément on goûtera plus tard chez nous la valeur littéraire de l'ouvrage : c'est sans doute la sympathie des femmes qui en a assuré d'abord le succès ^

Tout l'intérêt s'y concentre sur une femme, sur une grande amoureuse dont le malheur excuse la faiblesse et qui, au surplus, est présentée sous un jour si favorable qu'on oublie la trahison dont elle s'est rendue coupable pour ne se rappeler que celle dont elle est victime. C'est aux dames, aux dames seules, que Fiammette prétend adresser sa plainte, non pas aux hommes qui n'en

grande douleur. Mais de ma part fuz assaillie encor de plus grand desplaisir... et tant troublée que a peine me peuz garder que par envie et jalousie je ne reprinse celle dame en injure et vilanie du signe d'amour quelle monstroit envers Pamphile, doubtant qu'elle ne eust légitime occasion de se douloir comme moy de la parolle quelle avoit ouye. » (Trad. de 1532, ch. iv*.)

1. Trois éditions en une année (1532) ; en dehors des éditions de G. Nourry et de Jehan Longis, citées plus haut : une autre de Lyon, F. Juste, 1532, pet. 8° allongé, goth., 124 ff., fig.

Une réédition de cette première traduction en 1541. Paris, Denys Janot, 16», lett. rondes, 135 ff., fig.

En 1585 seulement paraît une nouvelle traduction, traduction littérale destinée aux Français qui veulent apprendre l'italien, lourde et parfois obscure pour vouloir être trop exacte : La Fianwiette amoureuse de M. Jean Boccace... contenant d'une invention gentile toutes les plainctes et passions d'amour, faite française et italienne par G. C. D. T. [Gabriel Chappuys, de Tours]. Paris, A. l'Angelier, 1585, 16*".

Id. Paris, M. Guillemot, 1609, 12°. — Id. Paris, Ch. l'Angelier, 1G19, 12°. — Id. Paris, 1622, 12".

feraient que a preschementz, risées et mocqueries » *. Cette « très saincte pitié qui habite en leurs délicates poitrines » les a décidées à prendre sous leur patronage ce « livret » tout rempli d'une passion douloureuse : elles ont fait accepter la nouveauté d'une fiction en prose si nettement opposée aux genres jusque-là en faveur et trop délicate, à coup sur, pour le rude goût des gentilshommes.

On constatera par la suite à quel point, ainsi acclimaté chez nous, le roman de Boccace a influencé nos premières histoires sentimentales.

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