Ed. de 1528, fo 1, a
2. « Et lors celle qui au monde est la seule gloire et louenge du sexe féminin avecques ung lent et modeste pas non autrement ses compaîgnes precedoit que faict la licorne entre les autres animaulx. Son habit avoit purpurin, les cheveulx feuilluz et longz et ung peu entortillez et respanduz sur son divin collet avec une couronne de plusieurs fleurs qui son sacré cbief couvroit, laquelle en passant donnoit une odeur et fragrance arabicque qui a ung mort auroit la vie restituée. » [Ibid., f» 43, a.)
son amoureux désir, et, chastement, elle le repousse : « Ce n'est pas, lui dit-elle, la nature d'ung bien conseillé vouloir avecques l'infamie d'autruy chercher ses plaisirs )).
Mais aussitôt cette simple action se complique d'innombrables incidents, ou comiques (Pérégrin se mettant « dedans l'autel ou Genevre se confessoit w et ayant ainsi « commodité de parler a elle »), ou tragiques (Pérégrin étant caché, une nuit, derrière la maison de Genèvre, un jeune homme est tué, presque à ses côtés. Pérégrin est arrêté, cru coupable, condamné à mort : au dernier moment, la découverte du véritable meurtrier le sauve). Tel épisode est nettement licencieux'. Tel autre, plaisamment commencé, s'achève en drame domestique ^.
A mesure que le récit se poursuit, l'action devient de plus en plus aventureuse, s'élargit jusqu'à l'invraisemblance : Pérégrin va en pèlerinage au mont Sinaï, il est prisonnier des Arabes. Racheté, il parcourt le monde à la recherche de Genèvre disparue. Ne la trouvant pas sur la terre, il descend aux Enfers (description des Enfers),
1. Celui, par exemple, où Pérégrin voulant gagner par un souterrain la maison de Genèvre, se trompe de chemin, monte un autre escalier, s'introduit ainsi chez le bourgeois Petruccio et y jouit de l'amour de sa fille qu'il prend pour sa maîtresse et qui le prend pour son amant.
Croyant être arrivé ainsi au terme de ses vœux, il exprime sa joie en un passage presque lyrique : « 0 âmes par les champs elisees vagantes, nulle est vostre gloire, nulle est vostre aise et contentement auprès de ceulx que je sentz. C'est la vraye et céleste armonye... Venez a moy, o âmes désolées qui jadis, sans le fruict recueillir d'amour, estes decedees : et de mon plaisir vous allegrez et reconfortez. Dieu vous concède cest salut et repos que mon ame joyeusement sent. » (Ch. li, éd. de 1528, £•49, b.)
2. Pérégrin se fait porter dans la maison de Genèvre enfermé dans une statue de sainte Catherine ; il sort, au milieu de la nuit ; mais la maison s'éclaire, s'emplit de cris : on vient d'apporter le corps du plus jeune frère de Genèvre, tué sous les fenêtres de sa maîtresse. Pérégrin est obligé de rentrer dans sa cachette.
il en revient; il finit par découvrir sa maîtresse à Ravenne, dans un monastère où elle est enfermée; il la délivre, il 1 épouse et ils ont « entre eulx plusieurs propos délectables faisant commémoration des choses passées ». Description des fêtes du m-ariage. Genèvre a un fils: elle meurt. Pérégrin la pleure, compose son épitaphe, et meurt à son tour : c'est son ombre qui nous a parlé.
Quon joigne encore à tout cela quelques ornements accessoires : deux débats sur des questions d'amour % une leçon de théologrie sur la nature de l'âme et la résurrection : l'on comprendra sans peine que, dans une œuvre aussi touffue, aussi peu cohérente, l'élément sentimental ait dû passer à peu près inaperçu.
Il faut peut-être attribuer plus d'influence à quelques traités italiens qui, traduits en notre langue dans la première moitié du xvi^ siècle, ont rajeuni par ce qu'ils apportaient doriginal le genre si ancien des Arts d^ aimer.
Lopuscule d'^îlneas Sylvius, le Remède d'amour, est mis de latin en français vers 1505 et publié encore en 1548 ^
En 1534, deux ans après la Fiammette, paraît VHecatomphile de Léon Battista Alberti a tourné en langaige françoys ^ )).