‹ Le roman sentimental avant l'AstréeChapitre 28 sur 192 · Ed. de Paris, 1526, f» 69, a · texte numérisé non relu

Ed. de Paris, 1526, f» 69, a

3. « S'ensiiyvent tàngt raisons pourquoi) les hommes sont obligez aux

Puis il cite toutes celles qui depuis Pénélope et Lucrèce, Sarah et Esther jusqu'aux « modernes chrestiennes de la Castillane nation » ont laissé le monde dans l'admiration de leurs vertus ^

Leriano ayant achevé son propos, les auditeurs s'émerveillent qu'il ait si bien parlé, étant si près de la mort, ayant a desja troublée la langue et quasi la veue perdue )>. Sa mère arrive alors : on l'a avertie trop tard. Elle fait entendre une plainte touchante; elle s'indigne qu'il veuille ainsi la quitter, lui, « le joyeulx confort de sa vieillesse », la quitter « devant le temps et sans maladie » pour des motifs si légers, pour des raisons imaginaires : O bienheureux, s'écrie-t-elle, les gens de basse condition, les gens rudes d'esprit « qui ne peuvent sentir les choses sinon en Testât qu'ilz les entendent et malheureux ceulx qui avec subtil jugement les transcendent! »

Leriano ne répond pas : il ne pense plus qu'à Lauréole.

Voyant qu'il luy restoit peu d'espace pour jouyr de veoir les trois lettres qu il avoit receues d'elle, ne sçavoit qu il en devoit faire. Quand il pensoit les descirer luy sembloit qu'il offenseroit Lauréole de laisser perdre parolles de tant de pris. Quant pensoit les mettre en puissance d'aucun sien amy, craignoit que seroient

Dames » (f. 73 et suiv.). La première raison est pour ce qu'elles rendent les simples capables d'acquérir la vertu de prudence et « non seullement font sçavans les ignorans, mais les mesmes sçavans plus subtilz ». Pour ne pas leur être « en horreur et fascherie », les bommes se rendent « tempérez au parler, au manger et au boire ». A ceux qui les aiment elles inspirent force et courage, elles leur montrent la gloire là où s'offre le péril. Par suite, « ilz ont les assaulx et les choses adverses pour plaisir, ilz estiment plus la louenge de l'amye que le pris de long vivre », etc.

1. On retrouve un développement et une situation analogues dans ï Amant Desconforté d'Antb. Prévost (Lyon, s. d. [vers 1530], in-S», goth., 54 ff.). Repoussé par sa dame qui lui préfère un plus beau fils, l'Amant est consolé par un ami qui lui dit du mal des femmes : ces propos le fâchent tellement qu'il se pâme; revenu à lui, il prend la défense des dames et fait leur apologie.

veues de celuy par qui il les envoyoit. Puis, eslisant le plus seur, lîst apporter une couppe pleine d'eaue, et rompues les lettres en petites pièces les mist en icelle. Finy cela, commanda qu'on le levast en séant au lict, et assis les beut avecques l'eaue, et ainsi resta contente la voulenté sienne.

Et arrivée desja l'heure de sa fin, il dist : Finys sont les miens maulx, et ainsi demoura sa mort en tesmoignage de sa foy ^.

On voit que ce singulier roman est formé de beaucoup d'éléments divers, d'ailleurs assez maladroitement associés :

1° Une sorte de poème allégorique en prose.

2° Une fiction sentimentale.

3° Une fiction aventureuse et chevaleresque.

4° Enfin, introduit dans une conclusion qui redevient sentimentale, le thème si commun, jamais épuisé, « de la bonté et de la mauvaistié des femmes ».

Ce dernier développement n'est qu'un épisode d'une longue querelle qui a été pendant plusieurs siècles, dans toute l'Europe occidentale, un véritable genre littéraire. Le succès de la Prison d'Amour pourrait nous montrer qu'en France, au commencement du xvi^ siècle, l'intérêt en restait très neuf : mais on verra plus loin que pour en être convaincus nous n'avions pas besoin d'une telle preuve.

Il faut bien constater que les épisodes chevaleresques ne sont pas d'une invention plus nouvelle.

Quant à la description allégorique qui donne son titre au roman, non seulement elle est l'application d'un procédé dont on avait abusé un peu partout, avant et après le Roman de la Rose, mais on pourrait peut-être en trouver la source précise dans un poème de Baudouin de Condé qu'il n'est pas impossible que Diego de San Pedro

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