Gh. XI
la vieille angoysse avecques la nouvelle joye ») qu'enfin par terre elle tombe pâmée.
Pamphile cède alors à un mouvement de pitié :
Avecques chauldes larmes la descoulouree face de Flamette baisa... Lors Flamette ouvrant ses yeulx estranges (comme troublée de veue) :
«( Pamphile, il est bien certain que je te voy, et qu'en te voyant je te regarde, et si ne le puis croire. Mais ainsi comme les songes me trompent souvent, j'ay craincte que ce n'en soit ung. Par quel signal pourray-je congnoistre que tu soys mon Pamphile, si tu ne retournes entièrement a moy comme tu l'as esté autreffois ? »
Je ne te dirai pas, ajoute-elle, les douleurs, peines et angoisses que j'ai endurées en ton absence :
Si avec pitié tu regardes ma face, elle te sera tesmoing de mes anxietez... Voy (s'il te semble) la tienne Flamette, celle à qui, pour toutes les choses que la envieuse fortune luy a laissé, c'a esté seuUe louenge d'estre constante amoureuse^.
La supplication se prolonge encore : Pamphile, qui s'est bientôt repris, n'y oppose que des raisons de froide sagesse. Bientôt il s'en va et Fiammette se répand en plaintes qui durent trop et qui ne peuvent avoir aucun intérêt de nouveauté, Boccace ayant plus qu'épuisé la matière. L'on sent que sa vie s'éteint et que « tant gastee et defFaicte » par ses précédentes épreuves, elle ne résistera pas à ce dernier coup. Et, en effet, quelques jours après, on la voit tout d'un coup « tomber morte sans nul remède )).
Après lui avoir élevé un tombeau symbolique où sont représentés en diverses couleurs, par images et attributs, ses passions et ses malheurs, Grimalte en bon chevalier redresseur de torts envoie un défi à Pamphile. Mais