Ch. XVIII
Pamphile, par un revirement peu expliqué, a été subitement converti au vrai amour en apprenant la triste fin de sa maîtresse; il se sent accablé par la responsabilité qu'il a encourue, les remords l'assiègent; il refuse le combat, estimant qu'une seule mort ne serait pas une suffisante expiation, et il annonce que, pour se punir, il va « aux desertz vivre avec les bestes saulvaiges * ».
Grimalte s'en retourne alors en Espagne pour annoncer à Gradisse la funeste issue de cette aventure. Elle lui reproche de n'avoir pas su éviter un tel malheur. La haine qu'elle a vouée à Pamphile l'empêche de croire h la sincérité de son repentir. Il t'a trompé, dit-elle à Grimalte : « Qui doubte que, quant il t'a veu partir de son ipays, plus joyeux que jamais il ne soit retourné en sa maison? » Ne pense pas, ajoute-t-elle, que je veuille jamais aimer un homme : « Vouldrois-tu que aux mesmes filletz d'icelle Flamette je me misse? » L^amant désespéré repart à la recherche de Pamphile pour s'assurer qu'il n'a pas été joué par lui. Pamphile a bien quitté son palais et Florence. 11 s'est caché au fond d'une forêt et, pour le retrouver, Grimalte est obligé de le chasser avec des chiens. Il le prend déchiré déjà par leurs morsures : il a devant lui un homme nu, « mué en saulvaige », aux longs cheveux, à la barbe inculte, à la chair noircie et ridée, où plus rien ne reste de l'ancienne beauté du fier adolescent. Grimalte essaie vainement de le faire parler; il remet contre lui ses chiens : Pamphile toujours reste silencieux; « mais tendrement de ses yeux larmoyoit et de ses mains se frappoit et de ses dentz avecques raige dessiroit sa chair ».
Grimalte pleure devant cette image du désespoir, et