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CHAPITRE IX

Les Œuvres françaises :

« Les Ang-oisses douloureuses »

d'Hélisenne de Crenne.

Nous avons essayé de montrer en quel sens s'étaient exercées, sur le point qui nous intéresse, les influences de l'Italie et de l'Espagne : l'Italie apportant les premiers essais de nouvelles sentimentales et même en donnant dans \a Fiammette un modèle déjà remarquable; l'Espagne rendant ces histoires du cœur plus acceptables au goût contemporain par le cadre chevaleresque ou merveilleux qu'elle leur conserve; — la païenne Italie disant la beauté de la grande passion, en faisant le but de la vie, l'élevant au-dessus des lois et des conventions humaines, l'enveloppant d'une atmosphère de volupté tragique : la pieuse Espagne peignant de sombres couleurs l'avenir de toute tendresse humaine, faisant de l'amour un martyre, exaltant le sacrifice, entourant la femme d'un respect dévotieux et, pour qu'elle soit plus digne d'un tel culte, la parant d'une pudeur ombrageuse et raffinée*.

1. Il est à remarquer que, dans quatre des romans espagnols que nous avons analysés, les héroïnes sont des jeunes filles. Dans le cinquième, Juan de Flores a représenté l'amour adultère, mais d'après Boccace, et avec l'intention assez apparente de tirer du châtiment des coupables une leçon édifiante.

Ces influences se sont prolongées pendant tout le xvi^ siècle par les traductions tant de fois réimprimées : nous en retrouverons plus tard les traces manifestes. Mais les unes et les autres se marquent déjà dans les premières œuvres françaises qui peuvent être classées dans le genre sentimental.

Il est difficile de savoir qui fut au juste Hélisenne de Crenne. On croit qu'elle naquit 'au village de Mailly, près de Doullens en Picardie \ qu'elle vint à la Cour de François I", et l'on peut conclure d'une lettre de Claude Colet - qu'elle vivait encore en 1550.

Un des rares témoignages que nous ayons sur elle est celui de François de Billon dans son Fort inexpugnable de V honneur du Sexe Femenin ^ : « La Picardye ne reçoit peu d'honneur par l'esprit merveilleux de sa fille Hélisenne, les compositions de laquelle sont si souvent es mains des François se delectans de prose, qu'il n'est besoin en faire autre discours '* . » Du Verdier nous apprend, d'autre part, qu'elle avait traduit les quatre premiers livres de \ Enéide et dédié sa traduction à François P^^

1. Dans la Biographie du département de la SomiJie, parue en 1837, t. I, p. 209, Durevel a reproduit, à la suite d'une courte notice, un portrait d'Hélisenne « que l'on conserva longtemps, dit-il, au château de Mailly >• (le château a été détruit et le portrait a disparu). On peut trouver quelques renseignements sur le personnage dans l'ouvrage de l'abbé Gosselin, Mailly et ses seigfieurs, p. 305 et suiv. Je dois ces indications à l'obligeance de M. G. Durand, archiviste du département de la Somme. — J'ai retrouvé à la Bibliothèque Nationale (cabinet des titres, P. 0., n° 925) des actes relatifs à une famille de Crennes pour une période qui s'étend du 19 juin 1409 au 26 juillet 1497.

2. Epistre datée du 15 mars 1550, à la fin de l'édition des ouvrages de cette dame donnée par Claude Colet à cette date, Paris, GrouUeau, in-16.

3. Paris, Jan d'Allyer, 1555, in-4° ; — dans la « Tour d'invention et composition des Femmes », f° 35, b.

h. Dans la suite, de Billon cite le livre de Madame Hélisenne « touchant les Angoisses amoureuses ».

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