‹ Le roman sentimental avant l'AstréeChapitre 40 sur 192 · Publiée, dit-il, à Paris, 1541, f · texte numérisé non relu

Publiée, dit-il, à Paris, 1541, f

Ses œuvres personnelles suffiraient d'ailleurs à nous convaincre qu'elle avait entretenu un long commerce avec l'antiquité, tant par les allusions et souvenirs qui y abondent que par les emprunts indiscrets qu'elle a faits au latin pour enrichir son vocabulaire ^ Il faut ajouter son nom à celui des femmes très cultivées qui furent la parure de notre Renaissance.

Dans une de ses lettres elle réclame pour les dames la liberté de « monstrer leurs louables œuvres ». Elle donna elle-même l'exemple : en dehors de sa traduction de Virgile elle publia un roman, un recueil d'Epistres^ et le Songe de Madame Helisenne^, opuscule intéressant sur lequel nous reviendrons plus tard.

Le roman a été imprimé pour la première fois en 1538 sous ce titre : Les Angoysses doidoui^eiises qui procèdent d^amours contenant troys parties composées par dame Helisenne de Crenne laquelle exhorte toutes personnes à ne suyvre folle amour''. C'est une œuvre considérable à plus d'un égard : c'est la première en France qui — au moins dans son développement le plus important — se classe

1. Claude Colet s'est appliqué à éliminer dans l'édition de 1550 quelques-uns de ces latinismes (Cf. à la fin du volume la note adressée par lui aux nobles demoiselles M. et F. de N., où il leur rappelle qu à leur demande il a pris soin « de rendre en nostre propre et familier laxigage les motz obscurs et trop aprochant du latin ».)

Il ne faut naturellement accorder aucune créance à cette opinion d'Est, Pasquier {Lettres, livre !I, lettre \2, éd. de 1619, t. I, p. 106) : Nous pouvons, dit-il, nous aider du grec et du latin, mais « non pour les escorcher ineptement comme fit sur notre jeune aage Helisaine dont notre gentil Rabelais s'est mocqué fort à propos en la personne de l'escolier Limosin ». D'abord, comme on le verra par nos citations, la rédaction originale de la dame de Crenne n'est pas si difficile à entendre; d'autre part, en 1538, date de la première édition des Angoysses, le V livre de Pantagruel était déjà imprimé.

2. Eplstres familières et invectives, Paris, D. Janot, 1539, in-8°.

Page 1