‹ Le roman sentimental avant l'AstréeChapitre 41 sur 192 · Paris, D. Janot, 1540, 80 fF., in-8o · texte numérisé non relu

Paris, D. Janot, 1540, 80 fF., in-8o

4. Paris, D. Janot, in-8o, 212 ff., fig. [Privil. du 11 sept. 1538].

nettement dans le genre sentimental. Il vaut donc la peine de s'y arrêter.

La première partie, celle qui va nous occuper, s'annonce ainsi : Commencement des angoysses amoureuses de Dame Helisenne endurées pour son amy Guenelic. L'auteur, on le voit, se représente elle-même comme héroïne de cette histoire. C'est une confession, qu'elle veut complète; elle fait remonter jusqu'aux premières années de sa jeunesse sa biographie plaintive :

O que a juste cause je doibs mauldire l'heure que je nasquis : las je fuz née en maulvaise constellation : je croys qu'il ne estoit Dieu au ciel, ne Fortune en terre pour moy^.

Elle perdit de bonne heure son père, qui était de très noble maison; fille unique, elle fut soigneusement élevée par sa mère qui prit un singulier plaisir à la faire instruire en bonnes mœurs et honnêtes coutumes de vivre. On la maria, à onze ans, à un jeune gentilhomme d'une province fort éloignée. Il lui était très agréable et elle était son seul plaisir". Elle n'avait alors qu'un souci, celui de sa santé qui était débile, parce qu'elle « avoit esté mariée en trop jeune aage ».

A treize ans, elle était si bien faite et si bien proportionnée qu'elle surpassait toutes les autres femmes en beauté de corps : « Si j'eusse esté aussi accomplie en beaulté de visaige, je m'eusse hardiment osé nommer des plus belles de France ». Les galants arrivèrent bien vite et le mari s'aperçut qu'il aurait besoin de faire

1. Éd. de 1541 (non foliée), Partie I, eh. i. — Cf. La Fiammette, I : « 0 journée mauldicte et plus que nulle aultre à moy malheureuse et détestable, que quand je nasquis. »

2, Fiammette^ I : « J'estois tout le seul bien de mon gentil et jeune mary, et ainsi autant bien dignement l'aymois comme il m'aymoit. »

LES ORIGINES lOS

bonne garde. Ayant su que le roi était venu séjourner dans les environs, il prit soin d'éloigner sa femme, « congnoissant qu'impossible eust esté de résister contre ung tel personnage ».

Hélisenne cependant continuait de vivre en bonne réputation et chasteté louable : « Jamais, dit-elle, pour homme que j'eusse veu (combien qu'il fust accomply en don de grâce et de nature) mon cueur n'avoit varié ».

Mais, pour son malheur, elle fut obligée de se rendre avec son mari, à l'occasion d'un procès, dans une cité voisine. Pourquoi y allai-je? dit-elle :

Pleust à dieu que j'eusse eu la science de la troyenne Cassandra!... Helas je me feusse conservée des infiniz regretz qui journellement pullullent en mon triste cueur, mais je croys que c'estoit prédestination divine, par ce que je congnoys que serviray d'exemple aux autres *.

Hélisenne arrive à la ville de joyeuse humeur, sans se soucier beaucoup du litige. Le premier jour se passe en récréations. Le lendemain, levée de bonne heure, elle s'avise, tout en s'habillant, de regarder par la fenêtre et elle remarque un jeune homme qui passe dans la rue. Il était de belle tournure, de physionomie avenante, assez honnête en son habit : il avait les cheveux bouclés, et pas de barbe encore, ce qui a estoit manifeste demonstrance de sa gentille jeunesse ».

Apres l'avoir trop que plus regardé, retiray ma veuë : mais par force estoye contraincte retourner mes yeulx vers luy.

Elle ajoute :

O mes dames, je vous exore et prie que vueillez considérer la

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