I, VI
plus de liberté. Elle peut, un jour, se rendre h l'église, accompagnée seulement d'une de ses demoiselles. Guénélic s'y trouve déjà. Pour lui donner facilité de lui parler, elle attend que la foule se soit écoulée. Mais le jeune homme, si hardi de loin, est visiblement troublé de rencontrer aussi inopinément l'occasion longtemps souhaitée : il se contente de se promener de son côté, seul, « tenant son bonnet en sa main )> pour faire voir « ses beaux cheveulx tant bien peignez )>. Enfin il entre dans une chapelle, elle s'approche, et il lui dit quelques mots, confessant naïvement son inquiétude : « Ma Dame, je crains merveilleusement monsieur vostre mary ». Hélisenne ne s'offense pas de ce manque de bravoure : le son de la voix de son ami a suffi à la troubler : « Je devins palle et me print un tremblement de tous mes membres ». Ils se promettent de s'écrire : il lui donne ses lettres à l'église et elle les reçoit « le plus subtilement » qu'elle peut. L'auteur ne manque pas d'insérer ici le texte complet des billets et des réponses.
La joie d'Hélisenne est maintenant de se retirer dans sa chambre pour relire ces billets. Un matin, son mari la surprend, ayant ouvert la porte a en hurtant du pied par grande impétuosité ». Les lettres sont répandues sur le lit, il les saisit :
Quand il les eut leues, ce luy fut cause d'augmentation de fureur, et fort indigné s'aprocha de moy, et me donna si grant coup sur la face que violentement me feist baiser la terre, dont ne me peuz lever soubdainement ^.
Cet acte de brutalité ne satisfait pas sa colère : elle se manifeste longtemps en gestes et en propos insensés. Hélisenne restée seule, épouvantée par les menaces,