‹ Le roman sentimental avant l'AstréeChapitre 44 sur 192 · I, XI · texte numérisé non relu

I, XI

songe a se tuer « en se jettant du haut des fenestres en bas )).

Elle reste sept semaines enfermée dans sa maison, surveillée de près, obligée de cacher ses larmes, malade à en mourir. Son mari finit par prendre pitié de sa détresse : pour la distraire il l'emmène à une fête religieuse qui se donne dans un monastère voisin. Mais il ne manque pas de prendre ses précautions. Avant d'entrer, il lui demande : « Je vous prie, dictes moy, s'il advenoit que vostre amy fust dedans ce temple, seroit-il en vostre faculté de pouvoir modérer vostre vouloir et appétit, en sorte que ne useriez des regardz acoustumez? » « Je prie au Créateur, s'écrie-t-elle, que au cas que cela me advienne, tygres et loups ravissans lacèrent et dévorent mon corps. »

Quand je euz ce dict, nous entrasmes dedans le temple. Je commençay à regarder autour de moy.

Je veis grant multitude de peuple, tant hommes que femmes, et entre autres je veis mon amy, et lors combien qu'il me fust prohibé et deffendu de le regarder, je ne peuz dissimuler ne tempérer mon vouloir : car sans différer de rompre et enfraindre ma promesse, je le regardoye très affectueusement, sans reduyre en ma mémoire les peines et tourmens que mon mary me faisoit souffrir à 1 occasion de luy : mais comme une femme enceincte, laquelle est persécutée de griefves et excessives douleurs devant la naissance de 1 enfant, mais incontinent qu'elle voit son fruict, la parfaicte joye et lyesse où elle est reduicte luy faict oublier les peines précédentes : aussi la suavité et doulceur intrinsecque que je recevoye du délectable regard de mon amy me faisoit oublier tous, mes travaulx et fatigues preteritz^.

Au retour elle n'échappe pas à la scène violente qu'elle attendait. Son mari hait maintenant Guénélic d'une haine farouche, il maudit ce « meschant homme remply de iniquité, seminateur de tous maulx » :

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