I, XIX
2. Fiammette , III : « Et certes le dormir m'estoit plus gracieux que le veiller... Ce que j'avoys supposé et fainct en veillant..., le dormir le me faisoit croire estre vray... Aultresfois me sembloit estre avecques luy sur la rive de la marine faisant grand joye et feste, et quelques aultres foys me sembloit estre entre ses bras au plaisir accoustumé : mais las! que j'estoys desplaisante quand le sommeil s'en voUoit et me laissoit, qui tousjours emmenoit avecques luy celluy qu'il m'avoit preste. »
dire tout à l'heure quelques mots. L'histoire pourrait, en somme, s'arrêter là où nous l'avons laissée et ce premier développement constitue, comme on l'a vu, un véritable roman sentimental.
Il faut d'abord constater que l'influence de la Fiammette s'y marque fortement. Nous avons déjà noté quelques rapprochements : on y peut ajouter des ressemblances plus significatives.
D'abord les deux ouvrages se présentent à peu près sous la même forme : ils sont tous les deux une confes- , sion^ et la confession d'une femme. Deux victimes de l'amour y retracent le tableau de leurs misères, d'une main tremblante, les yeux voilés de larmes. « Je supplie, dit Fiammette, s'il y a au ciel deité qui ait de moy pitié, qu'il luv plaise d'ayder à ma triste mémoire et soustenir ma main tremblante à l'œuvre présente *. » « Helas, dit Hélisenne, quand je viens à remémorer les afflictions dont mon triste cueur a esté et est continuellement agité par infinitz désirs et amoureux aguillonnemens, cela me cause une douleur qui excède toutes aultres^ en sorte que ma main tremblante demeure immobile. » [Epistre dedicatwe à toutes hojinestes Dames.
Chacune d'elles se persuade qu'elle est de toutes les femmes celle qui a été le plus cruellement traitée en amours et tire quelque satisfaction de cette pensée. Le meilleur moyen que trouve Fiammette, non de « mitiger, mais plus tost de supporter son mal », c'est que, dit-elle, « compensant toute chose des autres ennuis avec les miens, je délibère outrepasser tout autre de beaucoup- )). « 0 infelice estoille de ma nayssance! s'écrie