III, eh. VIII
2. On y trouverait, par exemple, tout un cours de théologie fait par un ermite à Guénélic et à Quezinstra (souvenir probable du sermon que fait l'ermite à Gauvain, avec tant de symboles et d'allégories, dans la Tierce Partie de Lancelot du Lac, édition de 1533, f° 75, b). On est étonné d'y trouver une condamnation formelle des « hérétiques apellez Priscialinistes, lesquels disent que tout homme nay soubz la constellation des estoilles, est regy et gouverné par leurs influences, lesquelles ilz apellent Fatum en latin, c'est à dire destinée en Françoys », — alors que dans toute la Première partie des Angoysses Hélisenne se dit victime irresponsable du sort et représente son amour coupable comme un effet de « l'infelice estoille de sa naissance ».
3. Il n'y a pas lieu de s'arrêter à une sorte d'épilogue intitulé : Ample Narration faicte par Quezinstra^ en regrettant la mort de son compagnon
Tel est dans son ensemble ce singulier ouvrage, si peu cohérent dans sa composition, où s'expriment tour à tour, sans craindre de s'opposer, toutes les tendances de cette ! époque, où ne manquent à coup sûr ni l'expression vive ^ et pittoresque ni le sens du pathétique. Il a plu longtemps*, et sans doute il aurait été lu plus longtemps encore si dans la suite quelque éditeur intelligent en ? avait détaché la partie sentimentale des développements chevaleresques et didactiques qui en avaient été d'abord les compléments peut-être utiles, mais qui plus tard parurent alourdir le roman, jetèrent sur toute l'œuvre une couleur d'ancienneté et dissimulèrent ce qu'elle contenait de sincère, de passionné, de. vraiment moderne.
Guenelic et de sa Dame Helisenne après leur déplorable fin, ce qui se déclarera arec décoration poétique. En cette dernière partie, purement païenne et tout à fait inutile, Quezinstra, voyant Mercure volant par les airs avec ses talaires et son caducée et emportant les deux amants défunts au royaume de Proserpine, obtient de lui la permission de descendre vivant « en ces lieux obscurs et ténébreux ». C'est un prétexte pour refaire une description des Enfers d'après le VI* livre de l'Enéide et pour rapporter une assez brève « altercation » entre Pallas et Vénus que lauteur reprendra dans le Songe.
1. En dehors de Fédition du 11 septembre 1538, citée plus baut, il faut signaler une édition sans lieu ni date in-S", une autre de Paris, Pierre Sergent ou P. Hermis, 1541, in-8°, une autre de Lyon, à la marque d'Icarus, s. d. [vers 1541], in-8°, 177 ff. A partir de cette date les Angoysses figurent dans les Œuvres complètes de Ma Dame Helisenne [avec les Epistres familières et le Songe]. Paris, Cb. l'Angelier, 1541 et 1543, in-16 ; — Id. Le Tout receu et corrige' de nouveau par elle [et par C. Colet]. Paris, Est. Groulleau, 1550, in-16, et Ch. l'Angelier, 1551, in-16; Paris, Est. Groulleau, 1553, 1555, 1560, in-16, fig. En tout, dix éditions.