‹ Le roman sentimental avant l'AstréeChapitre 63 sur 192 · Éd. de 1558, p · texte numérisé non relu

Éd. de 1558, p

plus elle lui paraissait honnête, sage et parfaitement digne de lui. Cependant, plus forte que tous les raisonnements, la peur de l'amour le troublait encore, l'empêchait d'être en confiance : c'était comme un instinct obscur l'avertissant que l'amour le ferait souffrir. Le dernier effort de ce sentiment presque maladif fut a d'une violence estrange » : il présenta à la demoiselle un gentilhomme de ses amis et demanda à ses parents de la lui donner pour femme.

Le sort ne voulait pas qu'il se sauvât ainsi; ce projet de mariage fut écarté : il fallait donc aimer.

Estant retiré en ma chambre,... je m'écriay disant : Ha, ha, maintenant je voy bien que ce n'est sans cause que les anciens ont

dit que l'amour seigneurie et domine par tout ^ Tous ces remèdes

par moy cherchez et mys en avant me desavouent Que pourray je

plus faire sinon d'entrer en la danse comme les autres 2?...

Ayant donc « mis les armes bas », laissant aller « à l'abandon des vagues la galère de ses passions », il se décida à avouer à son amie ses sentiments si longtemps refoulés. Il eut peine à les exprimer, parce que « la parole lui mouroit en la bouche )>. Elle comprit cependant et laissa voir son émotion « par une mutation de couleur et de visage ». Quand elle se fut ressaisie, elle répondit courtoisement, mais sans s'engager :

Elle leva ses yeux d'une grâce, comme s'elle eust attendu quelque réplique de moy. Mais de ma part je me trouvay court : en sorte que nous demourames elle et moy quelque temps en silence, regardans l'un l'autre 3...

Nouvelle déclaration, quelques jours après, plus pres-

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