Lyon, Rigaud, 1574-1576, in
avoir épuisé la série espagnole, on entame la série italienne (1577, Don Sferamondi de Grèce et Amadis d'Astj^e, traduit par Antoine Tyron, etc.). On relit Palmerin d^ Angleterre, Primaléon de G/^èce, Gei'iléon d'Angleterre, le Nouveau Tristan, Ogier le Danois , Gérard d'Euphrate, le Chevalier Mabrian, la Chronique de Turpin, sans parler du poème de l'Arioste, mis en français pour la première fois en 1543 ^ et depuis tant de fois traduit et imité. S'il y a dans ces récits quelques épisodes amoureux « pour le contentement des Damoyselles- », ce qui attire surtout les gentilshommes, ce sont les tableaux de bataille, « le terrible effroi des alarmes^ », la témérité des folles entreprises.
Dès 1547, Amyot avait fait passer dans notre langue V Histoire Ethiopique d'Héliodore *; en 1559, Daphnis et
1. Traduction de Jean Martin, publiée par Jean des Gouttes. Lyon, S. Sabon, in-f".
2. L'expression est de Jodelle dans sa Préface à l'Histoire Palladienne de Colet. Paris, 1554, in-f°. — Du Bellay, Defence, livre II, ch. v, dit aussi ces romans « propres à entretenir damoyzelles ».
3. Marc-Antoine Muret au Seigneur des Essars, en tête de la Chronique de Dom Flores de Grèce. Paris, Estienne Groulleau, 1552, in-f° :
... Mais à bon droit des Essars doit avoir Du vert laurier la première couronne ;
Alors qu'il se prent à Bonner
Le terrible effroi des alarmes,
Il me semble, à l'ouir tonner,
Que j'entens craqueter les armes
Et que je voi les chams couvers
De souldats gisans à l'envers.
4. L'Histon e aethiopique de Heliodorus, contenant dix Uures, traitant des loyales et pudiques amours de Theagcnes Thessalien et Chariclea éthiopienne^ nouvellement tr. [par Jacques Amyot]. Paris, V. Sertenas ou J. Longis, 1547, in-f°.
La 3* édit. Paris, Groulleau, 1559, in-f° est revue et corrigée (sur un ms. meilleur que celui qui avait servi pour la 1" édit.).
IP Trad. : Hist. ethiopique d'Ueliodore... [tr. de Claude Colet], Lyon, C. Fontanel, 1559, in-16.
Chloé^. On traduit deux fois, en 1559 et 1582, les Amoui's d'Ismenius^, trois fois en 1545, en 1556 et en 1568 les Amours de Clitophon et de Leucippe^. Ces romans grecs, qui enchantent les humanistes par quelques images familières de la vie antique, plaisent aussi aux lecteurs les moins cultivés par la variété et la singularité des aventures, par tout cet appareil d'artifices un peu puérils qu'avaient inventé les anciens rhéteurs.
On lit les conteurs, Rabelais, Noël du Fail, Despériers, Straparole, les recueils facétieux : les Problèmes de Jérôme Garimbert, les Facecies et motz subtilz de Domenichi, les Heures de récréation de Louys Guicciardin, les Dix plaisans Dialogues de Nie. Franco, l'Arétin, tout cela traduit de l'italien de 1559 à 1580.
Ce qui semble aussi un divertissement bien approprié à cette époque, ce sont les ouvrages où de joyeux inter-
1. Les Amours pastorales de Daphnis et Chloé [tr. en fr. par Jacques Amyot], Paris, V. Sertenas, 1559, in-S".
2. Les Amours (Tlsmenius, traduictz du grec d'Eustathius en fr. par Jean Louveau, Lyon, G. Roville, 1559, in-8", mis en fr. d'après la trad, italienne de 1550, avant que le texte grec ait paru en France. — Les Amours (Tlsmene... tr. (sur l'italien de Garani) par H. d'Avost. Paris, Bonfous, 1582, in-8".
3. D'abord les quatre derniers livres, d'après la trad. latine de L. Annibal [délia Groce] : Les Devis Amoureux, trad. nagueres de grec en latin et depuis de latin en fr. par FAraoureux de Vertu [Claude Colet]. Paris, G. Gorrozet, 1545, in-8"; Les Quatre derniers Hures des Propos Amoureux contenans le discours des amours et mariasse du seignejir Clitophont et damoiselle Leusippe, tr. p. Jacques de Roquemaure, Lyon, C. Marchant, 1556, in-16; id. Lyon, B. Rigaud, 1573, in-16. — Puis la traduction complète : Les Amours de ClitopJion et de Leucippe, escrits en grec par Achilles Statius [Tatios], Alexandrin, et depuis mis en latin par L. Annibal, Italien, et nouv. tr. en langue fr. par B. [Belleforest], Comingeois. Paris, 1568, in-8°; id. Paris, J. Borel, 1575, in-8° et Lyon, 1586, in-16.
En 1554, Jacques Vincent avait traduit un roman espagnol de Alonso Nunez de Reinoso, qui est imité en grande partie des Amours de Clitophon et de Leucippe : La plaisante histoire des amours de Florisee et Clarco et de la peu fortunée Ysea, Paris, Kerver, in-8°.
mèdes se mêlent aux épisodes tragiques et qui par la rapidité des récits comme par la diversité des matières sont susceptibles « d'esveiller l'esprit à la noblesse françoise, laquelle semble s'endormir et oublier l'affection qu'elle avoit jadis aux bonnes lettres^ ». Le Décaméron de Boccace n'est pas oublié ^ : mais ce sont surtout les Nouvelles de Bandello qui ont la grande vogue. Traduites, les six premières par P. Boaistuau, les suivantes par François de Belleforest, elles sont réimprimées sans interruption jusqu'à la fin du siècle ^
Cette traduction est, en réalité, une adaptation fort indépendante. Belleforest qui, après la mort de Boaistuau, a assuré la plus grosse partie de la tâche, se vante de n'avoir pas été « superstitieux imitateur, n'ayant seulement prins de Bandel que le subject de l'histoire* ». Des récits sont supprimés, d'autres ajoutés^; l'ordre des nouvelles dans les volumes, et dans chaque conte la suite des événements, les faits eux-mêmes, parfois les
1. Belleforest, Advertissement au lecteui" du t. II des Histoires tragiques extraictes des œuvres italiennes de Bandel, Paris, J. Macé, 1568, in.go, — Le premier volume des Histoires tragiques avait été publié, neuf ans auparavant, par Pierre Boaistuau, surnommé Launay (Paris, Benoist Prévost, 1559, in-S"). Belleforest explique ainsi cette longue interruption : € Les misères esquelles la calamité de ce temps nous avoit réduits avoient alenty la gaillardise des bons esprits, lesquels voyans tout tourné sens dessus dessous, s'estoyent presque du tout retirez des estudes » (Dédie, du tome II).
2. Il faut noter toutefois que la traduction d'Antoine Le Maçon ayant été imprimée onze fois de 1545 à 1560, ne l'est plus que trois fois pendant la période des guerres civiles (1569, 1572, 1578).
3. Voir à la fin de ce volume une bibliographie d'ailleurs incomplète.
4. Avertissement du tome IV. Le titre de ce W" tome est d'ailleurs par lui-même assez significatif : Le Quatriesme tojne des Histoires tragiques^ partie extraicte des œuvres italiennes de Bandel, et partie de Vinvention de VAutheur François. Le Privilège accordé ù Belleforest l'autorise à donner les Contes de Bandel « enrichis oultre l'invention de l'autheur ».
5. Empruntés le plus souvent à d'autres auteurs. Cf. la Dédicace du t. IV, datée du 3 mai 1570.
FIN DU XYI*^ ET COMMENCEMENT DU XVIl^ SIECLE 161
dénouements, tout cela est très librement changé. Les réflexions personnelles de Bandello disparaissent le plus souvent et sont remplacées par de copieuses dissertations morales, par des souvenirs de l'histoire grecque et romaine. Sa narration, d'un tour si vif et si naturel, qui a tout le charme et la simplicité familière d'une conversation, est retardée, alourdie par des discours, des lettres, des sonnets insérés à tout propos. On tire ainsi sept volumes compacts des trois volumes de l'édition italienne.
Quoi qu'il en soit, le succès de cette adaptation efiface celui de l'œuvre originale. A Paris, à Lyon, à Anvers, à Turin, plus tard à Rouen, la presse multiplie les volumes où Belleforest a exploité à sa fantaisie le fonds italien, tandis que le texte de Bandello a tout juste trois éditions, dont deux incomplètes ^ Dans un sonnet liminaire^, Pierre de Larivey félicite le gentilhomme Commingeois d'avoir rendu la gloire au nom de Bandel « qui languissoit comme une fleur fenee ». Comme il s'est vanté d'avoir « refondu tout de neuf» ce Bandel dont, selon lui, la phrase était « tant rude, les termes tant impropres, les propos tant mal liez ^ », on le croit sur parole et on le classe parmi « les riches thesauriers de la langue françoise^ ». Du Verdier, juge, il est vrai, trop partial, puisqu'il est son intime ami, assure « que son nom demeurera immortel entre les hommes, tant que le
1. Lucca, Vincentio Busdrago, 1554, 3 v. in-4°, édition qu'il faut compléter par la IV* Partie (posthume), Lyon, Alessandro Marsilij, 1573, in-S". (En tout, 214 nouvelles.) — Milan, Antonio degli Antonij, 1560, 3 v. in-8° (140 nouvelles seulement). — Venise, Camillo Francescliini, 1566, 3 V. in-4° (140 nouvelles, dont 18 ne sont pas de Bandello).