‹ Le roman sentimental avant l'AstréeChapitre 75 sur 192 · Histoire 7®, tome I · texte numérisé non relu

Histoire 7®, tome I

3. Dans la 7* histoire, Adélasie, fille de l'empereur Othon III, s'est enfuie du palais de son père avec un des plus beaux gentilshommes de l'Allemag-ne, Aleran, prince de Saxe. Tous deux, déguisés en pèlerins, errent péniblement sur les routes jusqu'au jour où ils iront s'établir dans une hutte de charbonniers, au fond des bois de la Ligurie : « Est-ce peu de cas, remarque Belleforest, que par le seul instinct d'une force amoureuse la fille d'un si grand Prince que l'Empereur des Piomains s'en soit allée vagabonde en habit dissimulé, et pauvrement vestue, expérimenter l'aspre longueur des chemins, Tinclemence du ciel..., et encores sentir l'amertume non jamais goustee du travail, la rage de la faim, le halle d'un Esté chaleureux, le frisson de l'Hyver glacé ? Ne demonstre-t-il pas, ou bien que l'Amour a quelque perfection plus grande que les autres passions ausquelles l'esprit de 1 homme est assujetty, ou bien que ceux qui sentent cette altération sont hors du nombre des hommes capables de raison et ayans l'usage de la splendeur d'icelle? »

Et cependant, ajoute Belleforest, « cette belle Dame ayant gaigné les champs estoit plus joyeuse, fresche et délibérée que lors qu'elle vivoit à son aise entre les délices et mignotises qu'elle savouroit en la cour de son père ».

en cela que suivre Bandello chez qui ces dispositions sont plus visibles encore : sans la scène du tombeau, l'évêque d'Agen aurait-il repris, après Luigi da Porto, l'histoire des Amants de Véi-one ^ ?

Tout ce qui pouvait plaire à la société française contemporaine des guerres civiles se trouve heureusement réuni dans un recueil beaucoup plus mince, que par un aimable badinage l'auteur, qui s'appelait Yver, intitula Printemps -.

Dans un décor harmonieux et plaisant, dont l'idée vient sans doute du Décaméron, mais dont les lignes et les couleurs sont bien celles des paysages de notre pays, des gentilshommes et des dames charment par quelques contes les loisirs de leurs après-dînées. Deux de ces narrations sont chevaleresques (Histoire des amants Erastes et Persides, I; Histoire de Guillaume le Bâtard, IV); la V^, tout à fait amusante, remarquablement conduite et qui rappelle l'aventure de Joconde ^, rapporte sur un ton d'élégant scepticisme les bons tours et les infortunes conjugales de deux jeunes gentilshommes poitevins, anciens compagnons d'études aux Universités d'Italie; la IP et la IIP racontent avec quelque détail deux faits véritables dont l'un est simplement dramatique *, dont

1. On sait que Luigi da Porto, de Yicence, avait composé, en 1524, la célèbre nouvelle de GiuUetta e Romeo. Bandello avoue qn il avait entendu raconter 1 histoire justement près de Yicence, aux bains de Galdiero. C'est Pierre Boaistuau qui a mis en français le récit de Bandello et c'est dans le tome P"^ des Histoires trafiques qu on l'a d abord lu cbez nous : c'est la 3* nouvelle : « De deux amans qui moururent en le mesme sepulchre, l'un de venin, l'autre de tristesse. »

2. Le Printemps d'Ii'er^ contenant cinq histoires, discourues par cinq journées en une noble compagnie^ au chasteau du Printemps, par Jaques Yver, seigneur de Plaisance et de la Bigotterie, gentilhomme Poictevin. Paris, Abel lAngelier ou Jean Ruelle, 1572, in-16 [Priv. du 11 aoust 1571].

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