Trad. par G. Chappuys, Lyon, Loys Cloquemin, 1582, in
3. Les Trois Parties, avec l'Episode d'Abindarraez, Tours, Jamet Mettayer, 1592, in-S". En 1603, nouvelle traduction des Sept livres de Montemayor, par S. G. Pavillon (éd. bilingue), Paris, A. du Breuil, in-12 (réimprimée seulement à partir de 1611),
4. Voir à la fin de ce volume la bibliographie des cinq livres,
5. Lyon, Th. Soubron, 1593, in-16; — Id., sous le titre : V Amour de la Beauté, Rouen, Raph. du Petit-Val, 1600, in-12.
6. La Bergère Uranye ou la revivrance du uray amour, Paris, J. Gesselin, 1595, in-12.
7. On peut voir par notre Bibliographie (Tableau J) que le premier livre eut six éditions ; le deuxième, trois ; les trois derniers, une.
8. Sorel la cite dans le V° livre du Berger Extravagant et Balzac, éd. de 1665, in-f, t. II, p. 634, dit que les Provinciaux « en deçà de la Loire » l'ont préférée longtemps à VAstrée.
première partie de VAstrée, en neuf années d'une production cependant très féconde, l'on ne rencontre plus, sinon en quelques épisodes accessoires, d'histoire de bergers.
Cela peut, semble-t-il, s'expliquer par deux raisons. La première est que la bergerie a trouvé un autre cadre. Sous l'influence des Italiens : du Tasse, de Guarini, de Luigi Groto, d'Antonio Ongaro, de Bracciolini, elle a adopté la forme dramatique. Dès la fin du xvi® siècle, ce mouvement est nettement indiqué * et il ne s'interrompra pas de longtemps. — La seconde raison est la même que donnera plus tard Ch. Sorel dans sa Bibliothèque Françoise (p. 158) : « Plusieurs, dit-il en parlant du roman pastoral, plusieurs ont jugé qu'il y avoit là quelque chose d'incroyable, de faire parler et agir des bergers et des bergères avec la plus grande politesse du monde et comme pourroient faire les courtisans les plus adroits, au lieu que les personnes champestres sont ordinairement grossières et stupides. On vouloit des histoires feintes qui représentassent les humeurs des personnes comme elles sont et qui fussent une naïve peinture de leur condition et de leur naturel ». Cette réflexion s'applique aux ouvrages qui ont suivi V Astrée, mais elle parait aussi juste de ceux qui l'ont précédée. Nous allons montrer bientôt que la société polie qui a commencé à se grouper sous le règne de Henri IV, si elle a aimé à voir représenter dans le roman une image embellie d'elle-même, a aimé aussi à se voir peindre dans son vrai milieu, dans le train normal de son exis-
1. Justement Nicolas de Montreux en a été un des premiers initiateurs. Voir dans le livre de M. Marsan, La Pastorale Dramatique en France^ 1905, in-S" [Bibliographie, p. 505 et suiv.), la liste des comédies pasto- \ raies françaises à partir de 1590.
tence. Cette société, idéaliste par un certain côté, a aussi, très visiblement, des tendances réalistes. « Amours françois et non estrangers, dit déjà un auteur de 1594*, véritables et non controuvez » ; amours de dames et de gentilshommes, a nostre siècle n'ayant des yeux que pour admirer les effets des créatures bien nees^ » : voilà la matière précise qui lui convient. Cette matière, le théâtre, qui est tout illusion et artifice, peut la déguiser et la transporter dans un monde irréel : le roman a alors la prétention d'être plus près de la nature. Sa psychologie, d'ailleurs, n'est pas encore assez savante pour qu'il éprouve le besoin d'isoler l'analyse sentimentale dans la forme abstraite du genre pastoral.
Le médiocre succès des autres genres rend plus significative encore la faveur dont jouit alors le roman sentimental.
Son développement avait été brusquement arrêté : il reprend avec une force singulière, après une interruption d'un demi-siècle, au lendemain même des guerres civiles.
On peut voir, par un des tableaux qui se trouvent à la fin de ce volume, qu'en dix-sept ans, de 1594 à 1610, il est représenté par une quarantaine d'ouvrages. Il est par là bien évident qu'il répondait tout à fait aux goûts de la société nouvelle et qu'il peut donc nous fournir sur Tesprit et les mœurs de cette société quelques indications utiles : pour cette seule raison il vaudrait la peine de l'étudier. — D'autre part, étant donnée l'importance qu'a eue VAsti'ée dans notre histoire littéraire, il
1. Amours de Lydamas et Myrtille, Toulouse, A. Sève, 1594, in-12, f° 4, a.
2. La Vivante Filonie, par Faure, Paris, J. Gesselin, 1605, in-12, fM , b.
n'est pas sans intérêt de suivre avec quelque précision le mouvement dont l'œuvre d'Honoré d'Urfé semble avoir été l'aboutissement normal.
Nous avons donc à rechercher :
1° Quelles tendances de la classe aristocratique, au temps de Henri IV. se sont reflétées dans ces sortes de romans;
2° Comment et sous quelles formes les romans ont exprimé ces tendances.