IV.— LA LANGUE INTERNATIONALE NE PEUT ÊTRE QU'ANGLO-LATINE
Nous avons vu qu'il faut renoncer, d'une part, à l'adoption d'une langue nationale, d'autre part, à l'amalgame de mots extraits de toutes les langues. Il ne reste qu'une solution : adopter une forme de langue basée sur une langue morte ou sur un type commun à plusieurs langues vivantes.
Il est évident que la préférence doit être donnée au type qui groupe le plus d'adeptes.
L'anglais a une immense majorité sur chacune des autres langues et c'est à peine si les six langues néolatines réunies peuvent le dépasser.
Mais les langues néo-latines ont l'avantage de pouvoir être ramenées à un type homogène et bien défini : ce sont les filles d'une même mère, toujours jeune et universellement estimée de tous les savants et de tous les lettrés du monde.
La langue latine a été autrefois la langue internationale et elle le serait encore aujourd’hui si son vocabulaire n'avait été insuffisant pour les besoins modernes. Partout on étudie encore les langues classiques grecque et latine.
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Les langues néo-latines ont des adeptes disséminés
dans toutes les parties du globe.
Les Russes, les Orientaux, les Arabes, parlent souvent une de nos langues néo-latines, le français, l'italien ou l'espagnol. Le latin leur est connu par une de ces langues. On compte plus de 40.000.000 de Slaves latins. D'autre part, les Hollandais, les Scandinaves, les Japonais et tous les navigateurs parlent ou écrivent l'anglais de préférence aux autres langues.
En Asie et en Afrique, le français et l'anglais sont de plus en plus répandus. Le Nouveau Monde n'emploie guère que l'anglais et l'espagnol pour ses relations internationales.
Malheureusement, ces deux langues sont trop nettement localisées et l'américain du nord ne comprend pas plus l'américain du sud que l'anglais d'Europe ne comprend l'espagnol ou le portugais.
Il semble que la langue idéale serait donc celle qu'on comprendrait également dans l'Amérique du Nord et dans l'Amérique du Sud et que tous les Américains pourraient également parler.
C'est donc un idiome anglo-latin qui s'impose comme langue internationale. Est-ce possible ?
La question ne fait plus de doute depuis la découverte faite par Le savant docteur Peano.
Le docteur Peano, célèbre mathématicien de l'Université de Turin, avait relevé dans un dictionnaire spécial (1
(4) Vocabulario commune ad latino, italiano, français, english, deutsch (Academia pro Interlingua — Torino).
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tous les mots internationaux pour les faire servir à une
revue scientifique internationale qu'il dirige.
Il constata que tous ces mots qu'il avait patiemment extraits de nombreux dictionnaires étrangers étaient ou anglais ou latins, le plus souvent communs aux deux langues, et il formula ce principe :
Une langue internationale ne peut être qu'anglo- : latine. Max Muller avait déjà fait remarquer que le
dictionnaire anglais contenait 6.000 mots gréco-latins contre à peine 2.000 germaniques.
Depuis, la proportion latine augmente sans cesse grâce à l'infiltration continue des langues française et sud-américaines. Les Allemands doivent renoncer à faire rentrer l'anglais dans Jes langues germaniques, comme ils tentaient de le faire, avant la guerre, pour prouver leur suprématie linguistique et l'universalité de leur culture.
V.— LES MOTS ALLEMANDS SONT INCONCILIABLES AVEC LA LANGUE INTERNATIONALE
Les Allemands ont toujours fait la guerré aux langues nationales des pays conquis pour des raisons politiques qu'ils dissimulaient à peine.
Ils savent que laisser sa langue à un peuple vaincu c'est laisser à un captif la clef de sa prison. Dans leur désir de conquérir l'univers, ils affirment que leur langue est nécessaire au bonheur de l'humanité.
Ce qu'il y a de vrai, c'est que la langue allemande est la traduction d'un mode spécial de penser, mais les philosophes allemands vont beaucoup plus loin : ils prétendent que la langue étant la eréatrice de la pensée,
seul, l'allemand peut créer des mots à l'infini et pousser la civilisation jusqu'aux extrêmes limites, seul, l'allemand pourrait faire éclore et manifester les progrès de l'entendement humain, les inventions de toute nature. Tous les auteurs allemands sont d'accord pour présenter la civilisation latine comme une époque glorieuse pour l'histoire passée, mais comme incapable de persister et de se développer davantage faute d'une langue progressive. La civilisation latine doit faire place à une civilisation entièrement nouvelle, la civilisation germanique.
Une association comprenant déjà 830 sociétés alle. mandes et autrichiennes demande que la langue diplomatique soit exclusivement l'allemand et qu'il soit interdit d'employer d'autres langues, lors de la conférence pour la paix.
Les Allemands affirment que nos vieilles langues disparaîtront à bref délai, car elles sont un obstacle à la marche de l'humanité telle qu'ils l'entrevoient. Et pour avancer plus vite, ils biffent de leurs dictionnaires et même de leurs menus les mots anglo-latins qui feraient
croire à la continuité du passé. C'est très net et très
logique. C'est la théorie prussienne opposée aux écoles latines.
En présence d'un pareil ostracisme, la conciliation n'est plus possible. À la mobilisation générale des mots boches, il faut répondre par la mobilisation anglo-latine : les Anglo-latins seraient vraiment trop naïfs s'ils admetlaient encore chez eux la naturalisation des mots germaniques, alors que les mots anglo-latins sont bannis du nouveau vocabulaire allemand. Sans cette riposte, on
pourrait entrevoir, à brève échéance, la perte totale de notre patrimoine latin remplacé, comme tout le reste, par la fabrication allemande.