‹ Le romancero du pays basqueChapitre 6 sur 11 · LE PÊCHEUR DE CIBOURE · texte numérisé non relu

LE PÊCHEUR DE CIBOURE

Est-il un métier plus misérable que celui de pêcheur ? Mouillé le jour, veillant la nuit, souvent il n'est pas plus heureux que s'il jetait ses filets aux étoiles.

Au moindre souffle de la brise, il lui faut tendre sa voile, sans être sûr de la changer jamais en nappe ou d'avoir un linceul.

Le vent est-il en humeur de rire? Il le pousse, comme pour le mesurer, contre les flancs de quelque gros navire, du haut duquel d'heureux matelots secouent dédaigneusement sur lui les cendres de leur pipe.

Est-il en colère? Il lui montre, en le renvoyant de la mer au ciel, que ni l'un ni l'autre ne veulent de lui;

Jusqu'à ce que l'abîme soit contraint de le recevoir, et le renvoie muet et glacé à ses parents et amis, qui crient et se tordent sur le rivage.

Ne me parlez plus de la mer ; elle a brisé mes der-

nières espérances, je lui ai dit adieu pour toujours.

Oui, tu as beau venir en rampant caresser mes pieds, je ne viendrai plus te confier le secret de mes vœux et te demander de les réaliser.

Tu as beau pousser tes moutons à ma rencontre, comme une promesse des biens que tu me réserves.

Ils ne sont pas arrivés jusqu'à moi, que déjà ils ne sont plus, amère dérision, bruit et écume!

Mais voici que tu te fâches ; ce ne sont plus des moutons qui s'avancent vers moi, c'est un tigre qui bondit comme s'il voulait me dévorer.

Lance ta bave jusqu'aux étoiles, mer insensée ; tu ne saurais arriver j usqu'à mon dédain et l'entraîner avec toi .

Ouvre tes flancs pour ajouter de nouvelles victimes aux malheureux que tu as engloutis, et dont les voix s'élèvent en lamentables gémissements;

Je n'en augmenterai pas le nombre. Tu as brisé mes dernières espérances, je te dis adieu pour toujours.

Ma barque, ma pauvre barque; mes filets, mes pauvres filets! Mer cruelle, qu'es-tu donc, qu'avec tant de riches vaisseaux qui voguent sur tes onde3, il te faille encore le gagne-pain du pêcheur?

— Il lui faut aussi le vaisseau du riche, ô Preïo, le japitaine, les matelots et les passagers.

Entends-tu le canon d'alarme qui retentit au loin, le fracas des mâts qui se brisent, les cris des marins que la mer emporte ?

Sans toi ils vont périr, ô Preïo. Preïo n'a jamais man-

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