‹ Le romancero du pays basqueChapitre 7 sur 11 · LE PÊCHEUR DE CIBOURE · texte numérisé non relu

LE PÊCHEUR DE CIBOURE

que aux naufragés en danger. Bon Preïo, cours les sauver. »

Est-il un métier plus misérable que celui de pêcheur? Preïo vient de rentrer, ramenant avec lui un corps sans âme, une bouteille aussi ;

Une bouteille coiffée d'un épais béret de goudron, comme si elle eût contenu la plus vieille liqueur d'Hendaye.

— Ami, fais sauter cette calotte, voyons l'âge de ton baume ; voyons surtout s'il peut céder quelques années à ton épave et l'arrêter sur le chemin du rivage éternel.

Mais si elle y a déjà échoué, si tu ne peux lui rendre la vie, reprends du moins des forces toi-même.

Amère dérision du sort! L'homme est plein outre mesure, et la bouteille, fermée comme si elle l'eût été, ne contient rien ;

Rien, que ces papiers qui ne peuvent se décider à sortir de leur prison. Avant qu'ils ne s'envolent, ditesmoi ce qu'ils chantent.

— Nous prend-il pour des savants ? A monsieur le recteur son mort et ces papiers, sans doute sa feuille de route :

« Je m'abandonne à la mer et à Dieu, qui la forma : puisse-t-il me conduire à bon port!

» Si je viens à périr, je lui recommande mon âme; quant à mon corps, je laisse tous mes biens d'outremer à celui qui, l'ayant arraché aux flots, lui donnera la sépulture en terre sainte. »

Oh! oui, pauvre malheureux, tu auras une place à côté de mon père; la cloche qui sonna ses funérailles annoncera pareillement les tiennes.

Cette cloche, hélas ! ne sera pas celle de ton pays ; mais il s'écoulera bien peu de temps avant que j'y fasse dire des messes pour le repos de ton âme.

Oh ! que ne suis-je une colombe, pour traverser la mer à tire d'ailes, puis revenir ici avec de nouvelles plumes?

Mais un bon navire m'y mènera aussi vite, un navire tout neuf, bien solide ; car je veux le ramener chargé et vous enrichir tous.

Et je le ramènerai, soyez-en sûrs. La mer me connaît, elle ne m'a jamais été cruelle. Toute ma vie elle m'a bercé sur son sein, et ne l'a ouvert que pour me nourrir.

Si elle a brisé ma barque et emporté mes filets, c'était pour me dire que je n'en avais plus besoin, et qu'à l'avenir d'autres pécheraient pour moi.

Chacun son tour. Pauvre homme, ton navire était vieux, ton corps aussi : comment la mer aurait-elle arrêté la mort dans sa marche ?

Elle n'arrêtera pas mon navire, mon beau navire, dans la sienne. Qui veut me suivre? Je vous engage tous.

Laissez là vos frêles barques, vos voiles trouées, vos ancres rongées par la rouille et vos caques empestées.

Est-il un métier plus misérable que celui de pêcheur? Mouillé le jour, veillant la nuit, le plus souvent, il n'est pas plus heureux que s'il jetait son filet aux étoiles.

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