a b) Sologne, Saintonge; cf. Fontenay
7. a) Bivès, Ossau et Cey^ériat (la mena dans...), Fore\ (la monta dans...). — b) Bivès -f- Ossau ; cf. Fore\, Cey\èriat.
8. a) Bivès, Ossau, Cey^ériat -\- Fore% (Je vous ferai). — b) Bivès, Ossau; Fore%(D. t. l'o. e. l'a. que j'ai...).
9. a) Ossau; cf. Bivès, Fore^,Cey\ériat, Sologne, Saintonge. — b) Saintonge, Ossau -j- Sologne; cf. Bivès, Fore^, Cey^criat,
Le Roi lui fit faire un tombeau tout en fer de Venise, Sur sa tombe mit un écrit : « Adieu, belle Marquise ! »
10. a) Ossau ; cf. Bivès, Sologne; Fore\, Cey^êfiat. — La leçon à'Ossau est seule plausible (la ferronnerie vénitienne est, en effet, renommée); et les mauvaises leçons « de pierres de lyse(?) » (Sologne), « en terre de Baïse » (Bivès), semblent en être issues par homophonie. — b) Fore{ -\- Cey^ériat (un écrit) ; cf. Ossau, Bivès. « Mit » à la place du futur « mettra ».
Après le 4e couplet jusqu'à la fin, Fontenay offre cette variante remarquable :
Marquis s'est fait vêtir de noir, à la cour s'en fut rendre, Où le Roi lui a demandé le sujet de ce change.
Le Marquis lui a répondu : « O Sire, ci est ma femme. Puisqu'elle est morte pour moi, le deuil j'en dois prendre. »
Le Roi prit son manteau royal, au Marquis le présente : Le Marquis en a fait refus, l'exila de la France.
Suit le 6e couplet (Adieu...), transposé et altéré. Toute cette fin, d'ailleurs fort incorrecte, est interpolée pour les raisons suivantes : i° l'exil du Marquis constitue un dénouement particulier, qui se concilie mal avec le dénouement véritable, donné par toutes les autres versions : la mort de la Marquise ; 2° l'assonance femme : prendre suppose une prononciation nasale fen-me, qui est exclue par le 2e couplet de l'original, où femme rime avec dame.
Cette chanson anecdotique a trait aux amours d'un roi de France, et, vu la langue qui ne saurait être sensiblement plus vieille que le xvne siècle, d'un roi Bourbon. L'on ne peut hésiter ici qu'entre deux monarques, dont les galanteries furent pareillement fameuses : Henri IV et Louis XIV ; et entre deux favorites : Gabrielle d'Estrées, faite marquise de Monceaux et qu'on avait coutume à la cour d'appeler simplement « la Mar-
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quise », et Mme de Montespan, marquise du chef de son mari1. Si la version de Fontenay-le-Marmion était originale, il n'y aurait même pas d'hésitation possible, car les derniers couplets que j'en ai cités font une allusion évidente à M. de Montespan, qui porta, dit-on, et fit prendre à sa maison le deuil de la marquise, devenue la maîtresse du Roi : mais j'ai montré que ces couplets étaient le produit d'une interpolation; et tout ce qu'il en faut conclure, c'est qu'un certain chanteur, postérieurement à l'an 1668 où commença la liaison du Roi, rapportait notre complainte au cas de M. de Montespan, ou l'y adapta, comme il arrive, après coup. Revenons, cette version écartée, au texte authentique.
La première partie de la pièce s'entendrait sans difficulté de la Montespan : celle-ci, au moment qu'elle fut distinguée par Louis XIV entre les dames de la reine, était déjà femme du marquis; et, à l'isoler du reste, le propos violent «... j'en aurais ma vengeance ! » conviendrait assez bien au caractère de ce mari peu résigné, et qui eut l'étrange mauvais goût de faire un éclat. Mais la fin ne cadre plus aucunement : Mme de Montespan mourut vieille, pénitente, éloignée depuis longtemps et oubliée de la cour, sans regrets du Roi, et sans nul bruit de poison.
Il n'en va pas de même de l'autre « marquise ». Observons, d'abord, qu'elle appartient à la légende plus que pas une des favorites royales, et que la belle Gabrielle, par un rejaillissement de la popularité du grand Henri, est devenue aussi une façon de personnage populaire. A la vérité, Mlle d'Estrées était encore fille, et chez son père, lorsqu'elle vit Henri IV pour la
1. De Puymaigre nomme Gabrielle; Bladé tient pour certain que la Montespan est en cause. Il faut écarter l'hypothèse de Bujeaud, qu'il s'agirait de Mme de Vintimille, fille du marquis de Nesle et maîtresse de Louis XV, qui mourut en couches (1741), avec des soupçons — mal fondés — d'empoisonnement : outre que cela donnerait à la complainte une date bien moderne, la comtesse de Vintimille fut assurément peu connue du peuple et ne porta point le titre de marquise.
première fois ; ce fut lui-même qui la maria, pour la forme, à un sieur de Liancourt (point marquis), dont il fit ensuite casser le mariage par un arrêt du parlement. Aussi bien le vers de la complainte :
Puisqu'il te faut servir le Roi, séparons-nous d'ensemble !
exprime naïvement la situation de cet époux dérisoire. Que le chansonnier se soit trompé sur la chrononologie de ces épousailles, qu'il ait attribué au mari le marquisat qui appartenait personnellement à la favorite, ce sont là des inexactitudes sans portée : mais la teneur des derniers couplets est décisive. Mettons-les en regard de l'histoire.
L'an 1599, aux approches de Pâques, les deux amants se séparèrent pour une huitaine, selon les us monarchiques, afin de vaquer aux dévotions pascales. Gabrielle, grosse de quatre mois, était fort triste, larmoyante, pleine de pressentiments funestes ; elle quitta Fontainebleau le lundi saint, prit la Seine à Melun, et descendit à Paris, près de l'Arsenal, dans la jolie maison du financier toscan Zamet. Le mercredi, après un dîner délicat, elle va entendre ténèbres au petit Saint-Antoine, une chapelle voisine de chez Zamet, et qu'on renommait pour sa musique; au sortir de l'office, la voilà prise d'éblouissements, puis d'une syncope ; elle revient à elle, veut qu'on la porte à l'hôtel de sa tante, Mme de Sourdis, pour lors absente de Paris; là des convulsions se déclarent, qui la tiennent, avec des rémissions et des redoublements, pendant quarante heures. Agonie terrible : on l'accoucha d'un enfant mort, qui vint par morceaux; enfin, elle expira, le matin du samedi, tordue et défigurée affreusement. Une foule anxieuse entourait la maison, et tout le jour défila devant ce cadavre. Toute mort subite qui remue des intérêts d'Etat ou des intrigues de cour, est invariablement soupçonnée de poison; celle-là, mystérieuse et d'horreur tragique, servait trop bien le parti du mariage italien, les gens des Médicis, pour ne pas leur être imputée : le bruit courut sur-le-
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champ que Gabrielle avait été empoisonnée à la table de Zamet; des historiens l'ont répété ; Michelet, croyant toujours au pire, n'en fait aucun doute. Rien, en réalité, n'est moins sûr; et il y a toute apparence qu'elle succomba naturellement à une éclampsie puerpérale. Au surplus, le fait ici n'importe pas, mais l'opinion des contemporains.
La reine était encore, de nom, Marguerite de Valois (car le divorce royal ne fut obtenu à Rome que sept à huit mois plus tard); mais, depuis tant d'années étrangère à la cour et confinée en son château d'Usson, elle ne pouvait en aucune manière être impliquée dans cette mort, où d'ailleurs elle n'avait point d'intérêt1. En l'introduisant ici, le chansonnier obéit aux lois simples de la psychologie populaire : dès l'instant qu'une maîtresse du roi meurt par le poison, il faut que sa rivale naturelle, que la reine, soit l'empoisonneuse. Quant aux fleurs léthifères, elles constituent un mode d'empoisonnement très usité dans les récits traditionnels. Dans un chant historique basque 2 (La veuve du même jour) relatif au seigneur Pierre d'Irigaray, décédé en 1633, le jour même de ses noces, le mourant dit à sa femme :
J'avais une bien-aimée en secret de tout le monde.
Elle m'a envoyé un bouquet fait de fleurs rares,
Fait de fleurs rares et dont le milieu était empoisonné.
Voyez aussi la légende d'Adrienne Lecouvreur, mise à la scène par Scribe. La douleur de Henri fut violente et publiquement étalée; il fit à sa maîtresse des funérailles pompeuses; il porta
1. Il y a des lettres de Marguerite à Gabrielle d'Estrées, plus que courtoises, pleines de flatteries et de prières. Celle écrite à Sully au lendemain de sa mort, et qui contient des expressions injurieuses pour la défunte (« cette décriée bagasse... ») pourrait bien être apocryphe.