INTRODUCTION XIX
trop subtil et qui réclament une main savante. La longueur de la chanson n'est jamais mesurée par une règle; et ses couplets se succèdent en nombre indéfini, au gré du chansonnier-poète. En somme, parmi cette foule de pièces qui ne se diversifient que par la structure individuelle de leur strophe, une seule distinction, au point de vue de la forme, est à faire ; distinction d'une importance capitale, qui partage tous les chants traditionnels, les lyrico-épiques aussi bien que ceux d'un autre genre, en deux groupes affectés à des destinations différentes : ou bien le chant est fait pour accompagner la danse, et c'est alors une ronde ou chanson à danser (ballade « ballata », a étymologiquement le même sens); ou bien il doit simplement être dit par la fileuse à la veillée, par le soldat pendant la marche, par le chemineau sur un seuil de porte, par le laboureur en plein champ, et nous lui réservons le nom de complainte. Une chanson à danser se reconnaît du premier coup d'oeil à un signe infaillible : c'est le refrain, cet élément fixe, qui traverse et relie ensemble, tel qu'un fil continu, la série variée des couplets. Partout où un refrain apparaît il y a danse; et réciproquement, si le refrain manque, la chanson est une complainte, réserve faite d'un très petit nombre de rondes monorimes, où le refrain absent est suppléé par un redoublement du vers.
Sans aborder ici l'historique complexe du refrain Le refrain, dans la lyrique du moyen âge1, il suffit d'en énumérer
i. Voyez, sur ce point, Jeanroy, Les origines de la poésie lyrique en Finance, au moyen âge.