‹ Le romancéro populaire de la FranceChapitre 113 sur 160 · Faut-il, pour une fille, que mon fils soit noyé · texte numérisé non relu

Faut-il, pour une fille, que mon fils soit noyé

13. Indét., Canada 1 , Albrel, Canada 2 (Del...), Lorient (De sa....) Finistère 1 (...plongeade) -f- Finistère 2; ci. Vendée, Saint-Mato, Bréhal, La Hague, etc ,

14. Indét., Canada 1 (...voltigé) ; cf. Lorient, Loudéac, Canada 2, Vendée Saint-Malo, etc. — A « brandillé » (et non « brindille », mot inexistant écrit à tort par Chamisso), plusieurs chanteurs ont substitué les équivalents moins bons «fringue », « voltigé », qui expriment aussi un mouvement de l'objet ; davantage ont mis « sonné », « ferliné », « derliné », leçons peu admissibles, en ce qu'elles supposent que l'anneau, tout immergé qu'il est, rend un son perçu par le plongeur.

15. Canada 1, Albret, Canada 2 (De 1...); Lorient (Et de sa tr..<), Finistère 1 (plongeade) ; cf. Indét. , Ançoumois, Périgord, etc.

16. Murlin, Fontenay, La Hague, Périgord, Cau\ac et Quercy 1 (...ero en fen...) -f- Canada 2 ; cf. Chdteauneuf, Charente, Finistère 1 et Vendée, Lorient, etc. — « Driver », ancienne forme, et probablement étymologique, du verbe dériver (allemand trifen); conservée encore dans plusieurs provinces. — Les versions ici se partagent à peu près par moitié, les unes faisant intervenir la mère, les autres le père du noyé.

17. Fontenay, La Hague, Canada 2, Charente 2; cf. Normandie, Murlin, Périgord, Nolay, etc.; Côtes-du-Nord 1 et 2, Loudéac, etc. — Dans un certain nombre de versions bretonnes, l'épisode de la mère est remplacé absurdement par un discours final du noyé (!), qui recommande de « ne point dire à ses parents qu'il s'est noyé, mais plutôt qu'il s'est marié à une belle fille, etc... ».

Cette ronde, moins connue dans le reste de la France, a été recueillie quantité de fois en Bretagne et dans les provinces limitrophes; de plus, par sa couleur locale, elle indique bien une population maritime (c'est à l'embouchure de la rivière que la belle s'en va laver ; c'est dans la mer que tombe l'anneau et que

le cavalier plonge) ; et les couplets se chantent avec un refrain de mariniers ; d'où il suit qu'elle fut composée par un habitant du littoral breton. Quant aux versions de la Haute-Italie (Piémont, Vénétie, avec émission sporadique dans 1 Italie centrale et méridionale), toute nombreuse qu'en est la liste, elles sont très certainement secondaires : à preuve l'extrême désordre des rimes (la rime en è s'y trouve confondue avec mainte autre), et ce fait significatif qu'elles ignorent toutes la noyade du galant, qui est le dénoûment traditionnel de l'histoire : dans ces versions italiennes, le dialogue, un peu allongé par un développement gracieux, termine la pièce, laquelle se réduit ainsi à une simple chansonnette d'amour.

Il est fort problable que la légende italienne du Plongeur pénétra en France par une traduction de Simon Goulart au t. II de son Thresor des Histoires admirables, imprimé à Genève en 1620 : notre chanson doit donc être postérieure à cette date ; conclusion conforme au caractère de la langue, qui n'est pas fort archaïque.

La grande popularité du Plongeur dans la Bretagne française a eu cet effet naturel qu'un Breton bilingue fit passer aussi la chanson dans l'idiome armoricain. Et ce gwerz est connu par trois rédactions peu différentes :

Léon : collect. Penguern, I, mss. B. N., réd. 1850; publ. par Ernault, Mélusine, III. — Locmaria : Bourgault-Ducoudray, Mélodies pop. de Basse-Bretagne, 1885. — Goulien (Finistère) : Guichoux, Mélusine, III.

Le translateur celtique a interprété chaque vers exactement; même on peut dire à quelle famille particulière appartenait son original : c'était une de ces versions qui commencent par « Dessus le pont de Nantes... », car tel est aussi le début du gwerz.

Il existe encore de la même chanson deux imitations beaucoup plus lointaines et plus curieuses. Une lithuanienne, donnée à deux exemplaires par Nesselmann, Littauische Volsklieder (nos 88

LE PLONGEUR NOYE 3 I 9

et 89), qui non seulement se réfère dans les grandes lignes au Plongeur français, mais qui va jusqu'à reproduire certaines variantes caractéristiques d'un groupe déterminé de versions : de même que Côtes-du-Nord i et Loudéac, le lithuanien a « trois cavaliers » au lieu d'un seul ; de même il fait tenir au plongeur qui se noie une espèce de discours testamentaire : « Dites à mes père et mère, etc.. » Et de même encore que dans Loudéac, la fille promet non seulement un baiser, mais le don de son cœur. Au demeurant, le traducteur a modifié la fable en quelques points : la fille ne va point laver, mais puiser de l'eau; et ce n'est plus son anneau qui lui glisse du doigt, c'est sa couronne, enlevée par un coup de vent, qui tombe dans les flots.

La deuxième imitation s'est rencontrée dans l'Asie Mineure. A Havatan, région de Césarée, J. Nicolaïdès a entendu une cantilène grecque dont il omit d'abord de fixer la teneur, mais qu'il cite de mémoire dans la Revue des Tradit. pop., I, 1886, sous forme de traduction approchée. Il s'agit d'un prince qui vient d'Egypte et d'une jeune fille au bain qui perd son anneau d'or... Elle pleure, elle gémit : « J'ai perdu mon bel anneau d'or fin ! » Le prince d'Egypte saute dans l'eau profonde et voit l'anneau d'or : par trois fois il plonge, mais à la troisième il meurt.

Pour finir, on sait que le poète Uhland a fait l'honneur à notre romance, qu'il connaissait par Chamisso, de la traduire en allemand vers pour vers.

Quant au sujet ' qui servit de source à tous ces poèmes ou récits traditionnels, nous le trouvons dans l'histoire d'un certain Nicolas, fameux plongeur sicilien, qui vivait à la fin du xne siècle

I. V. dans Mélusine (II, col. 223, et III, col. 37) les études fort complètes du Dr H. Ulrich (Dresde, 1884) et de M. Benedetto Croce, sur la légende du Plongeur, et où j'ai puisé pour les renseignements qui suivent.

ou au commencement du xme, selon les chroniqueurs, qui lui donnent pour lieu de naissance Messine, Catane ou une ville de la Pouille, et le désignent sous des noms de formes différentes, mais qui tous rappellent son extraordinaire faculté de vie aquatique.

Les premiers chroniqueurs qui le citent (Walter Mapes, de Nugis curialium [entre 1188 et 1193], qui le nomme « Nicolas Pisce ». — Gervais de Tilbury, Otia imper alla [12 10]. — Le F. Pipino, de Bologne [1320], dont la chronique est reproduite dans Muratori, IX), lui attribuent divers traits légendaires. Vivant dans l'eau comme les poissons, il participait à leur nature par une peau écailleuse; il séjournait fort longtemps dans la mer, dont il explorait et décrivait les profondeurs merveilleuses ; pour ses voyages sous-marins, il se faisait avaler par un gros poisson, dont il ouvrait ensuite le ventre, à l'aide d'un poignard qui ne le quittait pas, etc.

Pontanus (1426-1503) qui fit un poème latin sur « Cola Piscis », Tommaso Fagello (149 8-1 558), traduit plus tard en français par Simon Goulart (1620) dans son Thresor des Histoires admirables, et le P. Kircher qui rapporte l'histoire de « Pescecola » dans son Mundus subterraneus (1678), sont d'accord pour relater les circonstances de sa mort, dont voici le sommaire exposé :

Un jour de fête, l'empereur Frédéric II fit jeter dans le gouffre de Charybde une coupe d'or, la promettant au plongeur Nicolas s'il allait la chercher : celui-ci plongea et la rapporta. Une deuxième coupe fut jetée dans la mer, accompagnée d'une bourse pleine d'or; Nicolas plongea encore, mais cette fois. ne reparut pas.

Telle est l'anecdote d'où provient la chanson qui n'a retenu du sujet lui-même que le dénouement : et, comme je l'ai dit en commençant, c'est par la traduction française de Simon Goulart, qu'elle se répandit dans le milieu populaire.

LE PRISONNIER DE NANTES

CATALOGUE DES VERSIONS

France (oïl et oc)

Côtes-du-Nord i : Marre, Pots. pop. de la France, III, mss. B. N.,

réd. 1855. Indéterminé 1 : de Pétigny, ibid., III, [s. d.]. Bretagne : Rosenzweig, ibid., V, [s. d.]. Normandie : de Beaurepaire, Étude sur la Poés. pop en Normandie,

Coume : de Puymaigre, Chants pop. rec. dans le pays messin, 1865. Canada : Gagnon, Chans. pop. du Canada, 1865. Ossau : de Puymaigre, Romania, III, 1873 (version légèrement

patoisée).

Rennes : Orain, ibid., X, 1881. — De nouveau dans Rolland, V. Lorient : Rolland, Rec. de Chans. pop., I, 1883. Loiret : id., d'après Beauvillard, ibid., I, 1883. Ville-ès-Nonais : Decombe, Chans. pop. d'Ille-et- Vilaine, 1884. Ille-et- Vilaine : id., d'après Roulin, ibid., 1884. Finistère : Rolland, d'après Sauvé, Rec. de Chans. pop., II, 1884. Indét. 2 : de Sivry, la Tradition, I, 1887.

Préfailles (Loire-Infre) : A. Certeux, Rev. des Trad. pop., V, 1890. Côtes-du-Nord 2 : Mme P. Sébillot, ibid., V, 1890. Perros-Guirec (Côtes-du-Nord) : G. Vicaire, ibid., XII, 1897.

FORMULE RYTHMIQUE

Chanson à danser. Vers de 12 syl. = 6 + 6, masculins, uniformément assonances en é; chaque vers, muni d'un refrain intérieur, forme couplet.

G. DoNciëuX. — Romancero populaire de la France. 21

TEXTE CRITIQUE

Dans les prisons de Nantes,

Houp lala, lala,

i . Dans les prisons de Nantes il y a un prisonnier,

il y a un prisonnier.

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