a b c d) Valois (Il y a d. 1. pi. ..) ; cf. Monthermê
8. a b) Valois (Voulez-v...) ; cf. Monthermê. — cd) Valois. Monthermê donne ici deux mauvaises variantes : «..rôti., pas cuit, — ...lapin... pas faim». — Couplet supprimé par Gouzien.
« De ce salé je veus avoir, Qu'y a sept ans qu'est dans le saloir. » Quand le boucher entendit ça, Hors de sa porte il s'enfuya.
« Boucher, boucher, ne t'enfuis pas !
Repens-toi, Dieu te pardonra. »
Saint Nicolas posa trois doits Dessus le bord de ce saloir.
Le premier dit : « J'ai bien dormi ! » Le second dit : « Et moi aussi! »
A ajouté le plus petit :
« Je croyois être en paradis ! »
9. a) Valois -f- Monthermé (de ces...). — b) Valois ; cf. Monthermé. — c) Valois, Monthermé. « Ça », au lieu de « cela », qui fait une syllabe de trop. — d) Valois ; cf. Monthermé.
10. a) Valois, Monthermé. — b) Valois; cf. Monthermé. — c d) Valois. Gouzien, travaillant sur Valois, modifie ici le 3me vers, puis ajoute cette
strophe de sa façon, pour faire transition entre la 10e et la dernière :
« Petits enfants qui dormez là, Je suis le grand saint Nicolas ! »
Et le saint étendit trois doigts, Les p'tits se relèv'nt tous les trois.
il. ab) Valois;; cf. Monthermé. — c) Monthermé; cf. Valois. — d) Valois, Monthermé.
Comme les deux seules versions que nous possédions de cette complainte ont été recueillies aux deux bouts de la Champagne ; qu'il existe dans les Ardennes et aux environs de Reims d'autres cantiques semi-populaires, où le même miracle est
relaté sommairement ' ; et qu'enfin saint Nicolas, patron de la Lorraine, est aussi en grand honneur dans la Champagne, son culte ayant rayonné tout autour du sanctuaire de Saint-Nicolasde-Port (Meurthe-et-Moselle), qui en est le centre : tout cela porte à assigner à la pièce une origine champenoise. Il ne semble pas, à la tournure du style, qu'on la puisse' reculer au delà du xviie siècle, et avancé. Une note de Nozot nous apprend que cette complainte fut usitée comme chant de quête aux alentours de Mézières, et que les enfants de chœur l'allaient réciter dans les veillées et les auberges pendant le mois qui précède la Saint-Nicolas (6 décembre) : la coutume s'est perdue vers 1850.
Saint Nicolas est, comme le dit son nom (NwtoXaoç) un saint grec. Né dans l'Asie-Mineure, au milieu du 111e siècle, il fut évêque de Myre en Lycie, et peut-être assista, très âgé, au concile de Nicée. Historiquement, c'est tout ce qu'on en peut dire. Suivant une tradition, d'ailleurs dénuée de toute autorité, ce docteur fut animé d'un tel zèle pour la foi et le manifestait si vivement, qu'un évêque arien, dont l'argumentation l'indignait, fut par lui souffleté en plein concile. Au demeurant, toute incertaine que soit son histoire, l'Eglise grecque n'eut pas de saint plus renommé. Docteur, il devint le patron des étudiants; évêque d'une ville maritime, il le fut des gens de mer. Thaumaturge, avec cela, du premier ordre, le nombre et la qualité de ses miracles certifient mieux que tout sa grande popularité.
Le culte de saint Nicolas, d'abord spécial aux Grecs, passa en Occident à l'époque des Croisades. Sur la fin du xie siècle,
1. Voy. Tarbé, Romancero de Champagne, I. — Le cantique des Ardennes porte :
« Trois garçons, dedans un tonneau — coupés et meurtris par morceaux, — par la saint' croix que vous portez — vous les avez ressuscites. »
Et le cantique rémois :
« Trois pauvres enfants attrapés — furent par un boucher méchant, — par morceaux ils furent coupés — et moururent cruellement . »
L'on voit que ces deux pièces sont faites sur un rythme identique à celui de notre complainte.
les gens de Bari en Sicile feignirent qu'ils possédaient son corps, premièrement enseveli au mont Sion près de Myre, et dont ils alléguaient une prétendue translation. De Bari, en 1098, un croisé lorrain, seigneur de Varangeville, rapporta chez lui une phalange d'un doigt du corps saint : la relique, déposée dans une chapelle qui devint le sanctuaire de Saint-Nicolas-de- Port, attira un grand concours de pèlerins, et c'est ainsi que le culte du saint se propagea en France, dans les Pays-Bas et dans l'Allemagne.
Sa légende compilée par Siméon le Métaphraste et transcrite en latin par les hagiographes du moyen âge (Miroir historial, Légende dorée, etc.), contient tout le détail de ses prodiges. Cependant, celui des enfants au saloir ne se trouve point dans la légende grecque, non plus que dans aucun des légendiers latins qui l'ont reproduite ou amplifiée. Les plus anciens documents que nous ayons de ce miracle datent des xne et xme siècles; ils consistent dans :
i° un passage de la Vie de saint Nicolas, poème en octosyllabes du trouvère Wace : c'est un énoncé sommaire du miracle (14 vers en tout), sans aucun détail. La Vie de saint Nicolas étant la dernière œuvre de Wace, lequel mourut vers 1 175, on la peut fixer au troisième quart du xne siècle.
2° un petit mystère latin (Secundum miraculum SXl Nicholai), qui fait partie d'un recueil mss. du xme siècle intitulé Mysteria et Miracula ad scenam ordinata; recueil provenant de l'abbaye de Saint-Benoit-sur-Loire, conservé actuellement à la Bibliothèque d'Orléans, et publié par Monmerqué et Bouderie à la suite du Jus Sancti Nicolai de J. Bodei (Didot, 1834) \ Ce recueil de drames, en vers latins rythmiques et rimes, est évidemment d'origine et de destination cléricales. Voici l'analyse de celui qui nous intéresse.
1. Ce Secundum miraculum en particulier avait été déjà publié par l'abbé Lebeuf, avec une notice, dans le Mercure de France de décembre 1729. Publication reproduite au t. III des Variétés historiques, physiques et littéraires... [de l'abbé Lebeuf], 1752.
Trois clercs, voyageant pour leurs études et surpris par la nuit, frappent à la porte d'un certain vieillard, à qui ils demandent à loger. Et comme celui-ci fait des difficultés, ils s'adressent à sa femme, non moins vieille, lui promettant qu'en .récompense Dieu peut-être bien, lui accordera de mettre au monde un fils (!). La vieille consent, les clercs sont reçus et -couchés. Mais pendant qu'ils dorment, l'hôte se prend à soupeser leurs bourses pleines d'écus et trouve qu'il y aurait là une belle occasion de s'enrichir. A 'la bonne heure, approuve la femme, coupe-leur donc le col ! (ou plutôt — car l'auteur affecte le style noble — Evagines ergo gladium /). Ce qui est fait. Là-dessus arrive saint Nicolas, que l'hôte accueille sur sa bonne mine. Il lui offre quantité de plats 'différents ; mais le saint refuse toujours, il ne veut que de la « chair fraîche ». — Je n'en ai pas. — Voilà un grand mensonge ! Tu en as de toute fraîche, et que tu as saignée pas amour de l'argent. L'hôte et sa femme atterrés se jettent aux pieds du saint. Celui-ci les exhorte au repentir, il se fait apporter les trois corps et prie Dieu de les rappeler à la vie. Les clercs ressuscitent. Te Deum.
30 un sermon attribué à saint Bonaventure * (-J- 1274) [$• Bonaventurx Opéra, t. III, édit. de 1609J. D'après le récit du sermonnaire, court et peu circonstancié, deux (sic) écoliers nobles et riches, faisant route vers Athènes, s'arrêtent à la ville de Myre. L'hôte qui les héberge (il n'est pas fait allusion à sa femme), après les avoir occis dans leur sommeil, « les taille en morceaux comme viande de porc et met leurs chairs au saloir ». Saint Nicolas, averti par un ange, les vient ressusciter.
40 une verrière de la cathédrale de Bourges (voy. la monographie des PP. Martin et Cahier, Vitraux peints de Saint- Étiennede Bourges, planche XIII). Le miracle y est figuré dans un médaillon en deux parties : à gauche, trois enfants couchés, un homme qui s'apprête à les navrer à coups de hache, une
1. Attribution sans doute fausse; mais le morceau ne saurait être d'une époque notablement postérieure.
femme auprès, tenant une corbeille (pour recevoir les corps dépecés ?); à droite, les trois enfants debout dans une sorte de huche (le saloir) et saint Nicolas qui les bénit. Cette verrière est du xme siècle'1.
Encore n'est-il pas exact de dire que cette floraison soit finie. La complainte, mise au jour par Gérard de Nerval, et répandue dans le monde lettré, y devint l'objet d'adaptations littéraires. L'excellent poète Gabriel Vicaire l'a mise à la scène dans son Miracle de saint Nicolas (1888), une féerie religieuse de naïveté exquise et toute parée de rythmes charmants. Plus récemment aussi (1898), le P. Delaporte, S. J., en a fait un acte en vers, à l'usage des collégiens, mais la féerie de Vicaire est une autre chose.
Ces divers documents, issus plus ou moins directement d'une source commune, sont indépendants les uns des autres. En effet, le plus ancien, qui est la Vie de Wace, offre un narré trop succinct pour avoir rien pu fournir aux suivants. Il manque au mystère latin le trait essentiel des corps hachés et salés ; et le sermon de saint Bonaventure, qui a bien gardé ce trait, passe sous silence le rôle de l'hôtesse, exactement développé dans le mystère. Enfin le vitrail de Bourges supposant, à ce qu'il semble, un récit complet, le peintre verrier n'a pu se servir d'aucune des rédactions précitées. Du rapprochement de ces quatre formes secondaires, il est facile d'induire les éléments du récit original, qui étaient tels : trois écoliers ambulants sont
1. J'ai remarqué à Vendôme, dans l'église de la Trinité, une verrière beaucoup plus moderne (xive ou xve siècle), où le même sujet est traité. L'église de Saint-Nicolas, au bourg breton de Montfort-la-Cane, qui a pris cet évêque pour patron, renferme des vitraux, datant de la Renaissance, qui montrent pareillement les trois enfants dans la huche, et auprès, l'évêque bénissant . Aussi bien, la représentation de saint Nicolas avec les trois enfants dans un cuvier est un lieu commun de l'iconographie catholique : Molanus la note en son Historia SS. Imagitium (édit. de 1771, Louvain, annotée par Paquot) ; il ajoute que l'histoire des trois enfants ressuscites par saint Nicolas, était de son temps (xvie siècle) familière aux gens du peuple.
logés un soir dans une auberge ; — l'hôte, par le conseil de sa femme, les tue pendant leur sommeil, puis les dépèce et les sale; — saint Nicolas, averti surnaturellement, entre dans l'auberge, demande à manger de la chair fraîche, et avec une telle insistance que le meurtrier éperdu confesse son crime; — repentir des deux coupables, résurrection des jeunes gens.
Ce prototype du miracle coïncide, comme on voit, de tous points avec notre complainte, sauf que le chansonnier a remplacé les clercs voyageurs par des enfants qui glanent aux champs (influence probable du Petit Poucet, où les sept frères, avant d'être hébergés par l'ogre, « ramassent des broutilles au bois »), et qu'il a mis, très absurdement, entre le forfait du boucher et la visite de l'évêque, un intervalle de sept années. Quant au canal par où l'ancien conte est parvenu jusqu'à lui, ce peut être ou l'homélie d'un prêcheur, ou encore une de ces représentations dramatiques, analogues au mystère du rnanuscrit d'Orléans, et dont on sait que la vie du saint a souvent fourni la matière.
L'origine de ce conte pieux, tardivement greffé sur la légende de saint Nicolas, n'est pas impossible à déterminer. Le résumé de Wace suppose une rédaction plus complète du miracle existant vers le milieu du xne siècle ; d'autre part ce même miracle n'a pu commencer à circuler avant l'introduction du culte de saint Nicolas en Occident, qui eut lieu à la fin du xie. C'est donc dans la première moitié du xne siècle qu'il en faut placer la fabrication ; mais comment s'est-il formé ? et pourquoi l'a-ton attribué justement à l'évêque de Myre? Ici, je pense, doit intervenir le facteur iconographique, si puissant dans l'élaboration des mythes et des légendes populaires. Un des principaux miracles de saint Nicolas rapportés par les hagiographies consiste dans ce fait : l'évêque, invoqué par des matelots en péril de naufrage, leur apparaît soudain sur le navire et les sauve de la tempête. Cet épisode, vu son caractère à la fois simple et saisissant, dut être très anciennement figuré en peinture ou en bas-relief. Or, étant donnés les moyens de représentation
G. Doncieux. — Romancero populaire de la France. 25
dont dispose un artisan primitif, trois matelots debout dans une nef ne diffèrent pas beaucoup de trois enfants se levant du fond d'un cuvier. Avec un thaumaturge de la force de saint Nicolas, l'idée d'une résurrection se présente naturellement, et l'interprétation particulière du saloir est en rapport avec cette créance courante au moyen âge, que des personnes étaient parfois tuées, et leurs chairs apprêtées en guise de comestible par des hôteliers, bouchers ou pâtissiers : créance, à ce qu'il semble, en partie fondée sur des faits réels de cannibalisme, et qu'on retrouve çà et là fixée en mainte légende locale. Cette interprétation une fois posée, il s'en est suivi un conte ad explicandum, et c'est ainsi que l'œuvre mal comprise de quelque imagier naïf aura engendré l'historiette prodigieuse dont notre complainte est l'épanouissement final.
SAINT NICOLAS ET LE NOURRISSON BRÛLÉ
CATALOGUE DES VERSIONS
France (oïl et oc)
* Provence i : J.-J. Ampère, d'après Blanc, Poés. pop. delà France. Instructions, 1853 (trad. française). — Le texte dialectal dans les Poés. pop. de la France, IV, mss. B. N. ; publ. par Rolland, III.
Indéterminé : Boucher d'Argis, Poés. pop. de la France, IV, mss. B. N., réd. 1853.
* Languedoc: Germain,/^., IV, r. 1854. — Publ. par Rolland, III. Anjou : J. Pineau, ibid., IV, r. 1855. — Publ. dans la Rev. des
Trad. pop., I ; et par Rolland, III.
* Provence 2 : Arbaud, Chants pop. de la Provence, I, 1862. Dunières (Hte-Loire) : J
Retournaguet (id.) : Smith, Romanîa, X, 1881.
Marines (Loire) : )
Ille-et-Vilaine : Decombe, Chans. pop. d'Ille-et- Vilaine, 1884. Baslieux (Meurthe-et-Moselle) : Selter, la Tradition, IV, 1890.
FORMULE RYTHMIQUE
uniformément assonances en a. Le couplet est formé de deux vers, suivis d'un vers-refrain; le 2e vers de chaque couplet devenant le Ier du couplet suivant.
TEXTE CRITIQUE
1 C'étoit une nourrice, la nourrice du Roi, Et el s'est, etc..
Ah ! mon Dieu, aide^-moi, ne m'abandonne^ pas !
2 Et el s'est endormie, l'enfant entre ses bras.
3 Quand el s'est réveillée, en cendre le trouva.
4 La Reine est en fenêtre : « Apportez-moi le Roi ! »
5 — Oh ! non, Madame, il dor[t]e, je ne l'éveill'raipas. »
6 La belle a pris des hardes, à la rivière el va.
7 Dans son chemin rencontre monsieur Saint Nicolas
1. Baslieux, Ille-et-V. (... qui nourrissait Isa), Anjou et Indét. (id.); cf. Dunières, Retoumaguet , Marlhes, Provence 1 et 2, Languedoc. — « Roi », prononcé roa ou ra. Ce petit roi, « le Dauphin » dans les versions dialectales d'oc, est devenu « Isac » (prononcé Isa), dans Anjou, Ille-et-V. et Indét.
Le vers-refrain est donné par Indét., et à peu près par Anjou et Ille-et-V.; cf. aussi Provenu 1 . Il y en a un autre dans Baslieux :
Jésus, Maria ! O grand Saint Nicolas !
2. Retoumaguet, Marlhes, Anjou(... Isa...), Provence 1 (... 1. Dauphin dans s. b.) -4- Ille-et-V. (Et e.); cf. Provence 2, Languedoc, etc.
3. Ille-et-V., Indét., Baslieux et Anjou (...s'éveille...); cf. Marlhes, Retournaguet, Provence 1 et 2, Languedoc.
4. Dunières -f- Anjou, Ille-et-V. ; cf. Provence 1 et 2, Languedoc et Retournaguet.
5. Anjou; cf. Dunières, Retoumaguet, Ille-et-V. — « Dor(t)<? », avec e additionnel consécutif à r final, le t ne se prononçant pas. « Eveill'rai », avec la chute de Ye intertonique, fréquente aux formes futures.