INTRODUCTION XXI
rythme, ne traverse les générations, et la mémoire s'en dissipe en peu de jours. Rien n'est plus vrai, à condition que l'on distingue, — ce dont M. Nigra ne semble point s'être toujours assez soucié, — la chanson « d'actualité » comme nous disons, faite directement sur le vif des choses, de celle inspirée par un fait réel, mais conservé et transmis par un document quelconque. L'histoire recueillie ressemble assez, dans ce cas, à ces organismes reviviscents, qui desséchés et inertes pendant des années, se raniment subitement au contact d'une goutte d'eau, et c'est ainsi que, déposée et enfouie pendant des siècles dans une chronique savante, elle revoit un jour la lumière, en servant d'un de ces exempta dont les moines du moyen âge farcissaient leur prédication, et circule de nouveau dans la tradition, mais, cette fois, sous forme de légende plutôt que d'histoire véridique. Le chansonnier ne lui conserve pas son caractère historique, car il ne se sert en réalité que de ce qu'il a à portée de sa main, récit, sermon, qu'il a entendus, et il ne va pas, et pour cause, chercher ses sujets dans les livres; mais d'autre^ le font pour lui. La distinction, encore que délicate, est d'ailleurs facilement praticable pour un critique : d'un côté, le récit historique n'a fourni au poète que la charpente de sa chanson; parmi les circonstances et les particularités des faits, un seul sujet souvent a frappé son esprit, mais les acteurs sont devenus anonymes ou désignés d'un banal prénom, ils sont vides de leur personnalité, l'action s'est dépaysée, la couleur locale a disparu. Dans l'autre, au contraire, à travers les erreurs, les quipro-