‹ Le romancéro populaire de la FranceChapitre 149 sur 160 · Pour un bouton de rose que trop tôt j'ai donné · texte numérisé non relu

Pour un bouton de rose que trop tôt j'ai donné

3. Angoumois, Moulins, Bourg, Monisfroî, etc. ; Yvetot, etc. (Et l'e. et...); cf. Ardennes, Sancerrois, etc.

4. Vendée 1, Yvetot, Angoumois, etc.; Canada 2 (Sous les f...), Normandie , etc. (... du ch.); cf. Indét. 1, Cambrêsis, Bretagne, etc. — « S'essuyer» (se exsiccare) au sens étymologique = se sécher : on dit encore, en certains endroits, « se mettre à l'essui ».

5. Côtes-du-Nord, Poitou, Ardennes (... 1' ros...); Normandie, etc. (.,. le r. chantait); Angoumois, etc. (... le r. chanta); cf. Cambrêsis, Yonne, Cayeux, etc.

6. Bresse, Indét. 1 (... tu as...), La Rochelle (... si g.), Comté 1 et Yverdon (id.), Canada 1, 2, 3, etc. (... t. qui as 1. c.g.) ; cf. Indét. 2, Yvetot, Moulins, etc. ■

7. Cdtes-du-Nord, Savenay, Bretagne, etc. ; Sar^ean (...fort, affl.) ; cf. Indét. 1 et Etretat, Suisse, Yonne, etc.

8. Cotes-du-Nord, Lorient et Bretagne (... pour m. a... P...), Indét. 1 (... s'en est allé); cf. Dinan, etc. — Plusieurs versions, contractant ce vers avec le précédent, suppriment l'« ami Pierre », dont la mention ici n'en est pas moins assurée (cf. le v. 11).

9. Warloy, Normandie, Bresse, Bourg, Auvergne-, cf. Yonne (... q. j. lui dérobai), Yvetot, Angoumois, etc. (... q. j. 1. refusai); et, pour le mot final- Mégères (... qu'une autre lui a donné) et Fontenay (r.. qu'un, a. m'a donné). La plupart des chanteurs ont été induits à un contresens qui rend toute la chanson inintelligible, en remplaçant le bouton « trop tôt donné » parle bouton « refusé » ; la première leçon, établie ou confirmée par sept versions, s'impose.

io. Je voudrois que la rose fût encore au rosier, ii. Et que mon ami Pierre fût encore à m'aimer !

io. Bretagne, Sar^eau, Yvetot, Bergues, Comté i et 2, etc.

il. Bretagne, Sar^eau, Bergues, Fontenay, etc.; cf. fragm. rochelois, etc. A la place de ce vers, un grand nombre de versions (Sancerrois, Cayeux, La 'Rochelle, Yonne, etc..) portent :

Et que le rosier même fût encore à planter.

De l'expression/z^ encore à..., prise ici et plus haut dans un sens diamétralement opposé, il s'ensuit i° que le vers « Et que mon ami — à m'aimer » et le vers « Et que le rosier — à planter » s'excluent l'un et l'autre, et constituent deux suites différentes données au v. io; 2° que la première leçon est sans conteste la bonne, « fût encore à m'aimer » cadrant exactement avec le « fût encore au rosier » du v. io, au lieu que « fût encore à planter » ne s'y rapporte ni pour le sens, ni pour la syntaxe. Une autre série de versions cumule les deux variantes contradictoires (Yvetot, Ouest, Bourg, Comté i, etc.). Enfin quelques chanteurs, qui ont adopté la variante du rosier à planter, ajoutent encore d'autres vers en manière de tirade énumérative :

Et que la terre même fut encore à piocher, Etc....

Le poème original s'arrêtait indubitablement au v. il, tel que nous le donnons.

La Claire Fontaine est assez rare dans le pays d'oc, et n'y fut jamais recueillie que sous forme française. Quoique fort répandue dans toutes les parties de la France d'oïl, nos provinces de l'Ouest, y compris le Canada, qui en dépend, forment son foyer principal; on peut donc la supposer, en toute vraisemblance, native de la Bretagne, de la Normandie ou du Poitou. Un mot qui termine sans doute possible le premier vers, fournit pour son âge une limite maxima : « fatiguer » est un verbe de formation savante et d'usage noble, emprunté au latin par les écrivains du xvie siècle; et c'est plus tard, au cours du siècle suivant, que le participe « fatigué », pris absolument au sens de las, recru de fatigue, apparaît dans la langue. D'autre part, le

chansonnier de Ballard, où se lit pour la première fois, et dans un état assez fruste, le texte de la Claire Fontaine, porte le millésime de 1704. Ainsi, la chanson doit avoir été composée vers le milieu du xvne siècle, ou peu après.

La Claire Fontaine n'est pas « une romance », mais bien une chanson de femme, monologuée, tels que les Maumariées, les Filles à marier, la Fille au cresson, En venant de la Lorraine, etc.; et j'ai expliqué dans l'Introduction pourquoi je l'ai jointe, par exception, à cette série lyrico-épique.

On a jugé, bien à tort, que cette charmante élégie était difficile à entendre, et son sujet plein d'obscurité : cela, faute d'avoir su discerner la bonne leçon du vers 9, lequel en effet, s'il est pris de travers, rend toute la pièce incompréhensible. On s'est imaginé que l'héroïne était une « maumariée ». Rien moins; la phrase « en revenant de noces » ne voulut jamais dire « en venant de me marier ». Dans le fait, la belle a été conviée aux noces de quelque compagne; elle s'y est fatiguée à danser; elle s'en revient toute seule. Une fontaine est sur son chemin, l'eau coule limpide, l'arbre verdoie, l'oiseau chante gaîment sur la branche : le spectacle du bonheur d'autrui et toute cette joie de la nature qui l'environne font faire à l'esseulée un triste retour sur elle-même. Et ce n'est pas d'être mariée contre son cœur, qu'elle se plaint; c'est de ne plus pouvoir épouser celui qu'elle aime, parce qu'elle a donné trop tôt ce bouton de rose, qu'il ne faut laisser cueillir qu'au mari, le soir des noces. Et sa rêverie se perd en regrets impuissants : il n'est point de mots magiques pour ressusciter le passé, et le bourgeon une fois déclos ne se refermera jamais plus!

Page 1