‹ Le romancéro populaire de la FranceChapitre 16 sur 160 · XXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXIV INTRODUCTION

remarquer que les sensations d'ordre visuel sont presque les seules que perçoivent ces âmes rustiques, que le monde des sons et des parfums leur reste pour ainsi dire clos, et qu'elles n'ont point recours aux enseignements du toucher pour définir le monde extérieur; c'est donc de nature visuelle que sont presque toutes les épithètes descriptives : un « vert » pré, une « claire » fontaine, un rosier « blanc », un cheval « grison » ; une belle a toujours la « main blanche ». Le fauve éclat de l'or est la couleur luxueuse qui accompagne toujours la beauté : la belle Barbière demande, pour servir ses pratiques, son « plat d'or » ; le beau Déon, tire son « couteau d'or fin » ; la fille du roi d'Espagne, lavandière à ses heures, a un « battoir doré »; Madeleine a un « peigne d'or », un « manteau d'or » et un « bijou d'or fin »; Marianson porte à ses doigts des « anneaux d'or fin » ; le capitaine habille sa belle en « or et en argent » ; l'amante délaissée par son galant se fait faire une robe de « drap d'or ». Dans deux seules épithètes tient la description des aspects les plus divers : les ondes bleues, fleuries d'écume, scintillent sous le rayonnement du soleil : c'est la « mer jolie »; que la tempête soit déchaînée, que l'ouragan soulève l'océan, et que les lames déferlent sur les rochers, c'est la « mer farouche » !

Pour les épithètes psychologiques ou morales, qui définissent un personnage, elles sont des plus simples et des plus générales : un amant séduisant, c'est le « beau » Déon, le « brave » capitaine, le « joli » tambour.

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