INTRODUCTION XXV
La métaphore, figure de littérature avancée, est trop subtile pour leur esprit : envelopper deux objets que l'on compare dans la même expression symbolique est un effort trop grand pour leur fruste cerveau, et l'appareil logique de la comparaison, par une intuition simple, y supplée. Cette comparaison est toujours formellement exprimée; ils ne parleront jamais de cheveux « d'or », d'yeux « célestes », de teint « de neige », de beauté « éblouissante », de course « orageuse »; mais ils diront : jaune « comme l'or », bleu « comme le ciel », blanche « comme la neige », belle « comme le jour » ,« aller « comme poudre et vent ».
Les nombres consacrés se retrouvent dans la tradi- Nombres. tion de la plupart des peuples européens : il en est plusieurs qui reviennent à toute occasion.
Et d'abord trois s'emploie constamment pour le signe de la pluralité : c'est que ce nombre est le premier et le plus élémentaire des nombres pluriels (hormis celui de deux, quantité différente de la multitude autant que de l'unité) 2, comme le triangle est le plus simple des polygones. Pour marquer une action itérative, déjà les poètes latins classiques usaient de l'adverbe numéral ter; le poète populaire ne procède pas autrement : le chasseur qui court la fille-biche, sonne trois fois du cor, avant que ses chiens l'aient prise ; le gentilhomme rasé par la belle barbière, change trois fois de couleur ; le galant
i. Cette délicate expression est fréquemment employée dans les contes des fées de Perrault.
2. Aussi les langues riches en nuances ont-elles le duel, outre le singulier et le pluriel.