XXXI V INTRODUCTION
seulement au passage des nuances dialectales du pays où elle circule. Si bien que, pour reconstituer une chanson d'origine française, les versions catalanes ou piémontaises ne sont souvent pas moins utiles que les versions indigènes. La raison de cette identité n'est pas d'ordre ethnique mais linguistique : M. Nigra l'a fait consister dans le substratum celtique des pays romans où se produisent ces concordances, mais G. Paris a fait observer que les limites de ce substratum celtique ne recouvrent point celles de tout le domaine de la poésie lyrico-épique romane; et la véritable explication réside dans l'oxytonisme commun aux dialectes d'oïl, d'oc, de la Catalogne et du Piémont, et dont la conséquence directe est que, sur une base rythmique, les paroles d'un translateur ou d'un adaptateur peuvent passer d'un bout à l'autre du territoire, y voyager et s'y fixer avec la plus grande facilité.
Tradition orale Mais par quelles voies et par qui se sont opérées ces de la chanson, transmissions ?
Ce n'est, pour la plupart des chansons, que bien après leur naissance que l'on a songé à les recueillir par écrit, et c'est de bouche en bouche qu'elles se sont transmises : de là les nombreuses variations des paroles, et quelquefois du sujet lui-même.
Si, d'une façon générale, les montagnes arrêtent et séparent, elles sont aussi un obstacle à la tradition, et c'est pour celle-ci, au contraire, un merveilleux véhicule que les fleuves et que la mer. On suit de l'œil les chansons côtoyant, au gré du cabotage, les côtes de la Manche et de l'Atlantique, passant du golfe de Gascogne