‹ Le romancéro populaire de la FranceChapitre 27 sur 160 · INTRODUCTION XXXV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXXV

aux ports de la Ligurie; on les voit descendre le Rhône et la Loire ou remonter le Rhin, la Seine ou la Garonne.

O bon peuple de France, depuis tes matelots bretons luttant contre les houles et les tempêtes, sur la mer grise qui bat les granitiques falaises de l'Armorique, jusqu'à tes pêcheurs de Provence voguant sur les flots bleus de la Méditerranée, ce sont tes enfants, — soldats gais et pimpants, aux loisirs des corps de garde, pendant l'étape ou marchant à la bataille, bateliers sur leurs péniches suivant lentement le fil de l'eau, compagnons et chemineaux faisant leur tour de France, colporteurs ambulants arrêtés au seuil des portes, écoliers, pèlerins parcourant sans hâte les routes, laboureurs à leurs sillons, moissonneurs au milieu des blés, bouviers rentrant à l'étable, vieilles fileuses penchées sur le rouet près de l'âtre à la veillée, rieuses lavandières au bord du ruisseau, fillettes dans les couvents, — qui répétant ces chants aux vives ou lentes mélodies, les ont transmis et perpétués sur toutes les parties de ton sol, leur en ont fait franchir les frontières, et y ont ainsi fait flotter une part de ton âme simple et naïve !

Anonymes sacrés, inconnus pour jamais, qui comme l'oiseau dans les airs, voliez librement de vos propres ailes, n'est-ce point une profanation de vouloir découvrir les secrets de votre naissance, et d'étudier votre substance dans les pages régulières d'un livre, comme le botaniste fait des plantes entre les feuilles de son herbier ?

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