X AVANT-PROPOS
Itères qu'il a posées, et qui ne tombent jamais dans le défaut d'une généralisation excessive et prématurée, doivent toujours être admises, ou si quelques-unes peuvent être encore discutées. Mais tout le monde au moins sera d'accord pour louer la haute conscience du travailleur, la probité de son effort, l'ingéniosité de ses vues, et pour l'applaudir d'avoir, sur un sujet si obscur, apporté plus de lumière.
Julien TIERSOT.
Paris, 15 décembre 1903.
INTRODUCTION
L'objet de ce livre est double : offrir au public un choix des chansons populaires de France les plus répandues et les plus caractéristiques, en la forme rétablie de leur texte primitif; présenter, en même temps, l'étude de leur thème, de leur origine, de leurs développements, de leurs transformations, de leur degré de parenté et de leurs rapports avec les chants traditionnels des différents peuples d'Europe.
J'ai cru utile de faire précéder cet ouvrage de quelques notions et observations générales sur l'ancienne poésie populaire française, ses éléments, ses caractères distinctifs, sa langue et ses particularités ; et d'expliquer la méthode critique qui découle logiquement de cet exposé, et que j'ai employée pour l'établissement des textes.
INTRODUCTION
Rythmique de la chanson. Le vers et ses éléments :
syllabisme.
Césure.
Le vers populaire des nations romanes, de même que leur vers savant, est essentiellement fondé sur le syllabisme, sur l'accentuation rythmique simple ou double \ et sur l'assonance. L'ensemble des vers romans mesurés de la première syllabe à la tonique finale qui porte l'accent2, forme une série complète depuis une syllabe jusqu'à seize (le nombre quinze excepté, dont je ne connais point d'exemple) et Ton verra plus loin le détail de ceux qu'emploie chez nous l'art du peuple.
Pour beaucoup de ces vers, l'accent tonique final n'est pas le seul : c'est un fait d'expérience que passé sept ou huit syllabes, l'oreille romane perd la faculté de sentir le rythme du vers; il faut donc que les vers plus longs soient coupés en deux membres, égaux ou non, plus souvent pairs, quelquefois impairs, par un accent intérieur qui produit cette sorte de pause appelée césure : pause extrêmement marquée dans la versification populaire, comme dans celle du moyen âge. Un phénomène de transition notable est fourni par l'octosyllabe, qui placé à la limite des vers courts, n'a jamais de césure, et que pourtant les chansonniers, à l'instar des anciens
i. Le vers tripartit n'a jamais existé.
2. Contrairement à la prosodie italienne, nous ne comptons pas dans la mesure du vers les syllabes atones qui peuvent terminer soit le vers, soit, s'il y a césure, le Ier hémistiche; et nous disons simplement que le décasyllabe, par exemple, qui finit par un e muet, est un décasyllabe à chute féminine tandis que les Italiens l'appellent hendécasyllabe. Le système français est plus conforme à la vérité prosodique; il est évident que c'est la tonique accentuée qui clôt la mesure, à la rime ou à l'hémistiche.