GRECE
A. Passow, Carmina popuîaria Grxcise recentioris, Leipzig, 1860. — Ce recueil, qui de même que celui de Child pour les ballades angloécossaises, renferme, ordonne et complète tous les précédents (Fauriel, Chants pop. de la Grèce moderne, 1824-28), rend ceux-ci superflus2.
1. En partie traduit en allemand par Talvj [Mm* Robinson], Volkslieder der Serhen, 1835-53, 2 vol.
2. Le Cte de Marcellus, ministre plénipotentiare de France à Athènes sous la Restauration, publia sous le titre de Chants populaires de ta Grèce moderne, 1832, les traductions françaises de diverses chansons helléniquesmais il n'y a pas joint les textes originaux. Fauriel donne les textes, accom, pagnes de la traduction française.
Dans leur Folk-Lore de Lesbos, 1894, G. Georgeakis et L. Pineau ont publié une intéressante série de chansons recueillies dans cette île grecque, traduites en français, mais sans les textes oiiginaux.
LE
CATALOGUE DES VERSIONS
France {oïl et oc)
Namur (N1) : J. Taillefiér, ms. de Namur {Registres aux transports de la Haute-Cour), milieu du xve siècle s, — Publié par Borgnet dans le Messager des sciences historiques, Gand, 185 1 ; puis dans Mélusine, V.
N2 : Ms. de Bayeux (Bibl. Nat. fr. 9346), fin du xve siècle ; publié par A. Gasté, Chans. normandes du XVe s., 1866.
N' : A. del Abbate [édit.], La Couronne et Fleur des Chansons à trois, Venise, 1536.
N* : Le Roy-Ballard [édit.], Le quart livre des Chansons à 4 parties, Paris, 1 561 .
N> : A. de Launay [édit.], La Fleur des Chansons amoureuses..., Rouen, 1600.
N6 : Le Fèvre, Meslauges de musique de J. Le Fèvre, Paris, 161 3.
1. Taillefiér était greffier de l'échevinage de Namur. Beaucoup de ses annotations ont trait à des événements qui se passaient aux entours de 1430, les dernières datent de 1467 : ainsi, la rédaction de la chanson portée par lui aux registres se place assez exactement dans le deuxième tiers du xve siècle.
N? : Ms. d' Aix-en-Provence {Livre des vers du lût), xvne s. — Reproduit dans les Poés. pop. de la France, III, mss. B. N.
*Bazadais : Lamarque de Plaisance, Usages et Chans. pop. de Fane. Baïadais, 1845.
Lyonnais : J.-J. Ampère, d'après de Corcelle, Poésies pop. de la France. Instructions, dans le Bulletin du Comité de la langue, I, 1853.
Ardèche : F. Fertiadlt, Poés. pop. de la France, III, mss. B. N., réd. 1854. — Publ. dans la Rev. des Trad. pop., VII.
* Uzès (Gard) : Autran, ibid., III, r. 1855. — Publ. par Rolland, Rec. de Chans. pop., IV.
Dauphiné : Champfleury-Wekerlin, Chans. pop. desprov. de France, 1860 ».
Albi (Tarn) : Feuille volante portant l'estampille de la préfecture d'Albi, 1862.
* Provence : \ Arbaud, Chants pop. de la Provence, I,
* Fragm. Prov. 1 et 2 : j 1862. Savoie : Despine, Rev. savoisienne, 1865.
Bas-Poitou : Bujeaud, Chants pop. desprov. de V Ouest, II, 1866.
* Forez septentrional : V. de Laprade, Pernette (note 1), 1869 2. Mornant (Rhône) : Monin, Étude sur la genèse des Patois..., 1873,
(version contaminée).
* Vivarais : Tiersot, d'après Chaussinand, Rev. des Trad. pop., VII, réd. 1874.
* Puygiron (Drôme) : M. Viel, Au bord du Jabron, 1875. Fontenay-le-Marmion (Calvados) : Legrand, Romania, X, r. 1876. Marines (Loire) : Smith, Romania, VII, 1878.
* Castera-Lectourois (Gers) : Bladé, Poés. pop. de la Gascogne, II,
Lorient (Morbihan) : Rolland, Almanach des Trad. pop. pour Van.
Ceyzériat : Guillon, Chans. pop. de V Ain, 1883.
* Jujurieux(Ain) : Vrilivon, Annales de la Soc. d'émulation de l'Ain,
Mozas (Isère) : G. Doncieux, inédit, réd. 1888.
1 . Cette version est très semblable à la lyonnaise d'Ampère précitée.
2. Version originairement patoise, comme l'indiquent plusieurs mots conservés dans le texte français et marqués en italiques.
la pernette 15
Bourgoin (id.) : J „ . ,..
r> i • • /a \ [ Paul Doncieux. inédits, red. 1889.
Rochetoinn (îd.) : \ ' J
*Andelat (Cantal): Farges, inédit, réd. 1889.
Les Bouchoux (Jura) : Tiersot, inédit, réd. 1889.
Chabeuil (Drôme) : C. Tisseur, inédit, réd. 1889.
*Fragm. Lyon: Id., inédit, réd. 1889. — Publ. en partie dans son Dict. du Patois lyonnais (v° pendoula).
Saint-Pierre-du-Regard (Orne) : Mlle L. Colas, inédit, réd. 1889.
* Sérignac (Lot) : Daymard, Vieux chants pop. rec. en Quercy,
Indéterminé : de Colleville, la Tradition, VI, 1892.
Quercy : Froment de Beaurepaire, ibid., VIII, 1894.
Franche-Comté : Beauquier, Chans. pop. rec. en Franche-Comté,
Montpellier : A. Roque-Ferrier, Armanac mount-pelieirenc, 1895,
Vallée d'Aoste : J. Favre, inédit, réd. 1895.
Séez (Savoie) : Id. inédit, réd. 1896.
Sevrier : J
A rr 1 c Kitz,L£5 Lhans. pop. de la Haute-Savoie^ 1899.
Annecy [fragm.] : .) r r ' /;
Piémont
Haut-Montferrat : Ferraro, Canti pop. monferrini (n° 29), 1870.
Bas-Montferrat : Id., Canti pop. del Basso-Monferrato, 1888.
A Turinois, [A'] Graglia, B Villa-Castelnuovo, C Cintano, D Saluces, E Turin, F Carbonara, G Bra : Nigra, Canti pop. del Piemonte (n° 19), 1888 l.
Pontelagoscuro 2 : Ferraro, Canti pop. diFerrara, 1877.
Catalogne
Catalogne (H) : Pelay Briz, Cans. delà Terra, I, 1866.
Catalogne (A, A', B, B', C, D, E, G), Roussillon A" A'"), Majorque (F) : Milâ y Fontanals, Romancerillo catalan (n° 209),
Majorque (F) : 1 Cataloo-ne (T) ■ \ A-GUILO> Romancer pop. d. I. Terra catalana, 1893.
1. Il n'y a pas à tenir compte des versions H et /, qui n'ont de rapport réel à la Pernette, ni pour le rythme, ni pour le sujet.
2. Cette localité appartient à l'Emilie; c'est par extension que je range la version émilienne à la suite des piémontaises, dont elle est un résidu.
l6 ROMANCERO POPULAIRE DE LA FRANCE
FORMULE RYTHMIQUE
Chanson à danser. Vers de 12 syl. = 6 -f- 6, masculins, uniformément assonances en 6 (pu), chaque vers, muni d'un refrain intérieur, forme couplet.
Mettant à part les versions de la Catalogne, — celles du Piémont, y compris Vallée-d' 'Aoste, qui n'est qu'une piémontaise francisée, — et celles de la France du Nord-Ouest (Ni N7, Bas-Poitou, Fontenay-le-Marmion, Lorient), l'on n'usera, pour établir le texte de la Pernette, que des trente-une versions recueillies dans la France méridionale, en y joignant Indéterminé et Saint-Pierre-du-Regard (celle-ci normande, mais étrangère à la commune tradition régionak) : il suffira de montrer ensuite comment les trois autres familles se rattachent au type original et le présupposent.
La Pernette, ainsi qu'il est spécifié plus loin, fut composée au xve siècle, dans l'extrême nord du Forez; il convient donc d'en ramener la teneur aux formes dialectales propres à la région et au temps : formes que des documents du moyen âge (voy. les extraits de chartes de Saint-Bonnet-le-Château du xme siècle, et des comptes du comté de Forez pour l'an 1321, cités par Steyert ap. Gras, Dict. du patois foré^ien), combinés avec l'usage des patois actuels, nous mettent à même de restituer avec une approximation satisfaisante1.
1. Cette double analyse conduit aux résultats suivants. En ce qui concerne les voyelles toniques : a latin persiste ; ë, ï = et; ë = te; ô, ù, = ô (pu) constamment, sans affaiblissement ni nasalisation (cela est établi, ici même, par les rimes); ô = uo (plutôt que ue?); au = ô. — Pour les posttoniques, doiton les différencier, ainsi qu'il est habituel dans le domaine franco-provençal, en a, e, i et 0, selon qu'elles correspondent à un a, un e, un i ou un u latin, ou bien s'affaiblissent-elles indistinctement tne, conformément à la phonétique d'oïl ? Cela, à la limite extrême où nous nous plaçons, peut faire question : mais comme l'oreille ne perçoit souvent entre cet e et toute autre posttonique qu'une nuance à peine sensible, et que dans les textes il arrive
TEXTE CRITIQUE
La Pernete se lievc,
la tra, la la, latrala,
i La Pernete se lieve treis ores davant jor, Treis ores davant jor (bis).
2 Ei prent sa colognete avoi son petit tor.'
3 A chascun tor qu'el vire, fait un sospir d'amor.
4 Sa mare li vient dire : « Pernete, qu'avés-vos ?
i. U%ès, Savoie, Vivarais (...Perlette...), Bourgoin et Sevrier (...av. le j.), Lyonnais, etc. (...deux h. av. le j.) ; Dauphiné et Ardèche (...deux h. dav. j.). — Le nom de « Pernette » se trouve dans la plupart des versions, appuyé parles variantes « Pérette », « Pierrette », « Perlette », « Périnette », « Bernette », « Ternette », aussi « Fanfarnette » (Provence)1. « Pernette » est la forme féminine de « Pernet », diminutif de « Piere » >> « Peron » >> « Peronet ». Le nom de « Marguerite» est spécial à fragm. Provence 2, Lectourois et Baladais.
Le refrain résulte de l'accord presque unanime des versions.
2. Cey^ériat, Puygiron, Provence, Bourgoin (L'a pris...); Lyonnais (... et s. joli p. t.), Comté, etc. (id).
3. Vivarais, Puygiron, Marlhes, Provence -f- Comté et Lyonnais {h. ch.); cf. Sevrier, Fore\, U^ès, Bouchoux, etc.
4. Fore^, Marlhes, Savoie, Lyonnais et Sevrier (...v. lui d...); cf. Chabeuil, Ardèche, Sérignac, Provence, etc.
aux scribes de mêler les deux notations, il n'y a pas d'inconvénient à faire prévaloir ici le phonétisme d'oïl et résoudre en e muet la variété des atones finales. — Pour le traitement des consonnes, je me bornerai à noter le c initial -J- a = ch (chemï); le maintitn de la dentale intervocale (maridar); le maintien du / final après n ; et la vocalisation de / final consécutif à une voyelle (mau = mal quauque = quelque, dôus = de[l]s). — Enfin, plusieurs vocables sont assurés directement : per = pour, avoi = avec, etc.
1. Influence probable du substantif « fanfarineto », qui désigne en provençal la houppe de certaines graines volantes.
G. Doncieux. — Romancero populaire de la France. 2
l8 ROMANCERO POPULAIRE DE LA FRANCE
5 Av'-os lo mau de teste, o bien lo mau d'amor ? »
6 — « N'ai pas lo mau de teste, mais bien lo mau d'amor. »
7 — «No ploras pas, Pernete, nos vos maridaron,
8 Vos donaron un prince o lo fi d'un baron. »
9 — « Jo no vuolh pas un prince ne lo fi d'un baron, io Jo vuolh mon ami Piere, qu'est dedens la prison. »
i r — « Tu n'auras mie Piere, nos lo pendolaron ! »
5. Provence, Vivarais, Sevrier -f- Lyonnais et Comté (Av'-ous) ; cf. Fore\, Bonrgoin, Puygiron, Ardèche, etc.
6. Provence, Puygiron, Vivarais, etc. -f- Fore% (mais bien), Lyonnais, etc. (id.).
7. Albi, Puygiron, Fore%-(N. pleure... n. te m.), Lyonnais, etc. (id.) ; cf. Provence, Comté, etc.
8. Marlhes, Provence, Fore\ et Lyonnais (Te...); cf. Vivarais, aussi U^ès, Albi, Bonrgoin, etc.
9. Marlhes, Provence, Albi (... ton pr...), Lyonnais (... ce pr...), Annecy (...de pr...); cf. Comté, Fore\, Bonrgoin, etc.
10. Forei, Comté, Mo^as, Marlhes (...qui est dans...), Lyonnais, etc. (id.) ; cf. Montpellier, Provence, Vivarais, etc.
11. Lyonnais, Fore\, Comté, Bonrgoin, etc. Toutes ces versions donnent « Tu n'a. pas ton P. » ; mais Provence, Marlhes, Cey\èriat, Sevrier « ton ami P. », et Vivarais « l'ami P. ». On peut conjecturer que l'original portait « Tu n'auras mie P. », d'où la leçon « l'ami P. » serait dérivée par homophonie : en effet, le possessif d'affection ou d'ironie, devant un nom propre, est un latinisme dont je ne sais point d'exemple dans la langue avant le xvie siècle. — La mère, précédemment, disait vous à sa fille; mais ici le tutoiement est constant.
Dans Andelat, Lectonrois et Baladais, le v. 11 est dédoublé, et le verbe actif « pendoler » remplacé par la locution passive « jugé à pendre » :
Pierre n'est pas pour vous,
Pierre est jugé à pendre demain au point" du jour.
12 — « Se vos pendoks Piere, pendolas-mei itot.
13 Au chemin de Saint- Jaque enteras-nos tos dos.
14 Cuvrés Piere de roses e mei de mileflors ;
15 Los pèlerins que passent en prendront quauque brot,
16 Diront : Dio aye l'ame dôus povres amoros !
17 L'un per l'amor de l'autre il sont morts tos los dos. »
12. Lyonnais, Cey^ériat, Bourgoin, Ardèche, etc. -f- fr. Lyon et Mo^as (itout), Saint-Pierre (y donc = itout mal entendu). Au vieil adverbe « itot » la plupart des chanteurs ont substitué le synonyme « aussi », qui ne rime pas. Mais le catalan, comme on verra tout à l'heure, répète exactement : « ...penjeume a mi y tôt. »
Dans Comté, suit ce vers gracieux, mais de facture littéraire :
Et sur la même branche nos deux corps s'uniront. Dans Provence, Rochetoirin et Cey^ériat, un autre vers parasite, sans intérêt.
13. Marîhes,. Provence, Fore\, Lyonnais, etc...', cf. Andelat, etc.. — Les routes de France qui allaient vers l'Espagne étaient dites « chemins de Saint- Jacques » [de Compostelle].
14. Lyonnais, Comté, Rochetoirin, Fore^ (Pierre et moi intervertis); cf. Bourgoin, ChabeuiJ, Ardèche, etc., où le mot « millefleurs », mal compris, est devenu «toutes fleurs ». — « Millefleur » est, dans le midi, le nom populaire d'une espèce de viorne à fleurs blanches touffues, qui s'appelle aussi boule-deneige (v. Mistral, Trésor don Felibrige, II).
15. Marîhes -4- Provence (brout) ; cf., pour le premier hémistiche, Lyonnais, Fore\, Comté, etc. ; et pour le 2mc, Bourgoin, Rochetoirin, Ardèche, etc. — « Brout », plus rare en français, se dit dans les parlers méridionaux des arbres, des fleurs ou des fruits : c'est proprement l'ensemble des parties terminales issues d'une même tige.