‹ Le romancéro populaire de la FranceChapitre 56 sur 160 · Ferraro, C. pop. del Basso-Monferralo, n° 10 b · texte numérisé non relu

Ferraro, C. pop. del Basso-Monferralo, n° 10 b

mais toutefois reconnaissable, la finale des fleurs funéraires termine une vieille chanson italienne, extraite par Bùsching 1 d'un chansonnier imprimé à Florence dans le cours du xvie siècle : la seconde moitié de cette pièce, dont les vers ont d'ailleurs même mesure (dodécasyllabique) et même assonance (d) 2 que ceux de la Pernette, consiste dans les adieux d'un chevalier, qui s'en va faire la guerre en Avignon, et de là en France. Si je meurs, dit-il, à la bataille,

Dirait le maritate : Morto è il nostro amadore ! Diran le pulzellete : Morto è per nostro amore ! Dove il sotterraremo ? In Santa Maria del Fiore. Di che lo copriremo ? Di rose e di viole.

Comme on voit par les mots marqués en italiques, ces vers font un écho manifeste, les deux premiers aux vers 16 et 17, les deux autres aux vers 13 et 14 de la Pernette française : notez que les « rose » et les « viole » (giroflées blanches) sont Féquivalent exact des roses et des millefleurs (blancs) du français, et que les verbes « sotterrare », « coprire » résultent d'un emprunt littéral.

Enfin, la même finale s'est jointe à un son breton, duquel on connaît plusieurs versions (une vannetaise, de La Villemarquê, Bar^a^-Brei^, II; une léonoise, de la collection Penguern, mss. B. N., publ. dans la Mélusine, IV; une lannionaise, de Luzel, Sôniou Brei^-I^el, I 3 ; et trois trégorroises, d'ERNAULT, Mélusine, III et IV). Il s'agit de ce thème de la Fille à marier, précédemment signalé, et qui, traité d'une façon joviale dans la France du midi, s'est métamorphosé par le génie mélancolique de la Bretagne en une fort touchante élégie. La fille qu'on ne marie

1. Au n° 50 des Wôchentliche Nachrichten f. Freunde d. Geschichte d. Mittelaîiers, Breslau, 1816. — Repr. dans Mélusine, VI.

2. Elle est devenue nécessairement féminine, les vocables oxy toniques du français correspondant en général à des paroxytons italiens.

3. Une 2e version de Luzel est identique à la vannetaise du Bar^a^-Brei^.

pas pleure son inutile beauté; et, pressentant sa mort prochaine, elle termine sa plainte en ces mots :

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