‹ Le romancéro populaire de la FranceChapitre 58 sur 160 · A,B', B" (... en page · texte numérisé non relu

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3. A ; cf. Catalogne (De très germans qu'en tenfa nit y dia la fan cerque), Canavais (S'a l'è lo so pare e la sua mare Ch'a j'è tre giurn ch'a la van cercand).

4. A ; Mayenne (L'ont t. ch. qu'ils ... des v. pr.); Canavais (Di t. cerchè a l'an ritruvà-la Riva na funtana an mes d'un prà); Catalogne (...â l'ombra d'un orange).

1. Cela ressort du rythme même de la chanson monorime; et d'ailleurs Rabelais l'a mise en sa liste de chansons de danse, au 1. V du Pantagruel.

5 « Et Dieu vous gart, la Péronnelle î vous en voulez point retourner ? »

6 — «Et nenni vraiment, mes beaus frères, jamais en France n'entrerai.

7 Recommandez-moi à mon père et à ma mère, s'il vous plaît. »

5. A; Mayenne (Ah! bonjour donc, 1. P., v. plairait-il v. en venir?); Catalogne (... Margarideta, vost en venir en France}); Canavais (Bundi... la bêla Peroneta, Volï-ve rit. al vost pais?).

6. A; Mayenne (Oh! non, non, non, ce leur dit-elle, j. e. Flandre je n'irai), « Flandre », pour « France » mal entendu. Catalogne traduit exactement «... â Fransa no hi vaig torné »; Canavais « Al me pais mai pi che na riturna ».

7. A) cf. Mayenne (Ah! dites-le bien à m. p. et à m. sœur la plus aîné'); Canavais (Mandé l'bundi a vost pare e v. mare...), où la phrase est prise à contre-sens, les paroles étant dites à la fille, et non par elle.

Dans Canavais et Catalogne, suivent quelques vers interpolés. Mayenne ajoute une longue suite de vers, qui proviennent d'une autre chanson de fille coupable.

L'on voit que notre texte critique coïncide absolument avec le manuscrit de Paris : les leçons des autres versions, quand elles sont bonnes, confirmant celles de ce document et, chaque fois qu'elles s'en éloignent, étant manifestement fautives. Ce fait insolite porte à croire qu'il n'y eut entre le manuscrit et la tradition originale que peu ou point d'intermédiaires, et partant, que l'œuvre du chansonnier est contemporaine de la rédaction du copiste. Si l'on considère, en outre, que la langue donne bien l'impression du même temps, et que la mention d'hommes d'armes français « passant le Dauphiné » ne se peut guère qu'entendre des expéditions d'Italie, qui commencèrent sous le règne de Charles VIII, on datera sûrement la Péronnelle des dernières années du xve siècle; ce qui s'accorde avec l'assertion de La Monnoye, lequel (je ne sais sur quel fondement)

lui assignait l'époque de Louis XII. L'auteur, sans qu'il soit possible de préciser davantage, était un Français d'oïl.

A la vérité, cette chanson de fille dérobée est chose bien menue, et d'un fond tout à fait pauvre ; la langue seulement, qui est nette et saine, s'en pourrait louer. Et pourtant elle a joui, deux siècles durant, d'une fortune extraordinaire, soit que sa brièveté même et sa simplicité banale aient plutôt aidé à sa diffusion, soit que nos aïeux aient trouvé un charme singulier à la mélodie qui l'accompagnait *. Rabelais la catalogue dans son Pantagruel. Des faiseurs de farces, au xvie siècle {Calbain), puis au xviie (Comédie des chansons), la mettent sur les tréteaux. Elle entre aussi dans ces pots-pourris, dont les musiciens Fresneau (Parangon des chansons, tiers livre, 1538) ou Le Fèvre (Meslanges de musique, 16 13) régalaient déjà l'oreille des Français contemporains. Enfin le terme familier de « péronnelle », dont le sens ne paraît pas près de se perdre, aussi bien que la locution proverbiale « chanter la Péronnelle 2 » qui avait cours au xvne siècle (voy. Oudin, Curiosité^ françoises), « cantar laPeirounelo », qui se dit encore en Provence (voy. Mistral, Trésor dou Felibrige, II) nous attestent jusque dans la langue cette grande popularité passée.

Si l'antique Péronnelle est à peu près abolie de la mémoire des chanteurs modernes, une autre chanson sur le même thème s'y est beaucoup mieux conservée : c'est la Fille aux trois dragons (tercets composés d'un vers de 12 syl., masculin, qui ne rime pas, et de deux vers de 14 syl. = 8 -\-6, féminins, assonant ensemble) 3. En voici le sujet. Une fille s'étant fait enlever par

1. Voy. l'étude de M. Tiersot sur la Péronnelle au point de vue musical, Mélusine, VII, c. 268 suiv.

2. Comp. l'expression analogue « chanter Femme sensible », qui date du commencement de ce siècle-ci : la jolie romance de Méhul, « Femme sensible, etc.. », ayant joui d'une grande vogue dans les salons de nos arrière-grand' mères. L'un comme l'autre signifie : parler en l'air, niaiser.

3. Angoumois : Bujeaud, I. — Poitou : Pineau. — Lorient : Rolland, I. — Lozère : Id., ibid. — Ain : Guillon. — Haute-Savoie : Ritz. — Montferrat : Ferraro, Canti monferrini.

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trois dragons l, ses père et mère se mettent à sa poursuite : ils la rencontrent le long d'une rivière, l'exhortent à revenir à la maison. La fille refuse net, et se félicite de la jolie vie qu'elle mène : un des dragons lui fait son lit, l'autre la coiffe ou lui donne sa chemise, le troisième couche avec elle, etc.

Le rapport de cette chanson avec la Péronnelle est évident. Les « dragons » sont l'équivalent plus moderne des « gendarmes » du xve siècle ; la principale différence est qu'ici les parents de la dérobée la poursuivent, et non plus ses frères ; au reste, le chiffre trois semble avoir passé des frères aux dragons. Non seulement il y a entre les deux chansons communauté de thème, mais l'auteur de la plus récente devait avoir en l'esprit quelque vestige de l'ancienne, d'autant qu'il a mis dans un sien couplet le demi-vers caractéristique « L'ont tant cherchée qu'ils l'ont trouvée », emprunté mot pour mot à la Péronnelle. En somme, la Fille aux trois dragons constitue un simple rifacimento de la chanson du temps de Louis XII.

i. Lorient, par une amusante adaptation locale : « quatre jolis soudeux d'haricots vères » (= soudeurs de boîtes en fer blanc, pour les conserves de haricots verts).

France d'oïl

Troyes (?) : Vve Oudot [édit.], Rec. des plus belles Chansons et Airs de court, Troyes et Paris, 171 5 *. — Repr. par Rolland, IV.

Franche-Comté 1 : X. Marmier, Chants pop. du Nord (Introd.), 1841 [date de la dédicace] 2.

Franche-Comté 2 : Leroux de Lincy, d'après Brizeux, Recueil de Chants histor. français, II (Introd.), [842. — Repr. par Champfleury- Wekerlin, Chans.pop. des prov. de France.

= Version identique, donnée, comme provenant de Mézières, par Nozot, Poés. pop. de la France, VI, mss. B.N. — Publ. par Tarbé, Romancero de Champagne, II; et par Meyrac, Tradit. des Ardennes. —

Valois [fragm.] : Gérard de Nerval, la Sylphide (périodique), VI,

1 . Je désigne hypothétiquement cette version par le nom de Troyes, à cause de la ville où fut édité le chansonnier.

2. Cette version comtoise ne peut être employée dans l'établissement du texte. Bien que la première en date de publication, et malgré la mise en scène romantique que l'éditeur lui compose, il y a de sûrs indices qu'elle n'est pas sincère : Marmier l'a copiée, avec une ou deux retouches, sur le texte de Brizeux, imprimé seulement quelques mois plus tard, mais qu'il devait connaître en manuscrit.

18*42. — De nouveau dans Les Filles du Feu et La Bohême galante, du même.

Indéterminé : Poés.pop. de la France, IV, mss. B. N., réd. 1854.

Côtes-du-Nord : Marre, ibid., IV, r. 1854.

Givry (Ardennes) : Nozot, ibid., IV, r. 1856. — Publ. par Tarbè, Romancero de Champagne, II ; et par Rolland, IV.

Étretat (Seine-Infre) : Nicole, Sur la plage, Étreiat, 1861.

Franche-Comté 3 : Buchon, Noëls et Chants pop. de la Franche- Comté, 1863. — Inséré d'abord dans la Rev. des Deux Mondes de 1854.

Canada : Gagnon, Chans. pop. du Canada, 1865.

Audun- le -Roman : de Puymaigre, Chants pop. rec. dans le pays messin, 1865.

Châteauneuf : Decombe, Chans. pop. d'Ille-et- Vilaine , 1884.

*Andelat (Cantal), [fragment] : G. Doncieux, d'après Fargues, la Pernette, dans la Romania, XX, 1891. (Ce fragment sert de début à une version contaminée de la Pernette.')

Poitou : Pineau, Le Folk-Lore du Poitou, 1892.

Franche-Comté 4 : Beauquier, Chans. pop. rec. en Franche-Comté,

Nivernais : Millien, Rev. du Nivernais, 1896.

FORMULE RYTHMIQUE

Chanson à danser. Vers de 10 syl. == 5 — | — 5 , masculins, uniformément assonances en ou; chaque vers, muni d'un refrain intérieur bipartit, forme couplet.

G. Doncieux. — Romancero populaire de la France.

TEXTE CRITIQUE

Derrier chez mon père, Vole, mon cœur, vole!

i Derrier chez mon père y a un pommier dous,

Tout dous!

Y a un pommier dous. (bis)

2 Trois jeunes princesses sont couché's dessous.

3 Ce dit la plus jeune : «Je croi qu'il est jour. »

4 Ce dit la seconde : « J'entens le tambour. »

5 Ce dit la troisième : « C'est mon ami dous ! »

6 — « Il va à la guerre combattre pour nous. »

i. Comte' 2, ^ et 4, Nivernais, Audun et Canada (Par derrier...); cf. Troyes, Cbdteauneuf, Givry, etc. ; Andelat (un aubre en flour). — « Pommier doux », c'est-à-dire pommier cultivé, par opposition au pommier sauvage dont le fruit est aigre.

Le refrain résulte de Comté, Valois, Poitou, Nivernais, Côtes-du-Nord, Canada.

2. Comté 2, Valois -\- Troyes, Cbdteauneuf et Comté 4 (jeunes) ; cf. Givry, Andelat, Nivernais, Indét.. Étretat.

3. Troyes, Comté 2 (Ça! d. 1. première... fait]".), Comté 4 (Sœurs, d...); cf. Comté 3, Givry, Cbdteauneuf, Audun, Nivernais, etc.

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