‹ Le romancéro populaire de la FranceChapitre 63 sur 160 · Chamonix, Boin +• Anjou, Bretagne, Hague ; cf. Provence · texte numérisé non relu

Chamonix, Boin +• Anjou, Bretagne, Hague ; cf. Provence

6. Limousin; cf. Provence et Albret (d. pain bénit); Bretagne, Dol, Anjou (deux doigts de vin, u. p. d'orange); Preuilly, Argentré, Loutehel, Bain (u. pomme d'orange).

7. Anjou + Loutehel, Dol, Boin, Albret ; cf. Bain, Argentré, Limousin, Bretagne, etc. — Suit, dans quelques versions, un vers parasite.

8. Hague, Indèt. 1 et 2 (les hémistiches sont disjoints) ; cf. Hervé, Lorraine, Saint-Dié.

9 Rencontra quantité de Juifs, lui ont fait révérence

De leurs chapeaus, de leurs rameaus, de toute leur puissance.

1 1 Si a dit Saint Pierre à Saint Jean : « Voilà grand révérence ! » A répondu le dous Jésus : « Cest trahison bien grande !

1 3 » Avant qu'il soit vendredi nuit, vous verrez mon cors pendre ; » Vous verrez mes bras étendus sur une crois si grande.

15 » Vous verrez mon chef coronné d'une aubépine blanche.

» Vous verrez mes deux mains cloué's et mes deux pies ensemble.

9. Indét. 1 et 2 -f- Hervé et Liemeux, Chamonix, Provence ; cf. Anjou ; Hague, Montferrat, etc.

10. Hervé et Liemeux, Provence ; cf. Chamonix, Sainte-Eulalie, Hague, Montferrat.

11. Hervé, Lorraine et Saint-Diè (Ce d... aussi s. J...); cf- Indét. 1 et 2 ; Sainte-Eulalie, Bretagne, Preuilly, Anjou, Loutehel.

12. Hervé, Loutehel + Iude't. 1 et 2, Anjou, Liemeux, Lorraine ; cf. Provence, Montferrat.

13. Anjou, Argentré, Saint-Diè, Sainte-Eulalie , Hervé (A. q. s. trois jours d'ici...); cf. Provence, Corrè^e; Indét. 1 et 2, etc.

14. Anjou, Alhret, Boin, Argentre 4- Hervé et Liemeux ; cf. Chamonix, Provence, Limousin ; Indét. 1 et 2, Preuiïïy. — « Croix blanche » (Chamonix, Limousin) est là par réminiscence du v. 15; « croix dolente » (Provence, Albref) par réminiscence du v. 20 ; « croix sanglante » (Indét. 1 et 2) est littéraire: « croix si grande » (Hervé et Liemeux', cf. Albret et Chamonix, qui mettent « grand'croix... ») est la vraie leçon, vu la hauteur démesurée que les artistes primitifs donnaient à la croix du Christ.

15. Lorraine, Indét. 1 et 2, Chalosse, Hervé et Liemeux (... ma tête c...); cf. Provence, 'Bretagne, Anjou, Sainte-Eulalie, Turin, etc. — Les leçons « de noble épine bl. » (Indét. 1), « d'ignoble ép. bl. » (Indét. 2), «dab nàu esp. bl. » (Chalosse) sont issues par homophonie de la leçon originale « d'une aubépine bl. », ou, selon la forme populaire de Hervé et Liemeux, « d'une arbépine bl. ». — La vieille forme « coronné » est dans Indét. 1 et Sainte- Eulalie.

• 16. Lorraine, Corre\e, Provence -f- Chamonix (m. mains), Sainte-Eulalie (id.), Hervé (id.); cf. Anjou, Indét. 1, Boin, Alhret, etc.

17 » Vous verrez mon côté percé par un grand coup de lance.

» Vous verrez mon sang découler tout le long de mes membres,

19 » Vous verrez mon sang ramassé par quatre petits anges. » Vous verrez ma mère a mes pies, bien- triste et bien dolente.

21 »Vous verrez la terre trembler et les pierres se fendre,

» Vous verrez la mer flamboyer comme un tison qui flambe.

23 » Les étoiles qui sont au ciel, vous les verrez descendre, Verrez la lune et le soleil qui combattront ensemble. »

17. Albret, Hervé (... d'un si gr...), Saint-Dié (... d'un tr. gr...), Chaiiwnlx (... d'un gr...), îndèl. 2 (...p. le bout d'une 1.), Indét. 1 (...du dur fer d'une 1.), Correye (...p. une gr. 1.), Lorraine (... d'u. cruelle 1.); cf. Niort, Boiu, Turin, etc.

18. Lorraine, Sainte-Eulalie, Anjou (... s'écouler...), Chamonix et Corrè^e (... couler...), Preuilly(...rio\eY...),Loutehel(... ruisseler...), Limousin^... river ...); cf. Hervé, Bretagne, Anais, Provence.

19. Lorraine, Chamonix, Corrige, Indét. 2 et Hervé (... recueilli...); Indét. 1, Anjou, etc. (...p. q. de mes a.); Preuilly et Anais (... p. trois p. a.); cf. Sainte-Eulalie, Boin. — Quoique le mot « recueilli », donné par Hervé et Indét. 2, semble littérairement l'expression propre, tant de versions, d'ailleurs différentes, conviennent sur le mot « ramassé », qu'on doit sans conteste le tenir pour original.

20. Indét. 1 et 2, Hervé, Niort, Anjou, Chamonix, Provence, Bretagne, etc.

21. Hervé, Chamcnix, Sainte-Eulalie, Provence, Lorraine (... toutes p...), Loutehel (... 1. rochers...), Indét. 1 (... aussi les p. f.); cf. Niort, Boin, Turin, Albret, etc.

22. Provence, Loutehel (...un flambeau q. f.), Limousin (... 1. m. brûler...); cf. Boin, Sainte-Eulalie, Bretagne.

23. Corrige; cf. Chamonix, Turin, et, pour le 2e hémistiche, Sainte-Eulalie, Boin.

24. Lorraine, Provence, Niort et Montferrat (... se combattant...), Indét. 1 et 2 (.. se combattre...), Hervé et Chamonix (.. 1. soleil e. 1. lune...); cf. Sainte- Eulalie, Limousin, Boin.

G. Doncieux. — Romancero populaire de la France. ,

25 La Passion du dous Jésus, qu'est moult triste et dolente, Qui la saura, qui la dira, gagnera l'indulgence.

25. Indét. 2, Sa int-Dié (corrigés à l'aide du v. 1 d'Anais) ; cf. Hervé.

26. Corrige, Sainte-Eulalie (... quarante jours d'ind.), Chamonix (Ceux q. d. cette oraison gagneront...); cf. Chalosse.

Il y a d'autres formules finales dans Boin, Bretagne, Argentré, Indét. 1.

Cette complainte, qui a passé aussi dans les dialectes d'oc, est évidemment originaire d'une province d'oïl, d'ailleurs impossible à préciser. Quant à son âge, les vocables qu'on a cités comme archaïques (moult, — si initial et explétif, — déchaux, — dolent, etc.) appartiennent sans doute à la vieille langue, mais ils étaient encore dans l'usage au commencement du xvne siècle, et même ont survécu jusqu'à présent dans certains parlers provinciaux. Une phrase de César de Nostredame, en son Histoire et Chronique de Provence (16 14), fournit un meilleur élément critique : « Quel plaisir est-ce, dit-il, d'ouïr réciter aux pauvres demandant l'aumône aux portes la Passion du fils de Dieu V-.et mille autres belles et vieilles choses de diverse taille et mesure de vers! » Si ce passage, comme il semble bien, fait allusion à notre complainte, qui est certainement de tous les chants connus de la Passion le plus antique, le plus considérable et le plus répandu, il montre qu'à l'estime de Nostredame, la pièce était plus vieille que lui, qui naquit l'an 1555 : ainsi elle existait au milieu du xvie siècle. Depuis combien d'années? Arbaud la veut reculer jusqu'au siècle précédent, alléguant ces deux vers du Ludus Stl Jacobi, moralité provençale du xve siècle :

Ay'vist lo soler e la luna — que ce conbattian ensenble,

1. Notez que le titre que lui donne Nostredame : la Passion du Fils de Dieu, coïncide justement avec le premier hémistiche de notre complainte, ou du moins avec une variante très plausible de cet hémistiche (comp. la leçon d'Albret : « La Passion du joli Dieu... »).

lesquels se retrouvent à peu près textuellement cLans le v. 24 de la complainte. Mais s'il est en effet possible que le dramaturge ait emprunté ce vers à une complainte préexistante, il Test tout autant que le chansonnier populaire se soit ressouvenu d'un mystère entendu par lui ; et il se pourrait bien encore que l'un et l'autre eussent puisé à une source commune. Ainsi, la date de la moralité n'est rien moins que décisive pour l'âge de la complainte ; on assignerait à celle-ci, avec assez de vraisemblance, la première moitié du xvie siècle.

Dans l'Ouest, la Passion est usitée comme chant de quête; et des troupes d'enfant de chœur s'en vont la réciter dans les villages et les châteaux, pendant la période dite de la Passion, c'est-à-dire du deuxième dimanche avant Pâques jusqu'au vendredi saint.

Le thème de la complainte se réduit à un tableau détaillé de la Passion, ou plutôt de la crucifixion, encadré avec une exactitude relative en d'autres récits évangéliques. On sait en effet que, selon Mathieu, xx, 18 sq., et Luc, xvin, 31 sq., Jésus, en approchant de Jérusalem, prédit sa passion aux disciples qui l'accompagnaient : l'auteur suit cette tradition, en l'altérant d'un léger anachronisme, puiqu'il place la prédiction du Christ, non point aux abords de Jérusalem et pendant la route, mais dans la ville même, après l'entrée triomphale. Il joint aussi bout â bout, et sans se soucier d'un laps de trois années, cette entrée à Jérusalem, qui marque le dernier acte du drame de Jésus incarné, avec le jeûne dans le désert, par où il inaugura sa vie publique : induit peut-être à cette contraction violente par l'idée du carême liturgique, qui, symbolisant le jeûne quadragésimaldu Sauveur, aboutit à la semaine sainte, commémorative des événements de sa Passion. Quant aux sept ans que Jésus marche nu-pieds — un trait de pénitence qui fait pendant aux quarante jours de son jeûne, — c'est là une imagination popu-

laire toute pure ; on se la peut expliquer par les peintures anciennes où Notre-Seigneur est traditionnellement figuré en robe et pieds nus, tandis que les autres personnages portent le costume et la chaussure de bourgeois contemporains : le poète, songeant aux moines déchaux qu'il voyait, aura interprété cela comme un signe de mortification. Ces jolies naïvetés populaires : les coups de chapeau des Juifs, le pain bénit et la pomme d'orange dont Jésus fait sa collation, n'ont pas besoin de commentaire. Mais il est curieux d'observer avec quelle fidélité parfois la complainte se moule, soit dans la narration, soit dans la description, sur le texte canonique.

Les vv. 4 et 5 reproduisent sensiblement Mathieu, iv, 2 (Cum iejunasset quadraginta diebus et quadraginta noctibus . . .) et Luc, iv, 2 (... et nihil manducavit in diebus illis , et consummatis illis esuriit); de même que les anges du v. 7 rappellent Mathieu, vi, § n (ecce angeli accès serunt , et ministrabant et). Aux vv. 9 et 10 correspond Mathieu, xxi, 8 (Plurima autem turba... cxdebant ramos de arboribus et sternebant in via.). Enfin, dans l'énoncé prophétique de la Passion, le v. 11 se réfère à Mathieu, xx, 19 (Et tradent eum gentibus . . .) ou à Luc, xvm, 32 (Tradetur enim gentibus.,.); le v. 15 à Mathieu, xxvn, 29 (...coronam de spinis posuerunt super caput ejus) ou à Jean, xix, 3 (id.) ; le v. 17 à Jean, xix, 34 (... unus militum lancea latus ejns aperuit...) ; le v. 20 à Jean, xix, 25, et surtout à la prose du Stabat (Stabat mater... juxta crucem..., qux mxrebat et dolebat)\ le v. 21 à Mathieu, xxvn, § 1 (... et terra mota est, et petrx scissx sunt); les vv. 23 et 24 à Marc, xm, 24 sq. (... sol contenebrabitur, et luna non dabit splendorem suum I. Et siellx cœli erunt ~decidentes...') ou Mathieu, xxiv, 29 (id!) : passage qui, chez ces deux synoptiques, fait partie, non de la Passion, mais de la petite apocalypse de Jésus, et qui a trait, non aux signes célestes de la mort, mais à ceux de l'avènement final du Fils de l'homme; au

1. Pour le sens exact de la phrase « la lune et le soleil combattaient ensemble », cette métaphore populaire paraît signifier une éclipse.

reste, il était d'autant plus facile de confondre les uns avec les autres, qu'un phénomène commun fait trait d'union entre les deux morceaux, le « obscuratus est sol » de la Passion selon Luc, xxiii, 45, répétant le «sol obscurabitur » de l'apocalypse selon Mathieu, xxiv, 29.

Est-ce à dire que le poète populaire ait lui-même opéré sur les évangiles ce travail de sélection et de synthèse? Rien moins. Cet illettré eût été fort empêché de lire le Nouveau Testament, même traduit. Mais tous ces textes-là alimentèrent de tout temps la prédication chrétienne ; c'est donc à l'église, par quelque sermon de la Passion, qu'ils ont dû lui parvenir. L'auteur, outre ces notions reçues par l'oreille, avait encore, pour composer son tableau, des images visuelles dont il est aisé de déterminer l'origine. La « croix si grande » (v. 14), les « deux pieds cloués ensemble » (v. 16), le « sang découlant tout le long des membres » (v. 18), sont choses vues en peinture : car les primitifs avaient coutume de placer le Christ sur une croix colossale, hors de proportion avec celles des deux larrons ; les Christs en croix de Dùnweg et de maint autre ont tout le corps lacéré et strié de sang ; et c'est jusqu'à nos jours un usage constant de représenter les pieds du Crucifié posés l'un sur l'autre et percés d'un seul clou. Mais c'est le vers 19 qui fournit l'exemple le plus significatif de cette projection de l'œuvre plastique dans l'imagination du poète : l'art du moyen âge, ou l'art populaire qui le continue dans les temps modernes, groupe volontiers autour du crucifix des anges minuscules, recueillant en des calices les jets du sang divin ; et ces angelots sont ordinairement au nombre de quatre, un sous chaque main et deux aux pieds *, comme on peut voir dans les tableaux des vieilles écoles italiennes ou allemandes, dans les retables en relief du xve siècle, dans les calvaires bretons, en granit sculpté, des xvie et xvne siècles (notamment, ceux de

1. D'autres fois, il y a un seul ange aux pieds, et le quatrième est en l'air, à portée du sein percé par la lance.

Saint-Herbot et de Plougastel, où j'ai moi-même relevé ce détail). Le chansonnier populaire a donc ramassé naïvement, dans une vingtaine de. vers, plusieurs choses dé la Passion qu'il avait ouï dire, et d'autres encore qu'il avait vues en image. Il a fait, en somme, à un degré très humble ce que fait le poète de l'art le plus raffiné. et du plus puissant génie : assembler et combiner, selon la loi d'une sensibilité particulière, les innombrables reflets du monde extérieur, n'est-ce point là justement tout le secret de l'invention poétique ?

CATALOGUE DES VERSIONS

France (oïl et oc)

Valois : G. de Nerval, La Sylphide (périodique), VI, 1842. — De nouveau dans Les Filles du Feu et La Bohême galante du même.

Auvergne :J.-J. Ampère, d'après Mérimée, Poès.pop. de la France. Instructions, 1853.

Berry : A. Vitu, Poés. pop. de la France, III, mss. B. N., réd.

1853. ' Canouville (Seine-lnfre) : Joubin, d'après Hardy, ibid., III, r. 1854.

Chartres : Ibid., III, r. 1855.

Pamiers (Ariège) : Mouton, ibid,, III, r. 1855.

Orléanais : Ibid., II, r. 1855.

Maubeuge (Nord) : Tisserand, ibid., III, r. 1857.

Moulins-s.-Yèvre (Cher) : R. de Laugardière, ibid., III, r. 1857.

Franche-Comté 1 : Buchon, Noëls et Chants pop. de la Franche- Comté, 1863.

Messin : de Puymaigre, d'après Auricoste, Chants pop. rec. dans le Pays messin, 1865.

Cherbourg : Tiersot, d'après V. d'Indy, Rev. des Trad. pop., X, réd. avant 1875.

•*'-, i Smith, Romani a, VU, 1878.

Roannais : )

Armagnac : Bladé, Poés. pop. franc, rec. dans F Armagnac et VAgenais,

Ceyzériat : Guillon, Chans. pop. de l'Ain, 1883.

La Hague (Cotentin) : Le Héricher, Litt. pop. de la Normandie,

Quercy : Daymard, Vieux Chants pop. rec. en Quercy, 1889.

Boulonnais : G. Doncieux, d'après d'Héricault, Rev. des Trad.pop., VI, 1891.

Poitou 1 et 2 : L. Pineau, Le Folk-Lore du Poitou, 1892.

A Liège, B Huy, C Saint-Gilles, D Indéterminé, £ Verviers, F Walcourt, G Fosses : M. Wilmotte, Bulletin de Folklore, II, 1893.

Franche-Comté 2 : | Beauquier, Chans. pop. rec. en Franche-Comté,

Fragment comtois : j 1894.

Séez (Savoie) : Tiersot, d'après J. Favre, Rev. des Trad. pop., X,

Nivernais : A. Millien, Rev. du Nivernais, 1897.

Piémont Valfenera : Nigra, Cantipop. del Piemonte (n° 45), 1881 J.

FORMULE RYTHMIQUE

Complainte. Quatrains de vers octosyllabiques, masculins, rimant deux par deux.

1 . 11 n'y a pas trace de ce chant en Catalogne : les chansons catalanes citées par Nigra se rapportent à d'autres thèmes.

TEXTE CRITIQUE

Le roi Loys est sur son pont, Tenant sa fille en son giron ; El se voudroit bien marier Au beau Déon, franc chevalier.

« Ma fiir, n'aimez jamais Déon.

Car c'est un chevalier félon :

C'est le plus povre chevalier, Qui n'a pas vaillant sis deniers. »

— « J'aime Déon, je l'aimerai, J'aime Déon pour sa beauté,

1. ab) Cherbourg, Valois, Liège (Il tient...); cf. Auvergne, Chartres, Berry, Sêe^, Nivernais. — « Sur son pont » : c'est-à-dire devant la porte du château, où le seigneur, entouré de sa famille, avait coutume le soir de recevoir ses vassaux. — c)Quercy, Velay + Cey^êriat (bien). J'ai mis le verbe au conditionnel. — d) Berry (Le b...) -f- Chartres (Déon) ; cf. Valois, Cherbourg. — Il est constant que le franc chevalier, ici et plus loin, est désigné nommément, et par un nom dissyllabique, qui peut être « Léon » (Berry), « Déon » (Chartres), ou «Dion » (Auvergne), que Nivernais prononce «Dijon»; deux autres versions, retenant la désinence, donnent, Comté 2 « Guyon », Valfenera « Suzon » (!). « Léon » n'est pas dans l'usage des Français du nord ; la forme originale doit être « Déon » (ce nom propre existe toujours en France), dont la corruption explique également bien les formes divergentes «Léon » et « Dion». Ce beau Déon est devenu dans Maubeuge, Huy, etc. « le prince de Guise » ; dans une variante de Velay, « comte d'Estaing ».

2. a) Auvergne, Chartres -j- Berry (jamais). — b) Auvergne. Ce vers, un peu littéraire, et qui ne se trouve nulle part ailleurs, me laisse un doute. — c) Auvergne, Chartres ; cf. Berry. — d) Valois, Cherbourg ; cf. Nivernais, A uvergne, Cha rtres .

3. a) Chartres, Auvergne, Berry, Nivernais. — b) Chartres, Nivernais,

Plus que ma mère et mes parens

Et vous, mon pér', qui m'aimez tant. »

— « [Et] vite, où sont mes estafiers, Mes geôliers, mes guichetiers ?

Qu'on mette ma fille en la tour, El n'y verra jamais le jour ! »

El y fut bien sept ans passés, Sans que person' la pût trouver.

Au bout de la septième anné', Son père l'alla visiter :

« Bonjour, ma fill', comment vous va? » — « Hélas ! mon père, il va bien mal.

Armagnac. — c) Chartres, Berry, Auvergne, Armagnac, Nivernais 4- Orléanais, Valois, Cherbourg. — d) Orléanais, Cherbourg, Valois et Nivernais (..que j'aime t.); cf. Chartres, Berry, Auvergne. « Pér' », ou plutôt « pé' », d'une forme pé(r)e, où l'élision de Ye devient normale.

4. a) Valois-, cf. Liège, Cherbourg, Valfenera (sivalié = chevaliers). Je supplée « Et » (l'expression « Et vite ! » est courante dans la poésie populaire). — b) Cherbourg; cf. Valois, Liège, et d'autre part Auvergne, Velay, etc. Prononcez « ge-o-lier », selon l'étymologie. — cd) Cherbourg (...dans 1. t.), Liège (Q.. la m. dans...), Valois (Q. mène... à 1. 1.); cf. Berry (... en prison), Nivernais, Velay, Valfenera, etc.

5. a) Chartres, Auvergne; cf. Valois, Cherbourg, Sée%, etc. — b) Valois et Messin (... p. la t.); cf. Sée%, Velay, etc. Il sied de rétablir, d'après l'ancienne syntaxe, « la pût tr. » (comp. le vers d). La forme oxytonique « person' » est établie par maints textes populaires. — cd) Valois, Liège, Comté 1 (...alla lav.), Cherbourg, etc. (...vint la v.), MaubeugeÇ... fut la v.), etc.

6. a) Maubeuge, Walcourt, Huy(...tu v.), Comté 1 et 2 (... ça v.), Roannais et Velay (id.); cf. Valois, Cherbourg, etc. — b) Saint-Gilles, Canouville {. . . ça

J'ai un côté mangé des vers Et les deus pies pourris es fers.

» Mon père, avez-vous de l'argent, Cinq à sis sons tant seulement?

C'est pour donner au geôlier, Qu'il me desserre un peu les pies. »

— « Oui-da, ma filF, nous en avons, Et des mille et des millions, Nous en avons à vous donner, Si vos amours voulez changer. »

— « Avant que changer mes amours, J'aime mieus mourir dans la tour. »

v...), Auvergne (ça v. fort m.), Maubeuge (b. m. il va), Huy (b. m. me va) ; cf. Fosses, Valois, Velay, etc. — c) Velay, Hague, Comté 1 et 2 (... rongé...), Cey^ériat, etc. (id.) ; cf. Valois, Cherbourg, etc. — d) Berry, Saint-Gilles, Vcrviers, Armagnac etc. -f- Poitou 2 et Roannais (dans les fers), Orléanais (par les f.), Comté 1 (des fers), Valfenera (ai fer),** etc. Il faut rétablir l'ancienne forme « es fers » == en les f., qui convient à la mesure du vers.

7. ab) Canonville ; cf. Hague, Maubeuge, Chartres, etc. Généralement, «cinq à six sous », non « c. ou s. ». — c) Canonville, Sée% (... à ce g.), Messin (...à mon g.) ; cf. Comté 2, Maubeuge, etc. — d) Maubeuge, Velay, Comté 2, Nivernais ; cf. Canonville, Orléanais, Chartres, etc.

8. a) Canonville, Orléanais, Saint-Gilles, Walcourt, etc. — b) Poitou 2, Saint-Gilles (E. d. cent m...), Canonville (... par m. e. par m.) ; cf. Velay, Messin, etc. — c) Poitou 2, Orléanais, Saint-Gilles, Verviers, etc. — d) Roannais, Nivernais, Ouercy, etc., -\- Saint-Gilles et Sée% (voulez) ; cf. Boulonnais, Valois, etc.

9. a) Velay, Saint-Gilles, Quercy (...quitter...) -f- Cey^ériat (av. que); d. Valois, Cherbourg, etc. — b) Valois, Velay, Roannais, etc. — c) Sée%, Indét. ;

7o ROMANCERO POPULAIRE DE LA FRANCE

— « Hé bien ! ma fill', vous y mourrez, De guérison point vous n'aurez! »

Le beau Déon, passant par là, Un mot de lettre lui jeta.

Il y avoit dessus écrit :

« Belle, ne[r] mettez en oubli.

» Faites-vous morte ensevelir, Que l'on vous porte à Saint-Denis.

En terre laissez-vous porter, Point enterrer ne vous lairrai. »

La belle n'y a pas manqué, Dans le moment a trépassé; El s'est laissée ensevelir, On l'a portée à Saint-Denis.

et. Ouercy, Canouviïïe, etc. — d) Chartres, Orléanais -\- Sée% et Hague (point); cf. Messin, Velay.

10. ab) Chartres, Auvergne, Hny, Saint-Gilles (Trois m...), Nivernais et Comté 2 (Un m. d' écrit...); cf. Poitou 1, Velay, etc. — c) Chartres, Cey^ériat (...s. ce mot...), Auvergne (Où il y a...); cf. Velay, Saint-Gilles, Pamiers, Armagnac. — d) Chartres (...mets point...); il faut « mettez », conformément au contexte.

1 1. a) Auvergne, Moulins, Hague, Verviers, etc.. — b) Roannais, Nivernais, Orléanais (Et qu'o...), Indét. et Maubeuge (Qu'on v. transp...); cf. Comté 2, Armagnac, etc. — cd) Chartres; cf. Hague etfragm. comtois.

12. a) Auvergne, Nivernais, 'Pamiers (Et 1. b. n'a...), "Poitou 1 (L. b. fille n'a point...). — b) Pamiers -\- Orléanais et Messin (trépassé); cf. Walcourt, Comté 1 et 2, etc. — c) Chartres, Canouviïïe, Comté 2 (Et se laissa...); cf. Comté 1, etc. — d) Roannais, Saint-Gilles et Verviers (O. la porta...); Maubeuge (O. la transp.. ), Comté 1 (Pour la p...).

Le Roi va derrière pleurant, Les prêtres vont devant chantant :

Quatre-vint prêtres, trente abbés, Autant d'évêques couronnés.

Le beau Déon, passant par là :

« Arrêtez, prêtres, halte-là!

Vous portez m'amie enterrer, Ma patenôtre lui dirai. »

Il tira son couteau d'or fin Et décousit le drap de lin;.

En l'embrassant fit un soupir,* La belle lui fit un souris.

13. a) Chartres; cf. Séé%} Auvergne, Pamiers, Valfenera. — b) Chartres, Auvergne, Sée% (Le pr. va...) ; cf. Pamiers, Valfenera. — c) Canouville, Messin, Comté 1 et 2, etc. (quatre-v. pr.) -j- Velay (trente ab.) ; cf. Nivernais, etc. — d) Armagnac, Chartres (...d. moines c); cf. Maubeuge.

14. ab) Chai ires, Berry, Maubeuge, etc. -f- Ouercy (halte-là); cf. Comté 1 et 2. — c) Boulonnais, Walcourt, Poitou 1, Comté 1 et 2 ; cf. Berry, Moulins, etc. — d) Canouville ; cf. Chartres, Berry. Ici Maubeuge, Comté 1 et 2, etc., donnent :

Permettez-moi de l'embrasser!

Messin et Armagnac :

Ah ! laissez-moi la regarder !

15. a) Armagnac; cf. Walcourt, Huy, Sée%, Roannais, etc. — b) Chartres, Auvergne, Walcourt, etc. — cd) Chartres -J- Auvergne et Moulins (lui) ; cf. Canouville, Armagnac, Sée^, Valfenera, etc.. « Souris », à la rime, non pas « sourire ».

«Ah! voyez quelle trahison De ma fille et du beau Déon !

Il les faut pourtant marier, Et qu'il n'en soit jamais parlé!

» Sonnez, trompettes et violons!

Ma fille aura le beau Déon.

Fillette qu'a envi' d'aimer, Père ne l'en peut empêcher, p

16. ab) Orléanais -\- Chartres et Nivernais. — c) Chartres, Canouvilh (Ensemble i. 1. f. ..);cf. Roannais, Comté 1 et 2, Auvergne, etc. — d) Orléanais, Canouvllle, Chartres (Afin q... plus p.); cf. Nivernais.

17. ab) Chartres, Berry (Allez, tr...); cf. Hague. « Violon », dissyllabe selon la prononciation primitive et populaire ; cf. les mots de môme racine «■ viula » (provençal), g viola » (italien), dissyllabiques. — câ) Chartres -f- Berry ; cf. Nivernais, Quèrcy, Sée%. Les deux premières versions donnent : « Père et mère ne peuvent... », qui est trop long; mais Sée%, simplement, « Un père ...», et Nivernais « Personne...».

Un vieux chansonnier, Airs de cour, comprenans le trésor des trésors, la fleur des fleurs et eslite des Chansons amoureuses..., Poitiers, Pierre Brossart, 1607, contient, sous le titre de Belle Isambourg, une romance l qui n'est proprement qu'un rifacintento, par quelque rimeur lettré, de la Fille du roi Loys : je n'en ai pas fait état pour l'établissement du texte, parce que ces deux pièces sont rythmiquement distinctes. Le remanieur, tout en substituant au quatrain sur deux rimes le tercet monorime, a

1. Réimprimée par A. Loquin dans Méluslne, II. De nouveau dans la Rev. des TraiV. pop., III.

d'ailleurs conservé le mètre (octosyllabes masculins) et parfois les rimes de la complainte populaire; et souvent le détail même de l'expression demeure identique, quoiqu'il y ait à noter aussi des altérations considérables, et qui pour la plupart ne font pas grand honneur à son goût. Le début de la complainte — un petit tableau enlevé d'une touche si vive — est remplacé par un assez insipide délayage ; la visite du roi à la prisonnière et le curieux dialogue qui s'ensuit (str. 5-9) manquent totalement (le rimeur s'est-il offusqué de l'invraisemblance des « sept ans » de prison, du piteux état de cette captive aux « pieds pourris », au « côté mangé des vers » ?) ; au lieu d'être prévenue par une lettre de son chevalier, c'est la belle qui spontanément lui propose de faire la morte; enfin la description des funérailles est autre, et moins pittoresque. En somme, nous avons dans Belle Isambourg l'œuvre d'un poète courtois qui prétendait ennoblir, qui a en effet gâté les couplets naïfs, et de qualité bien supérieure, qu'il tenait de la tradition.

Du millésime du chansonnier de Brossart il résulte que Belle Isambourg, et à fortiori la chanson populaire dont elle est issue, existait vers la fin du xvie siècle. D'autre part, les mots « estafier », « violon » (str. 4 et 17, tous deux à la rime), de provenance italienne, furent introduits en France au cours du même siècle ' ; ainsi la composition de la Fille du roi Loys se place entre les limites de ce siècle-là, plutôt, je pense, dans la première moitié. La mention de Saint-Denis comme lieu de sépulture royale indique un auteur familier avec les environs de Paris, un Français de l'Ile-de-France : et ce mélange de pathétique et d'enjoûment, cette plaisante conclusion donnée à la plus lamentable histoire sont d'ailleurs assez bien dans le génie d'un compatriote de Villon.

Le père de l'héroïne, le « roi Loys », n'est-il qu'un personnage en l'air ? ou bien si le chansonnier avait dans l'idée un

1. Le mot «million» (str. 8), aussi de provenance italienne, apparaît dans la langue dès le xive siècle.

véritable Capet, un hôte actuel ou futur des caveaux de Saint- Denis? En ce cas, vu l'époque , ce roi ne pourrait être que Louis XII, ou bien encore Louis XI : après tout, ce père peu commode, flanqué de ses geôliers et guichetiers, et qui tient sa fille sept années durant dans un cul de basse fosse, parce qu'elle a le cœur trop tendre, n'est pas sans une certaine ressemblance avec le terrible sire de Plessis-lez-Tours. Quoi qu'il en soit, l'on perdrait son temps à chercher ici l'ombre même d'une réalité historique. La Fille du roi Loys est, au vrai, une excellente adaptation populaire d'un thème familier à la lyrique française du moyen âge, celui de l'amante emprisonnée par son père, finalement réunie à son amant; et que le chansonnier a combiné avec une autre fable, moins ancienne et plus fameuse.

L'on a du trouvère Audefroi le Bâtard l, qui vivait dans la première moitié du xme siècle, une romance étendue, Belle Ydoine, en strophes de 5 alexandrins monorimes, et dont voici le sujet. Ydoine, fille de roi, languit d'amour pour le beau chevalier Garsile : de quoi son père étant avisé, il commence par la battre jusqu'au sang, puis la fait enfermer dans une « tour hautaine ». Elle y passe trois ans (trois, nombre traditionnel aussi bien que sept), au bout desquels le roi la vient voir et la presse d'épouser quelque puissant seigneur. Mais la fidèle Ydoine ne veut rien entendre. Le roi se résout alors de donner un tournoi, dont la main de sa fille sera le prix. Garsile y paraît, accomplit mainte prouesse, et, l'ayant ainsi conquise, emmène joyeusement la belle Ydoine en sa terre. Tout cela est fort longuement déduit et d'un détail compliqué : comme Audefroi, poète assez faible, mais d'un art laborieux et érudit, a coutume d'amplifier dans ses romances des thèmes connus, l'on peut présumer que l'aventure de Belle Ydoine avait été traitée avant lui sous une forme plus simple. Or, il est évident

1. Voy. K. Bartsch, Romances et . Pastourelles françaises des XIIe et XII Is siècles, liv. I.

LA FILLE DU ROI LOYS 8l

que cette donnée première de Belle Ydoine se confond avec celle de la Fille du roi Loys; sauf l'épisode du tournoi, qui manque en celle-ci, la réunion finale des amants s'y opérant par un tout autre moyen.

Ce moyen, le chansonnier l'a demandé à un second thème épique, la fausse Morte amoureuse1, d'origine, à ce qu'il semble, italienne : car il abonde chez les conteurs d'outre-monts, généralement tourné au tragique, et c'est de chez eux qu'il a passé aux autres littératures européennes. Nous le trouvons d'abord, au xve siècle, mis en œuvre par Masaccio de Salerne dans sa nouvelle de Mariotto et Gianetta ; puis dans celle de Romeo et Giulietta, par Luigi da Porto, et par son imitateur Bandello ; dans celle de Gonsalvo et Agata, par Giraldi Cinthio ; aussi dans la légende locale, que mentionne V Osservatore fiorentino2, d'Antonio Rondinelli et Ginevra degi' Almieri. Chez nous, Nostradamus dans la vie du trouvère Guillaume Durand, le Breton Pierre Boistuau avec sa troisième histoire tragique, Florian avec sa Valérie, nouvelle italienne, suivirent plus ou moins librement les novellieri de delà les monts. Enfin, c'est, comme on sait, le plus beau de ces contes italiens, c'est les infortunées amours de Roméo et Juliette, que Lope de Vega, dans ses Castelvins et Montêses, porta sur la scène espagnole, éti que le génie de Shakspeare a promues à l'éternité.

La combinaison de ce thème accessoire avec le thème fondamental de l'amante incarcérée par son père a donc produit chez nous la romance de la Fille du roi Loys. Et celle-ci, répandue hors de ses frontières natales, un jour a passé la Manche. Rencontre singulière! Tandis que l'histoire de la fausse morte amoureuse, traitée d'abord par les prosateurs italiens, aboutis-

i . Ne pas confondre avec le thème approchant, mais distinct, de « la fille qui fait la morte pour sauver son honneur ». Ce dernier sera étudié plus loin, à propos d'une autre chanson non moins célèbre.

2. Cité par de Puymaigre, De la ressemblance de quelques fictions, dans V Austrasie {revue lorraine), 1862.

G. Doncieux. — Romancero populaire de la France. 6

sait, par l'intermédiaire du traducteur français Boistuau, au théâtre de Shakspeare : parallèlement la même histoire, tombée dans le peuple et habillée de rimes françaises, arrivait aussi à la poésie populaire de la Grande-Bretagne. En effet, une ballade intitulée The gay Goshawk (le gentil Épervier), publiée d'abord par Walter Scott en son Minstrelsy, II, et dont Child, The engl. and scott. pop. Ballads, n° 96, IV, a réuni sept versions, présente avec notre Fille du roi Loys des coïncidences verbales qui impliquent une parenté directe entre les poèmes. Non pas cependant que l'un soit calqué servilement sur l'autre. D'abord les neuf premiers couplets de la complainte française et la première moitié de la ballade ne concordent pas, attendu que dans celle-ci le thème initial de l'amante emprisonnée a cédé la place à une variation, fort gracieuse, sur le motif connu de l'oiseau messager. La belle n'est, point captive, elle habite simplement chez son père, avec ses frères et ses sœurs : lorsque son galant, lord William, « l'Écossais hautain » que le père a refusé pour gendre, lui dépêche un fidèle épervier, qui parle et qui chante à merveille ; cet épervier est porteur d'une missive attendrissante, par où lord William proteste qu'il ne peut plus vivre sans son amante (comp., str. 10 de la complainte, la lettre du beau Déon à la fille du roi). C'est ici proprement que la similitude s'accuse : « Allez! dites-lui de cuire le pain des noces. Je le retrouverai à l'église Sainte-Marie » (cf. str. 11 : ... Que l'on vous porte à Saint-Denis)', ainsi répond, en s'adressant à l'oiseau, la belle Anglaise. La mort feinte, que le Français se borne à énoncer succinctement (str. 1 2 : Dans le moment a trépassé, El s'est laissée ensevelir...), est contée ici et décrite avec un grand luxe de détails : la belle avale un. narcotique, tombe inanimée; sa marâtre, pour s'assurer du décès, lui verse du plomb fondu sur la peau; ses sept frères clouent la bière ; ses sept sœurs cousent le linceul. Célébration des funérailles. On présente le corps à trois églises : à la première, on fait sonner les cloches ; à la seconde, on fait chanter messe ; soudain, à l'église Sainte-Marie, paraît lord William au

milieu de ses soldats : « Déposez, déposez la bière, et laissezmoi la regarder! » (cf. str. 14 : « Arrête^, prêtres, halte-là ! Fous porte^ m' amie enterrer, Ah! laissez-moi la regarder ! »). La belle, à ces mots, « s'est ranimée, et ses lèvres ont souri à son ami » (cf. str. 15 : La belle lui fit un souris). Suit un petit discours de la ressuscitée, qui engage ironiquement ses frères à aller « sonner du cor », trait qui est dans une relation évidente avec le « Sonne^, trompettes..! a de la strophe 17.

L'état respectif du thème dans la ballade du Gentil Êpervier et dans la complainte de la Fille du roi Loys fait assez voir que celle-ci est l'œuvre originale, ensuite imitée par un Écossais. Quant à la façon dont une vieille chanson française, et spécialement parisienne, a pu passer en Ecosse1, les rapports assidus des deux nations au cours des xve et xvie siècles, la présence d'une garde écossaise à la cour de France, expliquent cela très suffisamment.

1. Cf., plus loin, la chanson des Écoliers pendus et celle des Tristes Noces, pareillement translatées en des ballades anglo-écossaises.

CATALOGUE DES VERSIONS

France (oïl et oc)

Bretagne i [fragment] : H. de La Vii.lemarqué, Bar^a\-Breii, I (notes), 1839. — Réimprimé dans la Romania, XI.

Valois : G. de Nerval, la Sylphide (périodique), VI, 1842. — De nouveau dans Les Filles au jeu et La Bohème galante, du même. Repr. par Haupt, Fran\6sische Volhslieder.

= Version pareille (Vermandois) dans Tarbé, Romancero de Champagne, IL

Vendée : B. Fillon, Histoire vèridique des fraudes et exécrables voleries et subtilités de Guillery..., Fontenay, 1848. — Recopié 3 fois dans les Poésies pop. de la France, III, mss. B. N.; et réimpr. dans Poitou et Vendée (art. Nalliers), dans la Rev. des prov. de V Ouest, IX, la Mèliisine, II, et la Romania, XL

Blésois : J.-J. Ampère, d'après de La Saussaie, Poésies pop. de la France. Instructions, 1853. — Repr. par Rolland, III.

Rouen : Jue, Poés. pop. de la France, III, ms. réd. 1853. — Publié dans la Romania, XI; par Rolland, III ; dans la Rev. des Trad. pop., I ; et par Tiersot, Hisi. de la Chanson pop. en France.

Indéterminé 1 : de Cuers, Poés. pop. de la France, III, ms., r. 1853. — Publ. dans la Romania, XL

Auvergne [fragment] : Tricottet, ibid., III, r. 1853. — Publ. dans la Romania, XL

Orléans [fragment] : Boucher d'Argis, ibid., III, r. 1853. — Publ. dans la Romania. XL

Jura : Toubin, Revue des Deux Mondes, août 1854. — Le Ier couplet recopié dans les Poés. pop. de la France, III, mss. B. N. ; et repr. dans la Roniania, XL

Languedoc [fragment] : Germain, -Poés. pop. de la France, III, mss. B. N., r. 1854. — Publ. par Rolland, III.

Vendôme : Gendron,//?/^., IV, r. 1854. — Publ. par Rolland, III.

Bourbonnais : Ibid., III, r. 1854. — Publ. dans la Rornania, XL

Loudéac (Côtes-du-Nord) : Rousselot, ibid., III, r. 1855. — Publ. dans la Roniania, XL

Charente : Beauvalet, ibid., III, r. 1855. — Publ. dans la Rornania, XI, et par Rolland, III.

*Vence (Alpes-Maritimes) : Tisserand, ibid., III, r. 1857. — Publ. dans la Roniania, XI, et par Rolland, III.

Retz (Vendée) : Noblet, ibid., III. — Publ. dans la Rornania, XI, et par Rolland, III.

Parisis : Chéron, ibid., III. — Publ. dans la Roniania, XL

Bretagne 2 : Roulin, ibid., III. — Publ. dans la Roniania, XL ' *Limousrn 1 : Laforest, d'après d'Aigueperse, Limoges au xvn* siècle, 1862. — Recopié dans les Poés. pop. de la France, III, ms. B. N. ; et réimprimé dans la Roniania, XI, et par Rolland, III.

= C'est encore cette version que l'abbé Roux a publiée et « restaurée » dans Y Écho de la Corre\e de 1893.

Boulonnais : Hamy, Ahnanach de Boulogne-sur-mer pour Van. 1863. — Repr. dans la Revue des Trad. pop., III.

Franche-Comté 1 : Buchon, Noëls et Chants pop. delà Franche-Comté,

Flévy (Lorraine) : ) de Puymaigre, Chants pop. rec. dans le pays

Chesny(id.)[fragm.]: ) messin, 1865.

Forez 1 : Noëlas, Essai d'un Romancero foré^ien, 1865.

Angoumois, etc. : Bujeaud, Chants pop. des prov. de V Ouest, II, 1866.

Touraine 1 et 2 : Brachet, d'après Proust, Rev. critique, II, 1866.

Fontenay-le-Marmion (Calvados) : Legrand, Roniania, X, r. 1876.

Saint-Maixent (Deux-Sèvres) : G. Doncieux, d'après Lacuve, Rev.

de philologie française et provençale, VI, r. 1876.

Vagney (Vosges) : ) ' ' .

c . . >v r/ -1 l Thiriat, Mélusmc, I, 1877.

Seine-et-Oise [fragm.J : ) -

t Forez 1 \ ' \

T7 . " \ Smith, Roniania, X, 1881.

Velay 1 et 2 : !

*Bivès (Gers) : Bladé, Poés. pop. de la Gascogne, II, 1882.

Fontanes(Lot) : ) Daymard, Romania, XI, 1882; puis dans les

*Sérignac (id.) : \ Vieux Chants pop. rec. en Ouercy, du même.

Dinan (Côtes-du-Nord) : G. Paris, d'après Sébillot, Romania, XII,

Cambes (Lot-et-Garonne) 1 et 2 : Id., d'après Brissaud, ibtd.,%11,

Bretagne 3 et 4 : Decombe, Chans. pop. d'Ille-et- Vilaine, 1884.

Limousin 2 : Rolland, d'après de L'Epinay, Mehtstàiè; II, 1885.

Loiret : Id., d'après Poquet, ibid., 1885.

Indéterminé 2 : de Sivry, Rev. des Trad. pop., Il, 1887.

Bretagne 5 : Sébillot, ibid., III, 1888.

*Bas-Quercy : Soleville, Chants pop. du Bas-Ouercy, 1889.

Felletin (Creuse) : G. Doncieux, d'après de l'Epinay, la Tradition, V, 189 1.

Poitou : L. Pineau, Le Folk-Lore du Poitou, 1892.

t- . •■ 1 vrr n c Tiersot, Êev. des Trad. pop., VII, 1892.

Farems (id.) Liragm.J : ) [ £

Lize-Seraing (Belgique) : Colson, Wallonia, I, 1893.

Franche-Comté 2 : Beauquier, Chans. pop. rec. en Franche-Comte,

Nivernais 1 , 2 et 3 : Millien, Journal de la Nièvre, nos 85 et 87, 1894.

Cervières (Hautes -Alpes) : Tiersot, inédit, r. 1895.

Auverné (Loire-Infie) : Pitre de Lisle, Rev. des Trad. pop., XII,

Vivarais : V. d'Indy, ibid., XV, 1900.

Piémont

Montferrat : Ferraro, Canti pop. monferrini (n° 26), 1870.

A Canavais, B CD Turin, E Mondovi, F Valfenera, G Altare : Nigra, Canti pop. del Piemonte (n° 21). — Premièrement dans la Romania, XI, 1882.

FORMULE RYTHMIQUE

Complainte. Quatrains de vers octosyllabiques, masculins, rimant deux par deux.

TEXTE CRITIQUE

Le roi Renaud de guerre vint, Portant ses tripes en sa main.

Sa mère étoit sur le créneau, Qui vit venir son fils Renaud.

1 a). Flévy, Mondovi, Valfenera -\- Saint-Maixent et Vendée (d. g. vint), Charente (d. la g. v.), Vendôme (id.), Blésois (id.), Cambes 1 et 2 (id.), Velay r, etc. (id.) — b) Vendôme et Charente (... dans s. m.), Blésois (...dans ses m.), Saint-Maixent (Apportait... dans...), Angoumois et Jura (Tenait... dans...), Languedoc (...à la m.), Vendée (Oque [= avec]... en sa m.); cf. Rouen, etc. (ses boyaux), Frans (ses entrailles), Cambes 1 et 2 (son ventre), Foreç 1, etc. (son cœur). — c) Fore\ 1, Charente (... ses cr.), Vendée et Saint-Maixent (... qu'ét. au cr.); cf. Jura, Vendôme et Blésois, Languedoc, Vivarais, Ouercy, etc. — d) Charente, Fontanes, Vagney ; Jura (Vit... \ Vagney et C7;£\wy(Voit...), Fore% 1 (L'a vu...), Languedoc (Voyant...); cf. Vivarais, Vendôme, etc..

Le nom du héros est assuré par l'immense majorité des versions, qui le donnent, soit exactement, soit sous les formes équivalentes ou corrompues de « Ernaut », « Arnaud », « Raynau », « Rinald », « Renon », « Redor ». Une série de versions mettent, par un pléonasme fautif, « Jean Renaud »; quelques-unes, de l'Ouest, ont « Louis » ; quelques piémontaises « Carlin ». D'après la leçon originale, conservée dans Flévy et dans les piémontaises, il est titré « roi » ; ailleurs « comte » (Auverné, Ouercy, Bivès), « infant » (Limousin 1, etc.), ou qualifié « le grand » (Vagney). Il revient de guerre, blessé au. ventre, tellement qu'il porte ses tripes (cœur, ventre, boyaux, entrailles) en sa main (au singulier : le chevalier contenant d'une main sa blessure, tandis qu'il mène de l'autre son cheval). Quelques versions corrompues (Fontenay , Orléans , Nivernais 3 , Mondovi) le font revenir de la chasse, où il a été blessé par des accidents divers. — « Être sur le créneau » ou «seoir au créneau » est une locution traditionnelle (cf., dans la traduction de Guillaume de Tyr : «... sur chascun crénel avoit deus homes »).

Il y a. deux séries de versions de l'Ouest, qui commencent par des interpolations. Le début des premières (Loudéac, Bretagne 2 et 3) est contaminé avec le gwerz historique du Comte des Chapelles (voy. La Villemarqué, Bar%az-Breiz, II, n° 3 ; et Luzel, Gwer^iou Brei\-I'zel, I ) ; celui des autres (Auverné zl Ret%) est traduit de la première partie du gwerz du Comte Nann,

« Renaud, Renaud, réjouis-toi !

Ta femme est accouché' d'un roi. »

— « Ni de la femme, ni du fils Je ne saurois me réjouir.

» Allez, ma mère, allez devant; Faites-moi faire un beau lit blanc :

Guère de tens n'y demorrai, A la minuit trépasserai.

» Mais faites-P moi faire ici bas, Que l'accouché' n'entende pas. »

Et quand ce vint sur la minuit, Le roi Renaud rendit l'esprit.

auquel on reviendra tout à l'heure , sauf que, dans les couplets français, la Mort personnifiée remplace la fée homicide. La provenance desdites versions explique ces interpolations, dues à des Bretons bilingues.

2. a) Blésois, Vagncy, Loiret, Feîletin-, Charente, etc. (Mon fils R...); cf- Parisis, Ret%, Vendée, etc. — b) Blésois, Charente, Flévy, etc. ; Vendée, etc. (... d'un fils), Saint- Mai xent, etc. (... d'un p'tit). — c) Fore% i, Frans, Charente

(N. d. ma de mon ï.), Flévy, etc. (id.); d.Saint-Maixent, etc. — d)Loudéac,

Rouen, Orléans, Jnra, etc.; Fontanes, etc. (J. n. puis pas...); cf. Charente, Blésois, etc.

3. a b) Valois, Angoumois, Parisis -\- Touraine 1 (faire), Velay 1 (id.), Feîletin (id.); cf. Rouen, Blésois, Jura, Saint-Maixent, etc. — c) Bivès, Quercy -\- Limousin 2 ; cf. Limousin 1 et Cervières (J. n'y resterai...). — d) Velay 2, Cervières, Vivarais ; Feîletin (... je mourrai), Sérignac et Fore^ 2 (...serai mort); cf. Vendée, Bivès, Limousin 1, etc.

4 a) Parisis, Valois, Angoumois, Loiret (ici bas) -f- Flévy (f.-l. moi), Touraine 1 (f.-l. moi faire). — b) Loiret, Charente et Flévy (... n'en sache rien), Frans (... ne m'y voie point); Saint-Maixent, Valois, etc. (Q.. ma femme...); Vendée, etc. (Q. m'amie...); cf. Jura, etc. — c) Saint-Maixent, Rouen, Touraine 1, Velay 1 (... à 1. m.), Bourbonnais et Vendée (... c. fut...), Parisis ,

Il ne fut pas le matin jour, Que les valets ploroient tretous; Il ne fut tens de déjeûner, Que les servantes ont ploré.

« Dites-moi, ma mère m'ami',

Que plourent nos valets ici ? »

— « Ma fille, en baignant nos chevaus,

Ont laissé noyer le plus beau. »

etc. (... c. fut vers...), — d) Felletin (L'enfant...), Velay 1 (Le fils...), Vagney (Le grand...), Rouen (Le beau...), Fore% 2, etc. (Monsieur R...), etc. Corriger « Le roi R. », d'après la strophe 1.

Il est clair que le moribond demande que son lit soit fait au rez-de-chaussée, de peur que l'épouse, dont la chambre est au premier étage, ne s'aperçoive à quelque bruit de son arrivée, puis de sa mort. C'est ce qu'indiquent bien la leçon de Loiret « ici bas », ou celle de Limousin 2 « en bas » ; mais plusieurs chanteurs ont compris, et presque tous les rédacteurs ont écrit, que le lit devait être fait « si bas » que, etc., comme si le plus ou moins de hauteur de la couche avait ici quelque chose à faire.

5 . a) Saint-Maixent -j- Vendée ; cf. Canavais, cf. Auvernè. — b) Saint-Maixent , Vendée (... criaient trejou) ; cf. Charente, Bourbonnais, Boulonnais, Fore% 2, etc. — c) Saint-Maixent (Quand o sit [=r il fut]...); cf. Auvernè. Je rétablis la construction négative, en conformité avec a. — d) Vagney -\- Saint-Maixent et Auvernè (pleurer); cf. Bourbonnais, Limousin 1, et'c.

Cette strophe de transition est tombée de la plupart des versions ; dans les autres, elle a été resserrée en un distique ; seuls Saint-Maixent et Auvernè donnent les quatre vers, mais scindés en deux tronçons, que sépare un intervalle de plusieurs couplets.

6. a) Touraine 1 et 2, Rouen, Boulonnais , Flévy, Chesny ; Bretagne 1, etc. (Oh ! d.-m...), Bretagne $, etc. (Ah ! d.-m...), Parisis (Mais d.-m...) ; etc. — b) Auvernè, Loudéac, Dinan, Fore\ 2, Velay 2 -f- Ret% (ici), Charente (id.), Touraine 1 (id.), etc. ; cf. Fontenay, Bretagne 2, Saint-Maixent, Vivarais, etc. « Plourent » (0 tonique non affaibli), en conformité avec « seignour » qu'on trouvera plus loin à la rime. — c) Fontenay, Frans, Fareins, etc. -J7 Altare (baignant); cf. Canavais, Valfenera, Mondovi. — d) Altare, Canavais,

— « Et pourquoi, ma mère m'ami', Pour un cheval plorer ainsi ? Quand le roi Renaud reviendra, Plus beaus chevaus amènera. »

« Dites-moi, ma mère m'ami', Que plourent nos servantes ci ? »

— « Ma fille, en lavant nos linceuls, Ont laissé aller le plus neuf. »

Mondovi -\- Poitou (le pi. b.), Nivernais 2, etc. (id.); cf. Bretagne 5, Vivarais, Seraing, Turin C D, Montf errât , etc.

Le v. a est un vers-formule, qui se répète identiquement aux strophes suivantes. Les locutions vocatives telles que « ma mère m'amie », « ma nièce m 'amie », ou « mon frère mon ami », « mon fils mon ami » (le redoublement du possessif est de règle) sont courantes au XVIe siècle : voy. le Loyal Serviteur, les Lettres de Montaigne, etc. — Le chagrin des valets se motive constamment par la perte d'un cheval, échappé, — ou mort, — ou étranglé au râtelier, — ou enfin noyé ; ce dernier accident est à la fois le mieux circonstancié et le plus naturel, outre qu'il fait un parallélisme exact avec l'accident marqué à la str. 8 : cette leçon originale est conservée par quatre versions françaises (Bretagne s, Nivernais 2, Vivarais, Seraing) et par toutes les piémontaises ; elle résulte aussi du gwerz de Nann.

Plusieurs versions contractent en un seul quatrain les strophes 6 et 8, relatives au pleur des domestiques, et suppriment les str. 7 et 9.

7. a) Fle'vy ; cf. Dinan. — b) Loudéac, Bretagne 5, Fle'vy, Felletin, Canavais -f- Parisis (ainsi, à la str. 5? ) ; cf. Turin C et D, Altare\ Fontenay, Cervieres, etc. — c) Fle'vy, Felletin (Q. l'enfant R...), Vendée (Q.. Jean R. arriv.), Mondovi (L. r... a venira); cf. Altare (Le r. Carlin), Turin D (L. r. Louis); et, d'autre part, Vivarais, Frans. — d) Fle'vy, Vivarais, Touraine 1, Frans, etc. -j- Charente (pi. b. chevaux) ; cf. Turin D, Mondovi ; Vendée, Cervieres, Fontenay, etc.

8. a) Comme précédemrm (str. 6). — b) Loudéac, Auverné, Fore^ 2, Velay -\- Fore% 1 (ci) ; cf. Fontenay, Poitou, Vivarais, Turin B, C, D, etc. — cd) Fontenay -\- Bretagne 2 et 4 (...nos linceuls... d. plus neufs), Poitou (...le plus b. d. nos linceuls...) Valfenera (... li pi. b. linsô...), Vendée (... un b. linceul...) ; cf. Saint-Maixent, Velay 2, Turin B, Canavais (linges perdus) ;

— « £.t pourquoi, ma mère m ami , Pour un linceul plorer ainsi ?

Quand le roi Renaud reviendra, Plus beaus linceuls achètera. »

— « Dites-moi, ma mère m'ami', Pourquoi j'entens cogner ici ? »

— « Ma £ir, ce sont les charpentiers Qui raccommodent le planchier. »

Fore\ 2 (draps tachés) ; Turin C, D, Mondovi, Altare (chemises brûlées) ; aussi Loudéac, Dinan, etc. (plat d'or ou d'argent, perdu ou cassé).

9. a) Comme précédemm* (str. 7). — b) Loudéac (P. u. plat d'or...). Canavais (P. i mantij...), Parisis (P. u. "couvert... ainsi). Rétablir « linceul », à l'aide du v. d de la str. 8; cf. Fontenay, Fore^ 1. — c) Mondovi, Vendée (Q. Jean R. arr...); cf. Altare, Turin D; Vivarais, Forei 1, etc. Voy. d'ailleurs le v. c de la str. 7, qui est identique. — d) Fore% 1, Velay 1, Mondovi et Turin C (... comprara = achètera) : rétablir « linceuls », au lieu de « draps » (Forc^ 1); cf. Vendée, Vivarais, Altare, Turin D', Fontenay.

10. a) Comme précédemm1 (str. 6). — b) Loiret, Rouen, Blésois, etc. + Parisis (Pourquoi); cf. Valois, Far eins, etc. — c) Parisis, Velay 2, Sérignac ; Velay 1, etc. (... c'est le ch.); cf. Ret%, etc. (... les maçons). — d) Valois, Angoumois, Velay 1 (...nos pi.) ; cf. Parisis, etc. (...l'escalier); Charente, etc. (... nos greniers); Ret%, etc. (... la maison).

« Cogner » est le mot propre; d'autres versions portent les synonymes « clouer », « frapper », « taper », « piquer », « marteler », etc. Il ne peut s'agir, à la nature du bruit perçu, que d'ouvriers en bois, de « charpentiers » (« les maçons qui réparent la maison » constituent une mauvaise variante). En d, les versions se partagent entre « planchier » et « greniers » (« escalier » est rare) ; mais « greniers » ne saurait être la bonne leçon : le lit de mort de Renaud ayant été dressé au rez-de-chaussée (str. 4), c'est là que se fait la mise en bière, et le bruit des coups de marteau ne peut pas venir du toit. Une variante propre aux versions piémontaises porte que les menuisiers travaillent au « berceau de l'enfant ».

— .« Dites-moi, ma mère m'ami', Pourquoi les seins sonnent ici ? »

— « Ma filF, c'est la procession Qui sort pour les Rogations. » ,

* — « Dites-moi, ma mère m'ami', Que chantent les prêtres ici ? »

— « Ma filP, c'est la procession Qui fait le tour de la maison. »

Or, quand ce fut pour relever, A la messe el voulut aller;

11". a) Comme précédemm* (str. 6). — *b) Bretagne 1, Bretagne s (P. 1. cloches...), Parisis (id.), Vivarais (id.), Canavais, etc. (id.), -f- Rouen (ici), Blésois, etc. (id.); cf. Saint- Ma ixent, etc. «Sein » (de signant) = cloche. — cd) Rouen et Blésois (... les pr. q. sortent...) : il faut évidemment le singulier, que donne d'ailleurs la str. suivante ; cf. Fore^ r, Seraing, Canavais, Mondovi, etc. (on sonne pour les obsèques d'un défunt). Auvêrné, Charente, Indét. 1, corroborés par Loiret, Limousin 2, ^c, '-présentent une interpolation remarquable : on sonne pour « le roi Henry (rajeuni en « roi Louis » dans Vivarais) qui fait son entrée dans Paris ». Mais la leçon originale est très certainement celle que donnent Blésois et Rouen. Car le son des cloches doit être ici en rapport avec les chants du clergé : or, ces chants sont expliqués à la strophe suivante par une procession, et, d'après le rituel, les cloches sonnent effectivement au moment où la procession sort de l'église. Que cette procession soit en particulier celle des Rogations, l'une des cérémonies les plus antiques et les plus populaires de la chrétienté, cela résulte aussi de la str. 12, où l'on voit le cortège faire en chantant « le tour de la maison ».

12. a) Comme précédemm* (str. 6). — b) Vivarais et Canavais -f- Flévy

(due... ici), Blésois (...ici), Valois (id.), Fore% 1, etc. (id.) ; cf. Quercy. —

cd) Charente, Fontenay, Parisis, Jura, For e^ 1, Limousin 2, etc.

: .13. a) Vendôme, Loiret (Lorsqu'el f...); cf. Valfenera. — b) Bretagne 2 et 3,

Vivarais, Auverné (...il lui faut a.), Seraing {...\\ fallut a.); cf. Saint-Maixent,

Or, quand ce fut passé huit jours, El voulut faire ses atours :

« Dites-moi, ma mère m'ami', Quel habit prendrai-je aujourd'hui ? »

— « Prenez le vert, prenez le gris, Prenez le noir, pour mieus choisir. »

— « Dites-moi, ma mère m'ami', Ce que ce noir-là signir? ? »

— « Femme qui relève d'enfant, Le noir lui est bien plus séant. »

Fontenay, Loudêac, Turin D, AI tare. — c) Bretagne 2 et 3, Auvernê + Touralne 1 ; cf Fontenay, Vivarais. — d) Tour aine 1 4- Bretagne 2 (El voulut).

14. a) Comme précédemm* (str. 6). — b) Bretagne j", Velay 1 et 2, Foreç 2 ; Ret%, etc. (... mettrai-j...), Charente, etc.Ç.. robe pr.-j...); Rouen, etc. (... robe mettrai-j...) ; cf. Saint-Maixent, Fontenay, etc.. — c) Vendôme, Bourbonnais, Fore% 1, Velay 2; Touraine 1, etc. (P. 1. blanc...); Rouen, etc. (Mettez 1. blanc...); cf. Fle'vy (le vert), Frans (id.), Limousin 1 (id.), etc. — d) Charente, Blésois, Rouen, Cervières, Nivernais 1, Vendôme (... c'est m. ch.) ; cf. Ret%, Saint-Maixent, etc. — La couleur du deuxième habit est imposée par la rime, « gris » ; pour celle du premier, il faut préférer le vert au blanc : car, outre que la leçon « vert » est appuyée par un grand nombre de versions, « le vert et le gris », en fait d'étoffes, est une alliance de mots traditionnelle (on la trouve dans la farce de Pathelin) : la teinture verte était jadis celle des draps de luxe.

15. a) Comme précédemm1 (str. 6). — b) Rouen, Seraing, Nivernais 1 (... c't habit n. s.), Auvernê (.. .q. sign. Len... ici); cf. Bretagne j", Loiret, etc. — (c Loiret, Vivarais, Auvernê, Bretagne $ (Toute f...); cf. Ouercy, etc. — d) Vendôme, Fle'vy, Loiret, Vivarais + Bretagne ^ et / et Loudêac (lui) ; cf. Touraine 2, Rouen, Limousin 1, Quercy, etc.

Mais quand el fut emmi les chans, Trois pâtoureaus alloient disant :

« Voilà la femme du seignour Que l'on enterra l'autre jour. »

« Dites-moi, ma mère m'ami', Que dient ces pâtoureaus ici ? »

— « Ils nous dient d'avancer le pas, Ou que la messe n'aurons pas. »

Quand el fut dans l'église entré', Le cierge on lui a présenté ; Aperçut, en s1 agenouillant, La terre fraîche sous son banc :

16. a) Vagney (...parmi...), Vendée (...allit dans...), Nivernais 2 (Q.. e. furent emmi...) et Saint-Maixent (parmi...); cf. Fore% 2, Boulonnais, Rouen, Touraine 2, etc. — b) Vagney, Tour aine 2, Flévy + Rouen (Trois...), Boulonnais (id.), Velay 2 et Fore% 1 (id.), Mondovi (id.); cf. Bretagne 3, Nivernais 1, 2 et 3, etc. — c) Rouen, Jura, etc. ; Touraine 2 et Auvergne (... de ce s.), Vendôme et Limousin 2 (C'est... de not. s.), Cambes 2 (... d'un grand s.); cf. Velay 2, Frans, Flévy, etc. (de ce roi ou d. notre roi) ; etc. — d) Vendôme et Cambes 2 (Qu'o. a ent...), Auvergne et Limousin 2 (Qu'ils enterrèrent...), Velay 1 (...questo j. = ce j.); cf. Vendée, Flévy, etc. (...ent. hier au soir), Rouen, etc. (... hier à trois heures), Touraine 1 (... hier au tantôt), Cervières (Q.. l'on vient d'enterrer).

17. a) Comme précédemm1 (str. 6). — b) Bretagne 1, Velay 1 (...c. bergers...), Vagney (...c. p. nous dient), Flévy et Jura (...c. p. ont dit); cf. Poitou, Touraine 1, Quercy, etc. — c) Fore\ 2, Auvergne, Velay 2 -f Vagney (dient); cf. Limousin 1, Velay 1, Touraine 1, etc. — d) Auvergne, Fore\ 2, Velay 2 -f- Nivernais 1 (Ou) ; cf. Velay 1, Limousin 1, Quercy, Mont/errât, Mondovi.

18 a) Touraine 1 et 2, Saint-Maixent, Rouen, etc. ; Flévy (... el est...), Vagney (...à Tégl...); cf. Cambes 1, etc. — b) Flévy, Rouen (L'eau bénite...), Ton-

« Dites-moi, ma mère m'ami', Pourquoi la terre est rafraîchi' ? ;>

— « Ma fiir, ne Y vous puis plus celer, Renaud est mort et enterré. »

— « Puisque le roi Renaud est mort, Voici les clés de mon trésor.

Prenez mes bagues et joyaus, Nourrissez bien le fils Renaud. »

raine 1, etc. (id.), Vagney et Boulonnais (L'aspergés...), Nivernais 2 et j (id.). — cd) Rouen, Fontenay -(- Canavais, Turin B, C,D, Valfenerq, Moutferrat ; cf. Altare, Mondovi ; aussi Saint-Maixent, Vivarais, etc.

Quoique, dans toutes les autres versions, il soit parlé d'une présentation d'eau bénite, Flévy conserve en b la leçon originale, « le cierge » : ce cierge tenu par l'accouchée fait, en effet, partie du cérémonial desrelevailles. Les vers cd sont d'une restitution délicate : ce distique narratif est tombé de la plupart des versions, et dans les cas rares où il a subsisté, c'est sous une forme altérée (il ne s'agit plus de terre fraîchement remuée — trait primitif que présuppose le dialogue de la strophe suivante, — mais d'un beau tombeau récemment construit); toutefois, le dernier vers, d, est fourni littéralement par les versions piémontaises, qui l'ont laissé glisser dans la strophe suivante (dialoguée) ; et c, dont le verbe initial se déduit de quelques versions françaises, doit finir par un mot en an, probablement par un participe : la leçon que je propose, « en s'agenouillant », n'est au reste que la traduction du passage correspondant du gwerz.

19. a) Comme précédemm* (str. 6). — b) Bretagne 1, Ret%, Bretagne ; (...nos tombes sont r.);cf. Bretagne], Loudédc (...tombeaux rafr.), ParisisÇ... tombe fraîchie) ; aussi Rouen, Vivarais, etc. — c) Bretagne 2, Loudéac, Touraine 1, Vivarais + Bretagne 3 et 4, etc. (p. plus); cf. Blésois, Vendôme, Rouen, etc. — d) Charente, Angoumois, Blésois, Vendôme, Touraine 1, Fore\ 1, etc.

20. a) Vagney, Frans, Loiret -f- Auvemé (le comte R., corrigé en « le roi» conformément aux str. 1,7 et 9); cf. Fontanes; aussi Rouen, Touraine 2, Mondovi, Limousin 1. — b) Vendée, Limousin 1, Bivès, etc. -{- Felletin et Loiret; cf. Fore\ 1, Toitou, Turin C, D, etc. — c) Flévy (... e mes j.), Touraine 1 (... mes anneaux : mais, plus haut, le mot « joyaux » transposé),

» Terre, ouvre-toi, terre, fens-toi, Que j'aille avec Renaud mon roi ! »

Terre s'ouvrit, terre fendit, Et si fut la belle englouti'.

Vagney (Tirez... mes anneaux), Nivernais 2 (Voilà m. ann.); cf. Jura.

Il faut supprimer le second possessif : « bagues et joyaux » est une expression toute faite. — d) Vagney, Poitou + Flévy (fils R.), Fontanes et Velay 1 (id.); cf. Saint-Maixent , Vendée, Touraine2, Frans, etc.

21. a) Charente, Ble'sois, Loiret ; cf. Ret^, Bretagne 4 et 5, Fontenay, Saint- Maixent, Limousin 1, Vence, etc. — b) Charente et Blésois + Loiret (Q, j'aille), Ret% et Bretagne j (Avec... jVeux aller), Cambes 1 (Av. R. je m'en vas) ; cf. Jura, Touraine 2 et Vence, Bretagne 4, Montferrat, etc. — c) Blésois, Indét. 2, Bourbonnais, Charente (... se f.); cf. Loiret, Felletin, Vence, etc. — d) Charente, Blésois ; cf. Vence, Nivernais 1, Indét. 2, Felletin, Loudéac, Vendée. Les deux versions donnent ce vers avec la construction logique : « Et la belle fut... »; mais il n'est pas prosodiquement possible que la 4e syllabe tombe sur une posttonique : d'où la correction que je propose.

Les versions abrégées, Parisis, Angoumois, Valois, etc., aussi Seraing,

placent, immédiatement après la strophe 19 altérée, celle-ci qui sert de

conclusion :

Ma mère, dit' au fossoyeux Qu'il fasse la fosse pour deux, Et que l'espace y soit si grand Que Ton y mette aussi l'enfant !

Ce quatrain a été fort admiré ; et, de fait, il ne manque pas d'une certaine grandeur tragique : mais avec cela, combien il est inférieur à la leçon originale, d'après quoi l'épouse prête à mourir confie à l'aïeule le sang de Renaud, l'héritier de la race ! L'interpolateur était un « romantique », visant à l'effet, et qui l'a trouvé ; l'auteur, à la manière classique, ne cherchait de beauté que dans la vraie et simple nature.

Le texte original du poème, fondé sur cinquante-neuf versions françaises et huit piémontaises, étant tel, il reste à en déterminer la date et la provenance. D'une variante connue de la strophe 11, qui mentionne un des événements les plus populaires de notre histoire, l'entrée à Paris du roi Henri

(Henri IV), il appert que la chanson se chantait dès Tan 1594; et, d'autre part, le verbe « entendre », suivi de l'infinitif, et le mot savant « raccommoder » (strophe 10) n'apparaissent point dans la langue avant le xvie siècle : c'est donc dans le cours et plutôt, je pense, environ le milieu de ce siècle-Là, que vivait l'auteur du Roi Renaud : conclusion qui s'accorde bien, au surplus, avec le caractère général de son style x. Quant au lieu d'origine, écartant d'abord les versions secondaires du pays d'oc et du Piémont, Ton observe qu'entre les provinces d'oïl, c'est la Bretagne ou les régions limitrophes qui fournissent du Roi Renaud les plus nombreux spécimens et les plus complets; la forme « seignour » (strophe 16), certifiée par la rime, convient aussi à cette contrée ; et s'il est vrai, comme on essaiera de le montrer tout à l'heure, que la complainte du Roi Renaud soit translatée d'un gwerz armoricain, il n'y a point de doute que le poète bilingue à qui nous la devons était né sur les confins des Bretagnes celtique et française.

Il existe, soit dans le domaine roman, soit dans les pays non romans qui font enclave en terre française (Basques, Bas-Bretons), cinq chants étroitement apparentés au Roi Renaud : un gwerz armoricain, une chanson basque, une canzone vénitienne, une chanson proprement catalane et un romance espagnol commun à toute la péninsule. Je donne ci-après, en l'abrégeant un peu par endroits, la traduction de chacun de ces poèmes, ^établis autant que possible en leur teneur originale par la confrontation des différentes versions existantes ; une série de chiffres entre parenthèses indiquent, pour chaque partie du

1 . Notez, par exemple, la locution « ma mère m'amie » ; les « seins » = les cloches ; « bagues » = hardes ; (la terre) « fendit » = se fendit.

G. Doncieux. — Romancero populaire de France, j

texte, le couplet français qui correspond : en sorte que, saisissant d'un coup d'œil tout le détail des similitudes, on pourra aisément définir les relations respectives du Roi Renaud et des cinq chants précités.

GWERZ ARMORICAIN

Vers octosyllabiques, rimant deux par deux. Ce gwerz est représenté par 18 versions :

Cornouaille 1 : Dufilhol, Mélusine, IV, réd. avant 1835. — Une partie de ce texte, avec traduction, avait paru dans le roman de Guionvac'h par

KÉRARDVEN (— DUFILHOL), 1836 \

Cornouaille 2 : H. de La Villemarqué, Bar^-Breii, I, 1839. — Version recueillie d'une chanteuse cornouaillaise, mais transcrite artificiellement en dialecte de Léon.

Plouaret : J ( r. 1844.

Keramborgne : > Luzel, Giver^iou Brei\-l\el, I, 1 r. 1848.

Duault : J ( [s. d. = avant 1867].

Indéterminé (traduct. française) : Id., Poés. pop. de la France, V, mss. B. N., [s. d. = avant 1860].

P. 1,2,3,4,5,6,7,8,9 : Penguern, fd celtique, mss. B. N., r. vers 1850.

Lorient(traduct. française, un peu abrégée) : Rolland, Romania, XII, 1883.

,. , , ' { Ernault, Rev. des Trad. pop., XIV, 1899.

: Treverec : ) r £ JJ

Il appert d'une variante de P 2 que le gwerz se chantait déjà en Bretagne dans le second tiers du xvie siècle; car cette version mentionne la mort du « roi François », ou plus littéralement de « François roi » ; or, il ne peut s'agir que de François II (*j? 1560), chose peu probable, vu la brièveté du règne et l'insignifiance du roi, ou bien de François Ier (f 1547), qui demeura toujours, dans le parler du peuple, « le roi François ».

1. Le texte intégral a été extrait des papiers posthumes de D. par M. Gaidoz, qui les a en sa possession.

TEXTE TRADUIT

Le seigneur comte (sans nom dans la plupart des versions , nommé « Tudor » dans P. i, 2,^, <?, « Jean » dans Trévérec, « Nann » i dans Cornouaille 2, Keramborgne, Indét.) et sa femme ont été mariés tout jeunes, l'une à treize ans, l'autre à quatorze ; au bout de neuf mois, la dame est accouchée. Le comte demandait un jour à sa femme : « Puisque vous m'avez donné un fils, dites ce que vous désirez de moi : chair de perdrix, ou chair de bécasse ?» — « Chair de lièvre me ferait plaisir. » Le comte Nann a pris sa trompe d'argent {Cornouaille 1), ou son fusil (Ptouaret, Keramborgne, Duaitlt, Lorient, P. 4 et 6), ou il a dit de détacher ses chiens de chasse et lévriers (P. 1, 2, j, 7, #) ; et il est allé chasser au bois2. Dans le bois il rencontre une fée : « Salut à toi, seigneur comte, je te cherchais depuis si longtemps ! Maintenant il faut que tu m'épouses. » — « Vous épouser, je ne le puis : car je suis marié nouvellement, et ma femme vient d'accoucher. » — « Choisis ou de m'épouser, ou de mourir dans trois jours, ou de languir sept ans au lit. » — « J'aime mieux mourir dans trois jours que de languir au lit sept ans, car ma femme est bien jeune pour avoir avec moi tant de peine. »

1. « Nann » est un diminutif de « Ronan », « Renan » (homme fdrt), nom fréquent dans la Bretagne celtique. On a remarqué la ressemblance de ce « [Ro]nan » avec le « Renaud » français : mais peut-être n'est-ce là qu'une rencontre fortuite.

2. La discussion des variantes est ici de conséquence. Cinq versions omettent les apprêts de la chasse du comte. Des treize autres, une (Cor* nouaille 7) porte qu'il prend « sa trompe d'argent » : c'est un à'tôaÇ etpr)'(j.evov, qu'il serait hasardeux d'identifier avec l'original ; six mentionnent « son fusil », et même sept, si l'on considère que la version Cor nouaille 2, d'après quoi il prend « sa lance de chêne » pour chasser le chevreuil, est due à La Villemarqué, et que celui-ci, étant données ses habitudes d'arrangeur archaïsant, devait immanquablement substituer l'antique et noble lance au vulgaire fusil de la tradition populaire. Reste cinq versions suivant lesquelles le comte ordonne de « détacher ses chiens de chasse et lévriers » . Adopter la leçon du fusil, qui a pour elle la pluralité des chanteurs, serait imposer aux gwerz une date bien trop moderne, le fusil n'ayant été employé comme arme de chasse que dans le cours du xvmc siècle ; la question est donc tranchée en faveur des « lévriers détachés ».

(3) Le comte disait à sa mère en arrivant : « Ma mère, faites-moi vite mon lit, car mon cœur est mal à l'aise. Je ne m'en relèverai plus

que pour mourir (Plouaret, Keramborgiie, Duault, Indét., etc.)

(4) Ma mère, si vous m'aimez, vous ne direz rien à ma femme jusqu'au jour de ses relevailles. » (CornouaUle 1 et 2, Keramborgne, Duault, Plouaret, Indét., etc.). (6) La jeune comtesse demandait à sa belle-mère ce jour-là : « Qu'y a-t-il que les valets pleurent ainsi ? » — « En allant baigner les chevaux, ils ont noyé le plus beau. » (Plouaret, Indét.; cf. P. 4, P. 5, Duault, Keramborgne, Louent, Plougouver, etc.). — (7) « Dites-leur de ne pas pleurer : on trouvera des chevaux à souhait. » (Plouaret, Duault, Louent ; cf. Indét., Keramborgne, Plougouver, Trévérec, etc.). (8) « Qu'y a-t-il, que les servantes pleurent ainsi? » — « En faisant la lessive, elles ont perdu le plus beau linceul. » (P. /, CornouaUle 1, Indét., Duault, Trévérec, Plouaret; cf. Louent). — (9) « Dites-leur de ne pas pleurer : on trouvera des linceuls à souhait. » (CornouaUle 1, Duault; cf. Lorient, Indét., Plouaret, Trévérec). — (11) « Qu'y a-t-il que les cloches sonnent ainsi ?» — « C'est pour le fils du Roi qui est mort. » CornouaUle 1 et 2, Indét., P. 8). — (12) « Qu'y a-t-il, que les prêtres chantent ainsi ?» — « Un pauvre avait été logé ici, et il est décédé dans la nuit. » (CornouaUle 1 et 2, Trévérec, Plouaret, Keramborgne, Duault, P. 1, etc., cf. Indét., Plougouver). (14 et 15) La comtesse demandait à sa belle-mère ce jour-là : « Quelle robe mettrai-je aujourd'hui : rouge ou grise (CornouaUle 1), — blanche ou grise (Indét.), — rouge ou bleue (CornouaUle 2, P. 8), — blanche, ou broget1, ou violette (Keramborgne) ?» — « La coutume est aux jeunes femmes d'aller en noir à l'église » (Plouaret, Duault, Lorient, CornouaUle 1, Plougouver, Trévérec, etc. ; cf. P. 2, 3, 4) 2. (18) La comtesse demandait, en entrant à l'église (Plouaret, Trévérec, P. 1, etc.), — en s'agenouillant dans son banc (Keramborgne; cf. Plouaret, Trévérec, Duault, etc.), — en

1. Luzel n'entend pas ce mot, et propose de lire à la place le substantif breget, qui signifie « robe de femme ». Mais il existe d'autre part un adjectif danois broget = chatoyant, irisé (versicolor), d'une étymologie peut-être celtique, et qui, en tout cas, pourrait avoir été importé accidentellement dans l'idiome armoricain.

2. Trévérec place ici l'épisode des bergereaux, altéré : mais je ne vois dans ces huit vers qu'une infiltration ultérieure du Renaud français.

passant l^échalier: (19) «Qui a été enterré ici, que la terre est fraîchement remuée? » (Cornouaille 1 et 2, Ploaaret, Lorient, P. 8; cf. Plougouver, etc.) — « Hélas! je ne puis plus vous le cacher, c'est votre mari qui est enterré là. » (Keramborgne, Plouaret, Lorient, Cor* nouaille 1 et 2, Trévérec, etc.). — (20 et 21) « Tenez, ma mère, voilà les clés ! Veillez sur mes biens, prenez bien soin de mon fils (Keramborgne, Duault, Trévérec, Plougouver, etc.). Moi je reste ici avec son père. » (Keramborgne, Duault, etc.). (21) La comtesse est tombée à terre et elle est morte (Plouaret, Cornouaille, P. 8 ; cf. Trévérec, P. j, P. 6).

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