Ce joli trait paraît emprunté à la poésie arabe
3. Wolf-Hofmann, Primavera y flor deromances, II, nos 121-123. — Le romance de Julianesa, n° 124, que les éditeurs du recueil ont placé à la suite, n'est qu'une variante fragmentaire, avec changement de nom, du premier romance de Moriana.
L ESCRIVETTE 1 3 J
aux tables avec le roi more Galvan. Galvan s'endort. Un cavalier paraît sur la montagne : c'est le mari de Moriane, qui pense à son épouse enlevée par les Mores. Elle le reconnaît de loin, et se met à pleurer. Galvan, réveillé par les larmes qui tombent sur son visage1, demande la cause de ces pleurs; et sur la réponse de Moriane, qu'elle a vu passer son époux bienaimé, le More la soufflette jusqu'au sang et ordonne qu'elle ait la tête tranchée. 2° Le bourreau, touché de la beauté de Moriane, voudrait la sauver; mais elle lui dit de faire son office. Arrive en ce moments le cavalier, faisant un grand carnage des Mores; il prend sa femme, et, avec elle et le bon bourreau, il s'en retourne dans sa terre. 30 Galvan vient soupirer sous la tour du château de Moriane, et lui rappelle son amour. « Va-t-en, chien de More ! s'écrie-t-elle. Les caresses que je t'ai faites n'étaient que pour te tromper, en attendant la venue de mon noble époux. » Celui-ci, qui n'est pas loin, marche contre Galvan et le tue d'un coup de lance). Mais c'est surtout le troisième romance castillan de Gayferos qui mérite une attention particulière ; car si Aye d'Avignon, la Comtesse de Ponthieu, le Roi Ramire et Moriana rappellent simplement FEscrivette par une affinité générale du thème, il y a entre FEscrivette et ce romance de Gayferos des ressemblances tellement précises, qu'elles impliquent l'étroite parenté des deux poèmes.
Des quatre romances du cycle carolingien consacrés au personnage épique de Gayferos (= Gaifier, duc d'Aquitaine de
1. Ce motif épique — l'homme réveillé par l'effusion des larmes d'une femme — se retrouve au moyen âge en des œuvres de langue diverse, par exemple dans la version norvégienne du Moniage Guillaume et dans le conte gallois de Gereint (Mabonigion, trad. Loth, II); il a passé encore dans la ballade hongroise de Molnâr Anna (Arany-Gyulai, Magyarnépkôltèsi Gyùjtemény, I). De la présence simultanée de ce même trait chez des auteurs castillan, Scandinave et celtique, notoirement soumis à l'influence de notre épopée, on peut inférer qu'il est d'origine française.
745 à 768) S le premier ni le quatrième ne nous importent en aucune façon. Le deuxième fait suite au premier; mais, quoique son thème n'ait rien de commun avec un rapt mauresque, il sied d'y relever certains détails épisodiques, précieux pour l'étude de VEscrivette. Selon ce romance, Gayferos et son oncle Roland partent pour Paris, habillés en pèlerins (cf. v. 19), mais leur épée cachée sous la robe. (L'objet de ce voyage est exposé tout au long dans le premier romance : Gayferos, encore enfant, a su que son parâtre Galvan avait tué son père et forcé sa mère à l'épouser, et il a juré, quand il serait en âge, de tirer vengeance du félon ; Galvan, instruit de ce dessein, a ordonné d'occire Gayferos ; mais, secrètement sauvé par les serviteurs qui devaient l'immoler, l'enfant, que l'on croit mort, s'est réfugié auprès de son oncle, auxiliaire futur au jour de la vengeance). Ce jour est arrivé. Les faux pèlerins se présentent au palais de Galvan; ils demandent l'aumône à la dame, c'est-à-dire à la mère de Gayferos. Elle refuse, alléguant la défense du cruel Galvan. « Qu'elle leur fasse la charité, insistent-ils, comme elle ferait à Gayferos, vivant, en son pays! » (cf. vv. 21 et 22). Émue à ce nom-là, elle leur fait servir du pain et du vin (cf. v. 27). Survient Galvan, qui la rudoie. Gayferos tire son épée, coupe la tête à Galvan, et se fait reconnaître de sa mère.
Le troisième romance, celui qui nous intéresse davantage, est le plus considérable à tous égards; en voici l'argument. Gayferos est l'époux de Mélisende (Melisenda = Bélissant), fille de l'empereur Charles ; et Mélisende a été enlevée par les Mores. Le héros paraît d'abord assez oublieux de sa femme ; mais, rappelé à son devoir par un propos piquant de l'Empereur, il prend les armes et le destrier de Roland et, sans vouloir de compagnon, part pour la Sassoigne, qui est le pays des Mores (!). Là, questionnant un esclave chrétien, il apprend que