J'aurai la Lindaflor, quand je saurais me tuer
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assez pénible \ cela présuppose les deux romances (deuxième et troisième de Gayferos) où chacun de ces thèmes est traité isolément. Aussi bien ne veut-on pas dire que le chansonnier d'oc se soit borné à traduire, ni même à imiter certaines pièces du romancero espagnol. Non seulement la facture rythmique lui appartient ; mais la combinaison d'éléments divers, l'agencement nouveau des circonstances, l'addition de maint détail inventé par lui ou emprunté çà et là (le mari de retour frappant à la porte de la maison vide, — l'enlèvement à la fontaine, — l'armement de la barque merveilleuse, — la rencontre des lavandières, — la visite des fugitifs au coffre et à l'écurie, — les invectives finales du Sarrasin joué, — l'idée surtout, qui est charmante, de ce pays si lointain que l'aile seule de l'hirondelle y peut atteindre), tout cela met à ses vers le sceau indéniable de la création poétique.
La muse populaire n'a rien produit dans le midi de la France qui égalât VEscrivette en renommée, non plus qu'en valeur esthétique. Mistral nous apprend, au chant XI de son Calendal, que les faïenciers provençaux du dernier siècle peignaient sur la vaisselle de table l'histoire de l'Escrivette et du More sarrasin : forme fragile, mais signe certain de la gloire. Et ce n'est pas sans raison que M. Roque-Ferrier élève ce poème à la dignité d'une sorte de chant national des populations méditer-
1 . Quand Gayferos, partant pour Paris afin d'y surprendre et d'y tuer son beau-père, se déguise d'abord en pèlerin et cache une épée sous sa robe, il il ne fait rien là que de naturel. Mais que le mari de l'Escrivette, arrivé au pays more, y trouve à point nommé des habits de pèlerin, et que l'idée de ce travestissement lui soit suggérée par des lavandières indigènes, c'est une conception quelque peu bizarre.
ranéennes de Catalogne, de Languedoc et de Provence l. Si la beauté propre de VEscrivette a de quoi justifier cette grande fortune, il convient aussi de faire au milieu historique où elle s'est développée une large part. Depuis l'époque de Charles Martel jusqu'au seuil des temps modernes, les rivages romans de la Méditerranée furent le théâtre de la piraterie musulmane; pendant dix siècles les écumeurs de mer turcs, arabes ou barbaresques ne cessèrent d'infester ces bords, ravageant les terres, pillant les bourgs, enlevant les garçons et les femmes. Un édit de Louis XI, daté de 1468, constate à propos du littoral de Frontignan que, « pour que les pirates, larrons de mer, qui souventes fois font descentes sur lesdits voisinages, prenoient les laboureurs cultivant lesdites terres, les emmenoient, rançonnoient et faisoient plusieurs maux et dommages, lesdits habitants ont cessé de labourer lesdites terres ». Au commencement du xvne siècle, il y a une curieuse lettre de saint Vincent de Paul à un avocat de Dax, racontant comme quoi, dans la traversée de Marseille à Narbonne, il fut pris par des pirates turcs, vendu à un pêcheur, puis à un alchimiste, enfin à un renégat, qu'il convertit et avec lequel il put, l'an 1607, retourner en France. Un procès-verbal, signé par les consuls de Montpellier et conservé aux archives de cette ville, atteste l'arrivée, au printemps de 1674, de cinquante-six Français, tirés par les religieux de la Merci des mains des musulmans d'Afrique, moyennant une rançon de sept cents livres par tête. Ainsi le rapt de l'Escrivette devait avoir, en ce pays, la saveur d'une chose vécue. Ce n'est pas seulement une fable amusante que le peuple aimait dans cette aventure, mais bien la commémoraison d'une série de drames réels, où sa vie même était mêlée ; et sans doute que l'émotion d'un souvenir véridique ou d'une
1. Roqtje-Ferrier, Bibliographie, dans la Revue des Langues romanes de janvier 1883. Plusieurs des renseignements qui suivent sont empruntés à l'article bibliographique de M. R.
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terreur présente avivait, pour plus d'une chanteuse, le pathétique de la fiction.
Outre sa diffusion en Catalogne et en Piémont, VEscrivette a passé aussi à d'autres idiomes. D'après quelque version d'un groupe languedocien (d.Brive, Cat.A,F,etc), propagée le long de le côte gasconne, un Armoricain composa le gwerz des Sarrasins, publié par Luzel, Gwer^iou Brei^-I^el, II, où l'on retrouve l'Escrivette sous le nom de Louise : au reste, à part l'altération du début, le sens général y est assez bien conservé. Et l'an 1882, se trouvant à Montpellier pendant une fête du félibrige, un lettré de Roumanie, M. T. Iliescu, rima du texte montpelliérain de Roque-Fer rier, une jolie traduction en dialecte macédo-roumain1, non sans en rafraîchir et roumaniser un peu la couleur locale : l'héroïne est appelée « Dincea » (diminutif de Constance), « la fleur du monde » ; elle a été enlevée par « le sultan des Turcs », etc.
1. T. Iliescu, L'Escriveta, trad. en dialecte macédo-roumain, Montpellier, in-8, 1882.
CATALOGUE DES VERSIONS
Catalogne
Catalogne (if) : P. Briz, Cans. de la Terra, II, 1867. — Repr. par
Rolland, VI.
Catalogne A, B, C, D, E, F, G, H, I, J, : Milâ, Romancerillo catalan
(n° 12), 1882. — A repr. par Rolland, VI. Rouergue (R) : Chabaneau, Cantiques pop. sur sainte Madeleine, dans
hRev. des Langues romanes, XXIX, 1886, (version fragmentaire et
contaminée) l .
Urgel(lT) : Segura, Cans. catalanas aplegadas en la comarca d'Urgell,
1887. — Repr. par Rolland, VI.
France (oc et oïl)
Sermoyer (Ain) : Nyd, Pois. pop. de la France, I, mss. B. N., réd.
1854. — Publ. par Rolland, VI.
*Provence : Arbaud, Chants pop. de la Provence, I, 1862. — Repr.
par Rolland, VI.
1 . Quoique recueillie en France, je range sous cette rubrique la version rouergate, parce qu'elle se rattache immédiatement à la tradition catalane et diffère de tout le reste des versions françaises d'oc ou d'oïl.
Ste-Eulalie (Ardèche) : Smith, Romania, V, 1875. — Repr. par Rolland, VI.
*Panassac : ) Bladé, Poés. pop. de la Gascogne, I, 1881. — Repr.
*Nérac : j par Rolland, VI.
*Narbonne : Chabaneau, d'après Guibaud, Cantiques pop. sur sainte Madeleine, dans la Rev. des Langues romanes, XXIX, 1886. — Repr. par Rolland, VI.
*Belesta (Ariège) : Chabaneau, ibid., 1886. — Repr. par Rolland,
Préporché (Nièvre) : ) Rolland, d'après Millien, Rec. de Chans.
Montigny (id.) : ) pop., VI, 1890.
*Seilhac (Corrèze) : J. Roux, Écho de la Corre\e, n° 15, 1893 (version contaminée).
Lyonnais : P. de Saint- Victor, Rev. des Trad. pop., XIV, 1899.
Haute-Italie
Cuneo : Braggio, i" Canti pop. del Piemonte, 1889. Parme [fragm.] : Ferraro, Spigolat. di Canti pop. parmegiani, in Archiv. délie Trad. pop., 1889. — Repr. par Rolland, VI.
Les versions françaises, et partant les italiennes, n'étant que des dérivées incomplètes et altérées de la chanson catalane, il n'y a pas lieu de les employer dans l'établissement du texte. Ceiui-ci sera rédigé, comme il convient, en dialecte catalan.
FORMULE RYTHMIQUE
Chanson à danser. Vers de 14 syl. = 7 — |— 7, féminins, uniformément assonances en a -|~ atone. Chaque groupe de deux vers, suivi d'un refrain, forme couplet.
Dans les versions françaises et nord-italiennes, le vers est réduit à 12 syl. = 6 -\- 6 ; l'assonance en a a généralement persisté, mais est devenue masculine ; enfin, par la chute du refrain, la chanson s'est transformée en une complainte en distiques.
G. Doncieux. — Romancero populaire de la France, 10
TEXTE CRITIQUE
Martra 's lie va demati; dret a missa se n' anava ; Quan ixia de la sgley', passa a casa sa germana.
Dalt del cel, Dalt del cel tinguem posada,
Dalt del cel !
Ya 's pentina Magdalen' ab una pinta daurada. « Deu te guart, la Magdalen' !» — « Deu te guart, germana
[Martra ! »
— - « Em dirias, Magdalen', si bas anat a missa ancara ? »
— « No hi he anat, germana, nô, ni en tal cosa no pensava. »
— « Veshi, veshi, Magdalen', quedaras enamorada, Que 'n predica un jovenet, que fa la cara d'un angel. »
ï. a) U, K et F (...a sermô...); cf. A, B. — b) U, K (Q.. tornava d. sermô...); cf. B. La césure de ces vers, féminins, est nécessairement masculine : pourtant les mots « sgleya », et, plus bas, « Magdalena » figurent constamment à l'hémistiche. Il faudrait supposer des formes oxytoniques « sgley' » (où Va posttonique a été absorbé par le y), v Magdalen' » (analogue à notre « Madelon »).
Le refrain est donné par U, K\ aussi, avec une légère variante, par A et F.
2. a)C(M. se 'n p...), K(M. 's pentinava...). «Pentina» ni « pentinava », paroxytons, ne conviennent à l'hémistiche : je renverse la construction moyennant l'addition de la particule « ya » (cf. stroph. 11 et 21). — b) U.