‹ Le romancéro populaire de la FranceChapitre 82 sur 160 · Var.:... manger herbes etboire[de l']eau · texte numérisé non relu

Var.:... manger herbes etboire[de l']eau

Passés les sept ans, Madeleine s'en va chez elle; | comme elle était à mi-chemin, une fontaine a rencontré.

Avec l'eau de cette fontaine visage et mains s'est lavé : | « Ah ! mains, qui vous a vues et vous voit, comme vous êtes défigurées ! »

Lors elle entend une voix qui dit : « Madeleine, tu es en péché !» | — « Mon ange, s'il y a péché, pénitence me soit donnée ! »

— « Retourne, retourne sept ans de plus au désert de la montagne. » | Passé les quatorze ans, Madeleine a trépassé.

Les anges lui firent lumière, la Vierge l'ensevelit ; | et avec de grands cantiques, au ciel, au haut du ciel ils l'enlevèrent.

Il suffit de comparer à la forme catalane les versions d'oc et les nord-italiennes, toutes altérées rythmiquement et tronquées de la première moitié, pour s'assurer d'abord que la Pénitence de Marie-Madeleine a la Catalogne pour berceau. La légende mise en vers par le Catalan étant, comme on verra plus loin, en partie fondée sur un mystère français du xve siècle et sur un livre de spiritualité imprimé l'an 1502, il s'ensuit que son œuvre est postérieure au commencement du xvie siècle, mais non pas, je pense, de beaucoup d'années, la littérature catalane

de sainte Madeleine ayant principalement fleuri durant la seconde moitié du xve siècle l.

Marie de Magdala, confondue, selon la tradition de l'Église latine, avec Marie de Béthanie, sœur de Marthe et de Lazare, et avec la pécheresse innomée de Naïm, devint de bonne heure pour la chrétienté le type le plus expressif de la sainteté péni tente; et sa légende, humaine autant que pittoresque, ne pouvait manquer d'enrichir quelque jour le répertoire lyrique du peuple. L'originalité du rimeur populaire se manifeste par la couleur locale qu'il impose au sujet traditionnel, par l'outrance ingénue de ses simplifications et de ses raccourcis, par cette façon fantasque qu'il a de jouer avec les lois de l'espace et du temps ; mais que lui-même ait peu de part soit dans la création du thème, soit dans l'invention des épisodes, c'est ce que vérifie pleinement la Pénitence de Madeleine : car des éléments variés où l'analyse résout cette chanson, très riche de faits, il ne s'en trouve point qui ne soit emprunté à quelque tradition préexistante, issue d'ailleurs de la littérature écrite.

Le motif central du poème est évidemment la scène du repas de Naïm, telle qu'elle est relatée en l'évangile de Luc (vi, 36 sq.). Jésus — transporté par l'auteur dans le milieu catalan — apparaît comme un beau jeune moine, qui vient prêcher, un dimanche matin, à l'église du bourg ; après la messe, un notable de l'endroit, Simon le Pharisien, l'invite à dîner; et tandis qu'il est à table, la pécheresse entre dans la salle et se prosterne à ses genoux. Selon l'évangile, cette femme porte un vase de parfum, et se met à parfumer les pieds de Jésus, tout en les baignant de ses larmes et les essuyant avec sa chevelure. Au vase de parfum, à l'onction proprement dite, le chansonnier ne fait aucune allusion : ce trait de mœurs orientales devait offrir peu de sens à l'esprit d'un villageois catalan; mais les

1. Voy. la liste des Pièces catalanes dressée par M. Chaban eau, Sainte Marie- Madeleine dans la Litt, provençale, Appendice, III (extrait de la Rev. des Langues romanes, 1884-87).

autres circonstances de cette action fameuse, — ces pleurs et ces cheveux de femme épandus sur les pieds divins — ont passé mot pour mot dans ses vers : aussi bien est-ce là une de ces choses à la fois simples et singulières, dont l'âme la plus naïve^ sans distinction de race et de temps, sentira toujours l'immuable beauté. A ces marques d'amour de la pécheresse, Jésus, dans l'évangile, répond en l'absolvant : « Tes péchés te sont remis... Va en paix! » Et comme, dans l'idée catholique, l'absolution appelle nécessairement la pénitence, le chansonnier rattache ici, sans transition, la légende de Madeleine au désert de la Sainte-Baume, lieu de pèlerinage encore fréquenté, où se fixa vers le xive siècle une fable de fabrication provençale. Cette fable tire son origine des Actes de Marthe et de Marie-Madeleine, soi-disant rédigés par un certain Syntique, leur compagnon, et que recopièrent indéfiniment les hagiographes du xme au xvie siècle. Dès le xie, la croyance s'était établie que les deux sœurs de Béthanie, accompagnées de plusieurs disciples du Seigneur^ avaient émigré en Judée, abordé à Marseille, et que là ces divers saints s'étaient partagé l'apostolat des Gaules. A cette donnée générale, le pseudo-Syntique ajoute des renseignements précis sur le séjour de Marthe et de Madeleine en Provence : tandis que celle-là, après avoir délivré Tarascon d'un monstre fantastique, se retire 'aux environs de cette ville, Madeleine s'en va passer trente années dans une solitude sauvage, quotidiennement visitée par les anges, qui à de certaines heures l'enlèvent dans les airs; et quand elle y trépasse, Marthe a la vision miraculeuse d'une troupe d'anges emportant l'âme de sa sœur au ciel. Tous ces traits sont visiblement empreints dans la romance catalane, sauf que l'auteur y a substitué à la pénitence trentenaire de la tradition écrite l le laps plus populaire de sept ans, qui est d'ailleurs celui que la légende assigne à la

1. On connaît les vers de la ballade de Villon contre Qui mal vouliroit au royaume de France :

Ou trente ans soit, comme la Magdeleine, Sans vestir drap de linge ne de laine.

retraite de Marthe. Quant au théâtre de cette pénitence illustre, encore indéterminé pour le rédacteur des Actes, un culte local le fixa bientôt entre Aix et Marseille, dans cette belle et abrupte caverne de la Sainte-Baume, qui semble un décor fait exprès pour une telle histoire : c'est là ce « désert de la montagne », où peut-être le chansonnier catalan, comme tant d'autres, a grimpé lui-même avec le bâton de pèlerin. Quant aux lieues de mer qui séparent la Palestine de la Provence, aux longs mois qu'il faudrait supposer entre le banquet de Naïm et l'émigration de Madeleine et des siens, laquelle eut lieu, selon la légende, un peu de temps après l'ascension du Christ, c'est de quoi le chansonnier ne s'inquiète guère. Pour lui, la pécheresse, confessée et absoute, n'a plus qu'à accomplir sa pénitence : Jésus relève Madeleine, elle se met en route sur l'heure, et va droit devant elle jusqu'à la Baume provençale.

Des deux épisodes extrêmes, qui mettent si joliment en relief la coquetterie de Madeleine, il n'y a pas de trace dans les anciennes vies de la sainte. Le premier est d'origine théâtrale : cette piquante et profane idée, de nous montrer Madeleine allant voir Jésus par une curiosité de coquette, rêvant de séduire le jeune prêcheur dont on lui a vanté la bonne mine, et finalement prise à son propre piège, apparaît pour la première fois dans la Passion de Jean Michel (xve siècle), lequel développe souvent les situations indiquées dans l'évangile avec un véritable instinct dramatique. Les sermonnaires à leur tour s'emparèrent de ce nouveau thème, et l'on en peut lire une curieuse amplification dans l'homélie sur sainte Madeleine du franciscain Menot ("f 15 18). Ainsi le chansonnier le pouvait connaître, ou par un sermon, ou par une représentation de mystère.

La rechute finale de Madeleine semble quelque chose de plus singulier; car nul texte hagiographique connu, qu'il s'agisse de Madeleine ou de toute autre pénitente, ne nous a rien conservé d'approchant. Toutefois, quelque bizarrement qu'il ait évolué, on peut, je crois, découvrir le germe initial de ce conte. Au début du xvie siècle, le dominicain Silvestre de Prière

publiait dans son Aurea Rosa (1502), d'après le soi-disant manuscrit d'un marchand de Toscane, les révélations du F. Elie, prétendument recueillies en 1370, à la Sainte-Baume, de la bouche de ce vieux moine moribond 1 : cet écrit, où l'on se proposait de narrer plusieurs particularités miraculeuses du séjour de Madeleine à la Baume, fut lu des gens de l'église, et fournit sans doute quelques traits aux homélies du temps. Or Madeleine, entre divers propos, raconte au visionnaire qu'un jour, ayant beaucoup pleuré, comme elle était allée se laver le visage à la fontaine de la grotte, Jésus lui apparut en son humanité, entouré d'une troupe d'anges, et lui adressa la parole : . . . Cum lavandi vultus gratta fontem petivissem, obviant mihi humana forma Jesum, me his verbis alloquentem, vidi... Circumsteterant cœlestes militix regem sunm. Ce passage est assez insignifiant; et l'on ne voit pas trop quel rapport il y a entre ce visage lavé à la fontaine et la présence de Jésus. Mais c'est le propre des esprits simples de chercher dans l'apposition fortuite de deux circonstances une relation de cause à effet. Supposé que la phrase de Silvestre de Prière soit arrivée, par quelque citation de sermonnaire, à l'oreille du chansonnier, celui-ci dut s'imaginer que l'apparition divine était provoquée par l'acte même de Marie-Madeleine ; et, par une méprise qu'on pourrait presque qualifier de trait de génie, il entendit que les paroles du Christ étaient des reproches, que la pénitente s'était lavé la figure — il y ajoute les mains — avec une complaisance toute charnelle, et qu'elle était ainsi retombée dans son péché. Cela posé, tout le reste s'ensuit naturellement, et l'exclamation dolente : « Ah ! mes pauvres mains d'autrefois, comme vous voilà défigurées ! », et le remords soudain, et la pénitence doublée. Cette charmante scène, et si fine en sa

1. Il est à peine besoin de dire que ni le F. Elie, ni le marchand toscan n'ont jamais existé : Silvestre de Prière, si l'on ne veut suspecter sa bonne foi, fut la dupe d'un faussaire.

naïveté, est justement le produit d'un contresens enté sur une anecdote fort banale.

La chanson ainsi composée par un Catalan passa en pays d'oc, où elle subit des modifications rythmiques et perdit ses premiers couplets ; et elle atteignit, sous cette forme, le Piémont. Enfin quelque morceau de version piémontaise fournit à un chanteur de la Haute-Italie, la matière d'une « oraison de Marie-Madeleine », petite cantilène en décasyllabes, recueillie une fois en Istrie(IvE, C. pop. istriani; repr. par Rolland, VI). Mandalena (Madeleine) la pécheresse habite un château d'or et d'argent, qu'elle a hérité de son père : c'est là qu'elle est aperçue par le bon Jésus qui passe. Toute honteuse, elle se cache dans l'intérieur. Simon l'interpelle. Elle se met à pleurer et lave de ses pleurs les pieds de Notre-Seigneur, puis les essuyé de ses tresses blondes. Vient ensuite sa pénitence, qu'elle choisit elle-même, sans attendre qu'on la lui impose : elle ira dans une grotte obscure, — dormira sur la terre nue, — mangera de l'herbe crue, — boira un peu d'eau jaunâtre. « Voilà finie l'oraison de Madeleine! »

- Sous le titre de la Samaritana, on trouve dans les recueils catalans (Milà, Romancerillo, n° 11. — Briz, Cans. de la Terra, II) une petite romance religieuse, inspirée du chapitre IV de l'évangile de Jean. De même que dans le récit canonique, Jésus rencontre auprès d'une fontaine (d'un puits) une femme de Samarie, et lui demande à boire. La femme s'excuse; mais n'entendant guère la réponse de timidité exquise, que l'évangile prête à cette femme : « Comment, toi qui es Juif, peux-tu me demander à boire ? car les juifs n'ont point de commerce avec ceux de Samarie », le chansonnier lui fait dire banalement que .« Peau du puits est basse et la corde trop courte ». Jésus alors se révèle à la Samaritaine comme un prophète, lui marquant tous les méfaits de sa vie : d'après Févangile elle a vécu suc-

cessivement avec six hommes, que le chansonnier réduit, selon l'usage populaire, au chiffre de trois; mais les « trois galants », au lieu de succéder l'un à l'autre, possèdent ensemble les faveurs de la Samaritaine. Toute troublée, celle-ci offre à boire à Jésus; mais lui : « Je ne veux pas d'eau, je veux ton âme! » (parole touchante, mais qui n'est pas dans l'évangile). Là-dessus, la femme s'en retourne à la maison, conte son aventure aux galants, pais vient derechef emplir ses seaux à la fontaine; là, se frappant la poitrine avec une pierre, elle implore son pardon; une voix d'en haut lui répond qu'elle est sauvée. Cette chanson est faite en vers de 10 syllabes = 5 -f- 5, mais précisément de même assonance (a féminin) que ceux de la chanson de Marier- Madeleine; l'hémistiche final « que n estas salvada» rappelle fort le demi-vers de Marie-Madeleine, « que ya estas perdonada » ; enfin il existe entre les deux femmes un rapport .évident de caractère et de situation. Pour toutes ces raisons, une confusion de l'un et de l'autre chant pouvait très naturellement se produire; et c'est aussi ce qui est arrivé, comme en témoigne la rédaction E de la Samaritaine dans Mila. Cette rédaction /se compose du texte normal de la Samaritaine, sur quoi trois vers de Marie- Madeleine, relatifs à sa pénitence septénaire, se sont venus greffer \ L'interpolation une fois posée, il est vraisemblable qu'elle s'est étendue,, en d'autres versions similaires, jusqu'à la mort de la sainte. Quant au nom de Madeleine, encore que E l'omette en sa finale, on supposera . volontiers qu'ailleurs il est demeuré intact et que, par suite, entre les deux noms juxtaposés et contradictoires, le plus expressif et le plus populaire a absorbé l'autre : en somme, on peut induire de E une pièce catalane où toute l'aventure de la Samaritaine était attribuée formellement à la Madeleine légendaire.

1. Cf. les strophes 17 et 19 du texte critique. — L'interpolateur n'a pas même pris la peine de modifier la mesure des vers rajoutés, de sorte qu'on passe sans transition d'une série de décasyllabes à des vers de 14 syllabes. ,

léo ROMANCERO POPULAIRE DE LA FRANCE

Or, c'est précisément à la chanson bâtarde ainsi définie que se réfère la vise de Maria- Magdalena, maintes fois recueillie dans les pays Scandinaves : Danemark (Grundtvig, Danmarhs garnie Folkeviser, n° 98, II, d'après une feuille volante du xvne ou xvme siècle. — Kristensen, Jyske Folkeviser, I. — Skattegraveren, I); îles Faerœ (Grundtvig, II, et ibid., en note); Norvège (Bugge, Garnie norske Folkeviser. — Grundtvig, III); Suède (Afzelius, I et IL — Arwidsson, I. — Grundtvig, II, en note. — Axelson, V ester dalarne. — Wigstrôm, Folkdiktning), et Finlande suédoise (Lagus, Nylândska Folkvisor, I) l .

Voici la traduction de cette vise, d'après l'ancienne feuille volante danoise, corrigée à l'aide des deux autres versions danoises et d'une faerœenne :

Une femme alla puiser de l'eau ; — Jésus mon Seigneur I — et Jésus 2 vint à la femme : — Marie-Madeleine !

« Écoute, Madeleine belle et fine, donne-moi à boire de ton broc. »

— « Je voudrais bien te donner à boire, si j'avais ici ma coupe d'argent. »

— « Si tu étais aussi pure que tu es née, alors je boirais dans ta main. »

La femme dit en jurant : « Je n'ai conscience d'aucun péché. »

— « Femme, femme, ne jure pas si fortement ! Tu as trois enfants dans la terre noire :

» Le premier de ton père, l'autre de ton frère, Le troisième de ton curé, et c'est là le plus grand péché. » La femme tomba aux genoux de Jésus : « Mon cher Jésus, confesse-moi ! »

— « Je ne puis te confesser autrement : pendant sept ans tu iras aux champs. -

" 1 . On a de plus un vestige d'une version islandaise, aujourd'hui perdue. — Les trois rédactions danoises, une faerœenne et une suédoise d' Afzelius sont reproduites, avec traduction française, par Rolland, VI.

2. Dans certaines versions Scandinaves, la personnalité divine a disparu, et l'interlocuteur de la pécheresse n'est plus qu' « un vieil homme ».

LA PÉNITENCE DE MARIE-MADELEINE l6l

« Tu n'auras pas d'autre nourriture que l'herbe où tu es assise ; « Tu n'auras pas d'autre boisson que la rosée qui tombe sur l'herbe. » l

Quand les sept ans furent passés, Jésus alla à la femme :

« Écoute, Madeleine belle et fine, comment est allé ton jeûne? »

— « Mon jeûne est allé ainsi : j'ai mangé ton pain et bu ton vin. »

— « Voici ce que je te donne pour ta patience : Tu serviras ma mère aux cieux ! »

L'ensemble de la vise est, on le voit, conforme au thème catalan, quelques variantes de détail exceptées. La femme à qui Jésus demande à boire, allègue pour excuse, non plus que la corde du puits est trop courte, mais qu'elle n'a point de vase. Ses péchés vont toujours par trois, mais monstrueusement aggravés, la triple fornication se compliquant d'inceste et d'infanticide. Au reste, arrivée à la finale (sept ans de pénitence au désert, — l'herbe pour nourriture et l'eau pour breuvage, — la visite de Jésus — le trépas de Madeleine et son assomption céleste), la vise se moule sur le poème catalan avec une parfaite exactitude.

La poésie populaire de Scandinavie rayonne largement sur toute l'Europe septentrionale ; aussi cette vise de Maria-Magdalena se retrouve-t-elle plus ou moins modifiée, dans la tradition finnoise, anglo-écossaise et slave. D'abord chantée en Finlande par les colons suédois, un poète indigène la fit passer dans l'idiome de sa race ; et nous possédons de cette imitation finnoise une version unique (publ. par Gottlund, Otava, II; de nouveau par Lônnrot, Kanteletar)2 , incomplète de la fin, mais des plus intéressantes par l'éloquence emportée du discours, le pittoresque des images et l'exotisme de la couleur locale. Madeleine est une finnoise superbe et parée, qui use le seuil du

i. Cf. la variante D de Mila : « ...menjar herbas y beure ayga. » 2. Reproduite, avec trad. française, par Rolland, VI.

G. Doncieux. — Romancero populaire de la France.

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bord de sa belle robe, qui use le plafond de sa couronne d'or; elle va puiser de l'eau avec un seau d'or ; Jésus vient la trouver, déguisé en berger carélien. Et Madeleine, soudain touchée de la grâce : « Fais de moi, lui dit-elle, ce que tu veux, une passerelle sur un marais, un bois pourri sur les vagues pour être le jouet des vents! un charbon dans le feu, un tison dans le brasier! etc.. »

La ballade anglo-écossaise, The Maid and ihe Palmer (la Fille et le Paumier), connue par une version et un fragment (Child, The engl. and scott. pop. Ballads, n° 21, I), se rattache à la forme de tradition Scandinave où le « vieil homme » a remplacé le personnage de Jésus : c'est, en effet, un vieux pèlerin qui rencontre à la fontaine la fille pécheresse, — innomée elle-même, et neuf fois infanticide; — et la bizarrerie des pénitences variées qu'il lui donne est d'une saveur tout à fait anglaise : « Tu seras sept années seuil de porte, sept années battant de cloche, sept années portière de l'enfer!... »

Mais entre toutes les dérivées de la vise Scandinave, la plus singulière est une chanson slave, recueillie, avec des variantes distinctives, chez les Tchèques de Silésie et de Moravie (Sembera, Zeilschrift d. bômischen Muséums, 1842. — Susil, Pisnë nârodné moravské, 1868), chez les Wendes de Lusace (Haupt-Schmalerx Volkslieder d. Wenden i. d. Lausit^, I, n° 290, et II, n° 197), et très abondante en Pologne (J. Karlowicz, communication écrite :). Non seulement ici la figure de Madeleine est tout à fait effacée ; mais les forfaits de la coupable, qui n'ont même plus le contrepoids du remords, l'entraînent tout droit en enfer; et c'est une réprouvée qui prend la place de la pénitente. Le Seigneur, accompagné de ses apôtres (leçon tchèque), ou un vieil homme (leçon wende) demande à boire à une femme, qui répond que l'eau n'est pas pure, car des feuilles l'ont troublée. — « Elle est plus pure que»

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