G. Paris. Les chants pop. du Piémont
2. Grégoire de Tours, Historia Francornm, liv. III, chap. 10.
G. Doncikux. — Romancero populaire de la France. 13
taines coïncidences de détails, dans le thème et dans le choix même des mots, qui sont au moins singulières : Clotilde, mariée longtemps après la mort de Clovis, le fut, comme la belle de la romance, par ses frères. Amalaric, d'après les Chroniques, frappait sa femme jusqu'à ce qu'elle teignît un mouchoir de son sang, et lui disait force « vilenies » ; le mari de la Maumariée la bat aussi jusqu'au sang et l'appelle « vilaine ». Enfin le meurtre du mari est décrit dans Grégoire de Tours et dans la chanson en termes presque identiques : ... « eum mortali ictu sauciavit » ; « le coup de la mort lui donne. »
Je ne sache pas d'histoire qui ait été plus souvent relatée par les chroniqueurs du moyen âge. Clotilde, maltraitée et persécutée pour sa religion catholique, fut citée constamment comme une martyre de la vraie foi, et ce sujet traité en chaire ou faisant l'objet de quelque homélie, qu'il provienne de Grégoire de Tours ou des moines de Saint-Denis, a pu donner à un auditeur le germe de la Maumariée vengée par ses frères.
Une autre chanson beaucoup plus récente (c'est une complainte en tercets monorimes de décasyllabes = 4 -|- 6) a été composée dans la France d'oïl sur le même thème : on n'en connaît que deux versions, l'une de provenance indéterminée,
réduite à quelques fragments, publiée dans le R , n°...,
1840; l'autre, incomplète, dans Mélusine, I, 435, 1878, et dont la finale a passé presque tout entière dans les versions piémontaises, précédemment citées, de la Maumariée vengée. Elle diffère de celles-ci, pour le fond, en deux points importants : d'abord le mari, non content d'insulter et de battre sa femme, lui a tué son enfant et s'apprête à la faire mourir ellemême ; en second lieu, la scène finale du meurtre est développée d'une autre façon : quand survient le frère vengeur, le mari cruel est caché, à toutes les questions de son frère la femme répond à haute voix par d'évasives et peu compromettantes
LA MAUMARIEE VENGEE PAR SES FRERES 195
paroles, tandis qu'à voix basse et par un signe elle révèle la vérité et indique finalement la cachette du misérable.
C'est d'une version inconnue de cette complainte que, dès le milieu du xvnT siècle, l'agréable et faible Moncrif1 a tiré une longue romance, décorée du titre de Les infortunes inouïes de tant belle, honnête et renommée comtesse de S aulx. On peut juger par le début> dans quel goût elle est composée :
Sensibles sœurs, je vais vous réciter,
Mais sans pleurer, las ! comment les conter ?
Les déplaisirs, les ennuis et les maux Qu'a tant soufferts la comtesse de Saulx.
Moncrif a gardé le décasyllabe de l'origine, et le divisant en couplets de deux vers, il n'a fait qu'en régulariser et affadir l'expression.