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G. Paris, Les Chants populaires du 'Piémont

le peu de gravité de leur faute, le genre de leur supplice sont conformes à la réalité de l'histoire. Quant aux divergences de détail, il n'y a rien d'étonnant à ce que les clercs de l'évêque de Laon, soient devenus dans le Parisis, des étudiants de Paris V, (unis de plus par les liens du sang) ni que le délit de chasse ait été remplacé par un méfait galant, auquel la gent écolière est plus particulièrement encline; enfin, si c'est sur la route de Pontoise qu'ils firent leur coup, et dans Pontoise qu'ils furent emprisonnés, jugés et condamnés, cela tient à une confusion très facile entre l'endroit où s'est passé l'événement et la ville où il est commémoré par une fondation expiatoire.

La ballade anglaise, The two Clerk's sons of Oxenford (les deux fils du clerc d'Oxford) publiée à 7 exemplaires par Child (Engl. a. Scott, pop. Ballads n° n) est une élaboration ultérieure des Ecoliers pendus de l'Ile-de-France. Les trois frères ne sont plus que deux; ils habitent Oxford, et ils vont étudiera Paris. Leur père leur adresse, avant le départ, de sages conseils et leur recommande principalement de se garder de la fréquentation des femmes. Aussi, dès leur arrivée, ils n'ont rien de plus pressé que de séduire les deux filles du maire qui, leur double grossesse dévoilée, avouent tout. Les coupables, découverts, sont mis aux fers, jugés et condamnés à être pendus. Leur père les vient visiter dans leur prison ; mais malgré son intercession et en dépit des tendres prières des filles du maire pour leurs amants, ceux-ci sont hissés à la potence. Le clerc revient à Oxford, où il annonce la catastrophe d'une façon

1. Et non pas des « Écoliers de Pontoise » comme on l'a imprimé à tort. Le chansonnier, quelqu'illettré qu'il fût, savait bien qu'on n'allait pas étudier à Pontoise : les jeunes gens punis sont des clercs de l'Université de Paris, dont le procès est fait à Pontoise, parce que c'est près de là qu'ils ont été pris.

vraiment macabre, disant à la pauvre mère que ses fils étudient maintenant à une école « supérieure ».

Le lied allemand Der Schloss in Osterreich (le Château en Autriche) ainsi intitulé à cause de son premier vers, et qui appartient sans doute à une chanson plus ancienne, n'a plus de rapport appréciable avec notre complainte, mais décèle, par endroits, une imitation de la ballade anglaise. Il ne s'agit plus d'un jeune homme accusé d'un attentat aux mœurs, mais emprisonné pour une chaîne qu'il a soi-disant volée à une dame. Comme dans la ballade anglaise, son père vient le voir dans sa prison, et il est finalement pendu. On trouvera une version de ce lied dans Erk {Die deutschen Volkslieder, II) et Bœhme.

CATALOGUE DES VERSIONS

France (oïl et oc)

Normandie : Bouchaud, Essai sur la poésie rythmique, 1763 ; de nouveau dans les Antiquités poétiques, etc., du même. — Repr. par Fréron, l'Année littéraire de 1764 ; dans YAlmanach de la Normandie pour 1846 ; par Amélie Bosquet, La Normandie romanesque et merveilleuse-, par Rathery, le Moniteur de 1853; par de Beaurepaire, Étude s. la Poésie pop. en Normandie ; par Nigra, Rivista contemporanea de 1858 ; par Le Héricher, Litt. pop. de la Normandie ; par de la Sicotière, Bulletin de la Soc. hist. et archéol. de l'Orne, I.

Caen : A. Le Flaguais (d'après Vaultier), Les Neustriennes, 2e éd., 1846 (version remaniée littérairement). — Repr. dans le Bulletin de la Soc. hist. et archéol. de F Orne.

Alençon : De la Sicotière, Poés. pop. de la France, II, mss. B. N., réd. vers 1853 r*

* Provence : Arbaud, Chans. pop. de la Provence, II, 1864.

Canada : Gagnon, Chans. pop. du Canada, 1865.

Auverné (Loire-Infre) : Pitre de Lisle, Rev. des Trad. pop., XII, r. 1874.

1. Cette version composite se résout en une série de variantes alençonnaises puisées à trois sources différentes.

Fontenay-le-Marmion : Legrand, Romania, X, r. 1876.

Ille-et- Vilaine : Decombe, Chans. pop. d'llle-et- Vilaine, 1884 (version avec variantes).

* Seilhac (Corrèze) : J. Roux, Écho de la Corre\e, n° 16, 1893 (version « restaurée ») r.

Montigny-aux-Amognes (Nièvre) : Millien, inédit, [s. d.], (version en prose, et fort abrégée).

Piémont

Montferrat : Ferraro, Canlipop. monferrini (n° 9), 1870.

A Sale-Castelnuovo, B Turin, C Valfenera, D La Morra : Nigra,

Canii pop. del Piemonte (n° 6), 1888. — A et B imprimés d'abord

dans la Rivista coniemporanea de 1858.

FORMULE RYTHMIQUE

Complainte. Quatrain d'octosyllabes, masculins, rimant deux par deux.

1 . On a, dès le premier vers de son texte, un exemple des « restaurations » de M. l'abbé Roux. Le chanteur de Seilhac lui fournissait l'expression « femme joli' », équivalente à la « dame gentil » de l'original : l'éditeur, mal satisfait du sens de ces mots, et alléguant que « joli' » n'est pas de bon limousin, écrit à la place : « femme de bien »(!)

TEXTE CRITIQUE

« Marianson, dame gentil, Où est allé votre mari ? »

— « Il y a bien sis mois et demi Que Renaud est dedans Paris. »

1. a) Fontenay, Normandie et Canada (... joli'), Alençon (id.), Mont ferrât (Mariana,...), Turin (... gentil); cf. Caen, etc. — « Gentil » au féminin, vestige de la 3e déclinaison latine des adjectifs : l'expression « gentil dame » ou « gentil femme » est courante au xvie siècle. — b) Normandie, Canada; cf. Ille-et-V., Auverné, Moncontour . — c) llle-et-V., Moncontour, Auverné (... s. ans e. d.). — d) Ille-et-V. et Moncontour (Q. Clergenton... à P.) ; cf. Normandie et Canada, Auverné; aussi, pour le dernier mot, Fontenay et Caen.

Le nom de « Marianson » est donné exactement par Fontenay, Normandie, Canada, Alençon et par toutes les versions piémontaises ; sous la forme équivalente « Mianson » (Mie, en oc, r= Marie), par Provence et Seilhac. La tmèsecc Marie Anson », adoptée par La Sicotière d'après la tradition alençonnaise, n'est pas admissible : Marianson est, en fait, une forme dérivée de Marianne, par l'intermédiaire d'un diminutif « Marianiche » , « Marianichon » (cf. les types analogues « Suzon », « Madelon », « Françon », « Fanchon »..., pour « Suzanne », « Madeleine », « Françoise », « [Stéjphanie ». Le nom du mari diffère selon les versions. Il est nommé « Renaud », dans Fontenay, Caen, et, au témoignage de La Sicotière, dans la tradition alençonnaise ; d'où, ce semble, par corruption, « Raimond » dans toutes les versions piémontaises. Il est devenu « Claris » dans Seilhac, « Clergenton » (=: Kergenton, nom d'une famille bretonne?) dans Ille-et-V., Moncontour, Auverné (ici, par une bévue du chanteur, « clerc Genton »). « Renaud » donné par la plupart des versions normandes et appuyé par les piémontaises, est d'autant plus probable, que ce nom, fort répandu dans la région du nord-ouest, y fut souvent appliqué aux héros de la poésie populaire (voy. précédemment le Roi Renaud, et plus loin la Blanche Biche et le Tueur de femmes.

2l8 ROMANCERO POPULAIRE DE LA FRANCE

— « Puisque Renaud n'est plus ici, Il vous faut faire un autre ami. »

— « Non, si longtemps que je vivrai, Autre que Renaud n'aimerai! »

— « Marianson, dame gentil, Prêtez-moi vos anneaus jolis, Prêtez-moi vos anneaus de doit, Que j'en fasse pareils pour moi.

« Je vous le jure sur ma foi, Personn' ne le saura que moi. »

Marianson, mal avisé', Ses trois anneaus lui a prêté.

2. a) Moncontour -f- Auverné ; cf. Ille-et-V. — b) Moncontour, Auverné, Ille-et-V. (Belle, il f.v). — c) Ille-et-V.; cf. Auverné. — d) Ille-et-V '. -{-Moncontour, Auverné. — Les versions piémontaises, tout en conservant le sens général de la strophe, l'ont refaite en un style plus violent : le galant vient « tourmenter » Marianson de ses poursuites, et Marianson déclare au galant qu'elle lui fera, s'il insiste, couper la tête. Normandie, Canada, aussi Provence ont laissé tomber la strophe, d'où il suit que toute l'histoire (emprunt, des anneaux, vengeance du traître) demeure inexpliquée. Enfin il y a une série de versions normandes (Fontenay, Caen, var. Alençon), qui n'ayant pas retenu l'entreprise galante du félon, inventent pour motiver la livraison des anneaux, une véritable histoire de brigands, lesquels dépouillent Marianson au coin d'un bois.

3. a) Normandie, Canada -f- Montf errât et Provence (gentil); cf. Seilhac,

— b) Normandie, Canada, Alençon, Provence -f- Fontenay (jolis); cf. Seilhac,

— c d) Ille-et-V.

4. a) Ille-et-V., Auverné (J. le j. dessus...). — b) Ille-et-V. c) Fontenay, Normandie ; cf. Provence, Montf errât. — d) Normandie, Provence (... an. d'or a pr.) ; cf. Mont ferrât.

Quand les anneaus el eut donnés, Chez l'argentier s'en est allé :

« Bonjour, bonjour, bel argentier, Pren-moi ces trois anneaus dorés.

« Je te les donne à mon coucher, Fais m'en pareils pour mon lever; Fais-les de la même façon Comme ceus de Marianson. »

Quand il tint les anneaus [dorés], Droit à Paris s'en est allé.

Qui trouva-t-il sur le pavé ?

Ce fut Renaud [tout] le premier.

5. a) Normandie -f- Ille-et-V. — b) Fontenay ; cf. Ille-et-V., Provence, Alençon, Moncontour, Montigny. — c) Ille-et-V., Caen (Salut, s., ...), Normandie (Bel arg. [bis]), Fontenay (Bel arg., fin arg.); cf. Moncontour, Auvernê, etc. — d) Fontenay -f- Ille-et-V. ; cf. Caen, Canada, Moncontour, Auvernè.

6. a) Alençon, Fontenay (J. vous...). — b) Fontenay -f- Alençon; cf. Caen, Provence, etc. — c) Ille-et-V.; cf. Moncontour, Auvernè; aussi Normandie, Canada, Provence. — d) Normandie, Canada, 'Provence, Montf errât ; cf. Moncontour et Auvernè, Ille-et-V., Montigny.

7. a) Normandie, Seilhac ; cf. Canada. Suppléez « dorés », qui manque ici, par comparaison avec le 4e vers de la str. 5. — b) Ille-et-V., Alençon, Seilhac (... devers P...); cf. Turin, etc. — c) Ille-et-V. -j- Caen. — d) Caen -\- Normandie, Canada; ci. Seilhac, Turin, etc.

« O, Dieu te gart ! franc chevalier ; Quels nouvelles m'as apporté ? »

— « Ta femme est accouché' d'un fils, De moi el a fait son ami. »

— « T'en as menti, franc chevalier, Ma femme m'est' fidèle assez ! »

— « Que tu le croi's ou le décroi's, Voilà les anneaus de ses doits. »

Quand il a vu la vérité, Contre la terre s'est jeté.

Il y fut trois jours et trois nuits, Sans boire, manger ni dormir.

8. a) Normandie, Canada (Ah! bonjour donc,...), Fontenay, (Bonjour, [bis]...); cf. Alençon, Seilhac. — b) Normandie et Canada (... m'as-t(u) ap.), Alençon (id.); cf. Caen, Provence. « Quels » au féminin : vestige de la 3e déclinaison latine des adjectifs (quales). — c) Fontenay, Caen (... a mis au monde, u. f.) ; cf. Provence, var. Ille-et-V. — d) Normandie; cf. Fontenay, Alençon, Caen, Provence, Turin, etc.

9. a) Fontenay ; Normandie et Canada (Tu as m...); cf. Caen, Seilhac. — — b) Fontenay, Canada, Alençon; cf. Normandie, Seilhac. — c) Seilhac -\- Canada; cf. Ille-et-V., Provence, Valjenerai La Morra. — d) Canada; cf. Normandie (En v. 1. an. dorés), Fontenay et Caen, Provence et Seilhac; Ille-et- V '., Auvernè, Valfenera, etc.

10. a) Normandie -f- Fontenay; cf. Auverne. — b) Normandie, Fontenay; cf. Caen, var. llle-et-V. — c) Normandie, Fontenay ; cf. Caen. — d) Normandie -f- Caen ; cf. Fontenay, Alençon.

Au bout des trois jours et trois nuits, Sur son cheval il remontit.

N'alloit pas comme homme de sens, Il allait comme poudre et vent.

Sa mère étoit sur les creneaus, Qui avisit de loin Renaud :

« Marianson, dame gentil, Voici venir votre mari.

« Il ne vient pas en homme aimé, Il vient en foudre courroucé. »

11. a) Normandie, Fontenay. — b) Caen (... remonta), Fontenay (... a remonté), Ille-et-V. (... est remonté), Normandie (...il a monté) + Alençon (... montit); cf. Auvernè. La forme « montit », fournie par Alençon est nécessaire pour la rime. — c) Fontenay ; cf. Caen (... h. sensé), Moncontour. — d) Fontenay ; cf. Alençon.

12. a) Normandie, Ille-et-V. -\- Fontenay (les châteaux); cf. Canada, Seilhac, Provence, Valjenera, etc. Normandie, ainsi que toutes les versions piémontaises, met en fin de vers « les balcons », Canada « les remparts », Fontenay « les châteaux ». Les deux premières leçons ne riment pas; la 3e qui rime bien (avec le Renaud du 2e vers) est d'un sens tout à fait défectueux, et qui répugne au contexte. La correction que j'adopte s'impose, autorisée qu'elle est par un vers identique emprunté à la ire strophe de la chanson du Roi Renaud : le rythme étant identique et la situation des deux Renaud analogue, le poète plus récent a, d'instinct, répété la formule du premier. — b) Normandie -j- Canada et Fontenay; cf. Seilhac, Turin, etc. — c) Alençon -f- Provence, Turin. — d) Alençon, Fontenay, Provence -f- Normandie; cf. Turin, Castelnuovo.

13. a) Normandie, Provence (... corne u. 0. a.) ; Fontenay (... en h. d'armée), Alençon (... e. h. aisé), Caen (... e. h. sensé). — b) Fontenay, Caen (Mais comme un f...) et Provence (Mai c. u. orne...); cf. Normandie, Seilhac,

— « Ma mère, montrez-lui son fils, Cela le pourra réjouir. »

« Or tien, Renaud, voilà ton fils !

Quel nom lui donras-tu, mon fils ? »

— « A l'enfant, je lui donne un nom, A la mère mauvais renom ! »

Il prent l'enfant par le maillot, Le jette contre le carreau.

Prent sa femme par les cheveus, A la queu' du cheval la neu\

Alençon, Auvernê, Canada. — c) Caeu, Fontenay et Alençon (... présentez- 1...), Canada (Ah! maman...), Normandie (M.-l. votre petit-fils); cf. Provence, Moncontour, Turin, etc. — d) Normandie; cf. Alençon, Canada, Provence, Turin, etc.

14. a) Alençon -\- Fontenay (Renaud) ; cf. Normandie. — b) Normandie; Canada et Alençon (... d.-t. à ton fils). — c) Canada -\- Fontenay; cf. Alençon, Caeu. Seule, la version refaite de Caeu porte négativement : « Cet enfant pas de nom n'aura », mais les trois autres donnent bien : « je lui donne ou donnerai un nom ». Entendez que Renaud donne à l'enfant le nom de bâtard. — d) Fontenay, Canada; cf. Caeu, qui refait(!) le vers en cette sorte : « La mère a trop mauvais renom. 0

1 5 . a) llle-eU V. (Il prend), Fontenay et Alençon (Il prit) -f- Canada, Normandie; cf. Moncontour, Caeu, Seilhac, Turin, etc. — b) Fontenay, Alençon, Ille-et-V. -f- Normandie 'et Caen (le carreau); cf. Canada, Moncontour, Turin, etc. — c) Ille-et-V ., Auverné (A pris...), Normandie et Fontenay (...la mère...); cf. Moncontour, Caen, Seilhac. — d) ille-et-V., Moncontour, Auverne, Fontenay -j- Provence, Valfenera, etc. (du chev.) ; cf. Seilhac, Alençon, La Morra.

Depuis les portes de Paris Jusqu'aus portes de Saint-Denis, N'y avoit brousse ni buisson Que n'eût sang de Marianson.

« Renaud, Renaud, mon dous ami, Pour Dieu ! arrêtons-nous ici ! »

— « N'est pas pour toi, franche putain, Cest pour mon cheval qui a faim ! »

« Dis-moi, [dis-moi], franche putain, Où sont les anneaus de tes mains ? »

•16. a) Alençon, Caen, Fontenay (Dep. Paris); cf. Iîle-et-V., Auvernë, Moucontour (dans Paris). — b) Alençon et Caen ; Fontenay (J. à la Seine de S.-D = plaine de S.-D?). — c) Fontenay, Alençon, Normandie -j- Ille-et-V. (brousse) ; cf. Caen, Provence, Turin, etc. — d) Normandie, Alençon, Caen, Fontenay (... du s...) ; cf. Provence, Turin, etc.

Les vers ah, dont le texte paraît d'ailleurs suffisamment établi, ne vont pas sans difficulté. De la strophe I (Renaud, parti pour Paris, est absent depuis plus de six mois), il appert que son château est notablement distant de la capitale : or, Marianson ayant été attachée à la queue du cheval sous les murs mêmes du château, nous la voyons maintenant traînée entre Paris et Saint-Denis. Quoi qu'on doive passer en fait d'hyperbole à la poésie populaire, celle-ci a de quoi étonner.

17. a) Caen, Fontenay (M. beau R.,...), Alençon (M. bel ami,...). — b) Alençon -\- Fontenay; cf. Ille-et-V., Caen. — c) Alençon. — d) Alençon, Fontenay (... q. est lassé) ; cf. Caen.

18. a) Fontenay, Seilhac -\- Alençon; cf. Normandie. La leçon de Fontenay et Normandie ( « franche ou rusée catin ») est évidemment un euphémisme, substitué par les chanteurs ou les rédacteurs au mot tout franc que la version alençonnaise a gardé à lastr. 17. — b) Normandie (... vos m.), Canada (... tes doigts); cf. Alençon, Fontenay, Caen; Moncontour, Auverné.

— « Sont dans le coffre au pié du lit. Voilà la clé pour les quérir. »

— « Marianson, dame gentil, Pourquoi ne me l'as-tu pas dit? »

— « Renaud, Renaud, mon dous ami, M'en avez-vous donné loisir ? »

— « N'est-il barbier ni médecin, Qui puisse mettre ton cors sain ? »

— « Il n'est barbier ni médecin Qui puisse mettre mon cors sain. »

c) Canada, Moncontour (... de mon 1.), Ille-et-V. (... de mon cof.); cf. Provence, Valfe nera, etc. — d) Ilîe-et-V. , Anverné, Moncontour (Tenez,... allez...); cf. Provence, Fontenay, Turin, etc.

En c à, une variante alençonnaise (que le remanieur de Caen a amplifiée et modifiée de façon à la faire cadrer avec le contexte) prête à Marianson cette réponse d'une horreur tragique :

« Ils sont là-bas, dans ces verts prés Où mes deux bras sont demeurés. »

La leçon est belle, mais évidemment étrangère à l'original ; car elle suppose les anneaux actuellement aux mains de Marianson, ce qui ôterait toute vraisemblance à la jalousie de Renaud.

19. a b) Alençon -f- Fontenay, Turin, etc. (gentil, aux strophes précéd.) ; cf. Caen. — c d) Alençon -\- Caen.

20. a b) Normandie (... t. c. en s.); cf. Canada, Moncontour, Alençon, Turin, etc. — c d) Normandie (... m. c. en s.); cf. Ille-et-V., Alençon. — La locution « mettre en sain » (= mettre en santé), outre qu'elle fausse les vers b et d n'est autorisée par aucun exemple ; il faut supprimer la préposition en et écrire simplement « mettre ton ou mon corps sain », cet emploi du verbe « mettre » suivi d'un adjectif étant tout à fait populaire.

— « Marianson, dame gentil, Que te faut-il pour te guérir ? »

— « Ne faut qu'une aiguille et du fil, Et un drap pour m'ensevelir. »

— « Marianson, dame gentil, Pardonnez à votre mari ! »

— « Oui, ma mort lui est pardonné ', Mais non celle du nouveau-né ! »

21. a) Fontenay, Montferrat, Canada (... joli'). — b) Fontenay ; cf. Provence, Canada, Turin, etc. — c d) Normandie, Alençon, Ille-et-V. (Il f...), Fontenay (Il me f... Un beau dr...); cf. Caen, Canada.

22. a) Canada, Alençon, Seilhac -f- Fontenay, Turin, etc. (gentil, aux strophes précéd.). — b) Alençon, Fontenay (A v. m. p. -lui) ; cf. Canada, Caen, Seilhac. — c) Canada -f- Alençon ; et. Fontenay et Caen. — d) Alençon, Canada, Fontenay et Caen (... d. petit-né).

Alençon et Fontenay ajoutent ce vers, qui ne peut tenir dans le quatrain :

Qu'est mort sans être baptisé.

Provence et les versions piémontaises ne parlent point de pardon, et compliquent le "dénouement parle suicide du mari, qui se perce de son épée; selon Fontenay, il se brûle avec un tison et meurt deux heures après sa victime : interpolations manifestes.

D'autres versions insèrent mal à propos un épisode qui remplit plusieurs vers ; la mourante demande à se confesser : Renaud s'habille en cordelier, et entend ainsi la confession de sa femme et par conséquent sa justification. Ce moyen épique, fréquent chez les anciens trouvères ne se trouve dans la chanson que par une interpolation évidente.

Une chose qui ne peut manquer de frapper le lecteur de cette belle complainte, c'est son air de famille avec celle du Roi Renaud : indépendamment de la similitude du rythme , de l'identité de nom du personnage principal, de la strophe 12 de

G. Doncieux. — Romancero populaiie de la France. 15

Marianson qui reproduit trait pour trait, les strophes i et 2 du Roi Renaud, il faut admirer de part et d'autre le même accent dramatique du dialogue, la même véhémence de souffle, la même intensité de coloris; si bien que l'on dirait presque deux chefsd'œuvre jumeaux sortis d'une même tête. Mais il ne faut pas, je crois, toute spécieuse qu'elle soit, que l'on s'arrête à cette idée. Si l'auteur du Roi Renaud avait fait aussi les Anneaux de Marianson, il ne se fût pas imité lui-même à ce point; il eût choisi un autre nom que « Renaud » pour le mari de Marianson, et les mères des deux chevaliers n'auraient pas, pour voir venir leurs fils, monté d'un pas si pareil aux créneaux de la tour seigneuriale. Ce qui est infiniment probable, c'est que le chantre de Marianson, voisin par le temps et par le lieu de celui du Roi Renaud, savait par cœur l'œuvre de son devancier dont il subit, à son insu ou de parti pris, l'influence. Le foyer commun des deux complaintes est la région du Nord-Ouest; l'auteur du Roi Renaud qui travaillait sur un gwerz armoricain, vivait certainement aux confins des Bretagnes celtique et française; celui de Marianson semble plutôt natif de la Normandie, où sa chanson s'est plus profondément implantée et plus purement conservée que partout ailleurs : il devait être, en tout cas, un peu postérieur au xvie siècle.

Le thème fondamental de Marianson est de ceux qui ont fait la plus ample fortune dans les littératures du moyen âge. On peut le définir : la femme innocente dénoncée comme adultère à un mari jaloux, par un séducteur dont elle a repoussé les avances. Les faits que celui-ci rapporte ne sont que des apparences : le mari, cependant, croit à l'accusation, car, comme le dit Jago, ce grand maître de la trahison, « des bagatelles aussi légères que l'air sont pour les esprits jaloux des preuves aussi dignes de foi que les paroles de l'Évangile », et selon son humeur plus ou moins cruelle, il répudie, emprisonne, torture ou veut occire la malheureuse qu'il juge criminelle. La plupart du temps, l'aventure tourne bien; l'innocence de la victime qui a échappé au trépas ou survécu à ses tourments, éclate enfin à la confu-

sion du traître, et l'épouse reprend sa place auprès de son seigneur désabusé et repentant.

Tel est le sujet d'une multitude d'ouvrages en vers ou en prose, écrits au cours de plusieurs siècles dans toutes les langues de l'Europe, et dont l'analyse et le classement ont fait l'objet d'un travail fort complet de M. Mussafia qui les répartit, selon leurs affinités, en cinq familles ayant pour souche commune un conte arabe des Mille et une nuits. Outre le dénouement dont le détail est fort variable, ces familles diffèrent surtout entre elles par le choix du complice que le traître impute à sa victime soi-disant infidèle. Tantôt le prétendu coupable est quelque seigneur rival qu'il enveloppe ainsi dans la vengeance du mari outragé ; tantôt c'est un homme vil, un esclave, qu'il force alors de se coucher aux côtés de la femme endormie, et faisant entrer le mari dans la chambre, il lui met son déshonneur sous les yeux. Mais dans le groupe des œuvres qui se rapprochent le plus de notre chanson, le traître, pour comble d'audace, ne va pas chercher ailleurs le complice de celle qu'il veut perdre, il se dénonce soi-même et étale au mari les preuves apparentes de l'outrage qu'il lui a fait. Cet excès de cynisme s'explique généralement par une gageure étrange : le mari vantant très haut l'impeccable vertu et la beauté sans pareille de sa femme, le séducteur se faisant fort de la posséder en un tour de main. Le pari, accepté par l'époux, est perdu naturellement par le séducteur, mais qui se vante de l'avoir gagné et invoque divers indices à l'appui de son dire : c'est un signe découvert sur le corps de la femme, ou c'est un bijou favori dérobé ou obtenu par ruse.

Voici le drame résumé de Cymbéline, qui représente la dernière élaboration du sujet de cette famille.

Pareille gageure a été faite à Rome, entre Léonatus et l'Italien Jachenio, au sujet de la chaste Imogène, femme de Léonatus et fille du roi breton Cymbéline. Jachenio passe en Grande- Bretagne afin de tenter la chance; mais rebuté par la sage épouse, il s'introduit par ruse dans son appartement, l'observe

pendant son sommeil, remarque un signe qu'elle a sur la gorge, lui prend le bracelet qu'elle porte constamment en souvenir de Léonatus, et revient se vanter à celui-ci de la nuit qu'il a passée près d'Imogène, du signe que ses yeux ont vu et du bracelet qu'on lui a donné. Crédule à ces preuves, Léonatus, hors de lui, mande à son serviteur l'ordre de tuer Imogène; cet ordre, par bonheur, n'est pas exécuté. Après des péripéties compliquées qui aboutissent à une grande bataille entre les Bretons de Cymbéline et les Romains envahisseurs, Imogène déguisée en page, Léonatus et Jachenio, tous prisonniers de guerre, sont amenés devant Cymbéline. Ils se reconnaissent; Jachenio confesse son crime que Léonatus pardonne généreusement, et les deux époux tombent dans les bras l'un de l'autre.

Le prologue de la gageure manque dans la chanson de Marianson, et isolée ainsi de cette circonstance, la bravade mensongère du traître apparaît comme la plus monstrueuse insulte que puisse inventer un scélérat ; je ne la tiens certes pas pour invraisemblable, et ne doute pas que chez certaines natures brutales et haineuses, la rage du désir inassouvi et de l'orgueil humilié ne puisse emporter jusque là. Pour le reste, la situation est très analogue. Les anneaux d'or de Marianson rappellent fort le bracelet d'Imogène : c'est d'ailleurs un lieu commun de la tradition populaire que des bagues perdues ou volées excitant les soupçons d'un mari jaloux. Mais au prix des fureurs de Renaud, Léonatus passerait pour une âme froide. Quand Renaud aperçoit les anneaux de Marianson aux doigts du félon séducteur on croit assister aux transports d'Othello découvrant le mouchoir de Desdémone dans la main de Cassio : « Le mouchoir ! Il avoue. — Le mouchoir! qu'il avoue tout et qu'il meure!

Non, qu'il meure d'abord ! Ah ! est-il possible ? Il

avoue ! le mouchoir ! oh démon ! »

Ainsi, avec l'hyperbole populaire en plus, Renaud, hagard, se roule par terre et y demeure trois jours et trois nuits. Mais ici ce n'est plus l'épilogue heureux de Cymbéline et de la plupart des poèmes : après la mort de son enfant assommé par son

père sur le sol, Marianson meurt elle-même d'une mort terrible; et, pour le genre de cette mort, le poète n'a rien eu à inventer: traîner une femme à la queue d'un cheval indompté était un supplice usité chez les peuples barbares du Nord; c'est ainsi que le fils de Frédégonde fit périr la vieille reine Brunehaut et l'on verra plus loin un chant danois où, pour ses maléfices, une sorcière est vouée au même châtiment.

La chanson de Marianson a joui, dans tout l'Ouest, d'une popularité égale à son mérite et qui s'est attestée de deux manières.

Premièrement, des rimeurs en ont essayé des imitations littéraires(?). Sans parler de Le Flaguais qui a inséré dans ses Neustriennes en la gâtant de ses retouches, sous prétexte de la régulariser, une version alençonnaise du chant populaire, il y a lieu de citer trois poèmes sur ce même sujet.

Le premier, vers la fin du xvme siècle, intitulé Adélaïde et Ferdinand ou les Trois anneaux1, longue pièce en octosyllabes, et d'un style troubadour que l'on pourra juger d'après cette citation des strophes du début et de la fin :

Jadis, vers l'antique Neustrie, Adélaïde et Ferdinand Payaient à leur chère patrie Le tribut d'un amour constant.

i. Cette romance a eu, hors de France, une assez amusante destinée. Le savant Hoffmann von Fallersbeben, qui avait le goût et l'habitude des chants traditionnels, l'entendit un jour, la retint et s'avisa d'en composer en sa langue, un lied à la manière populaire, en se réservant de spécifier plus tard les circonstances où il l'avait recueilli. Un critique avisé n'aurait pas eu de peine à déceler le faux ; cependant les folk-loristes l'acceptèrent sans hésiter et n'en firent point de doute; le lied fut cité dans les recueils jusqu'à ce que, vingt ans après, Hoffmann avouât de lui-même sa mystification que rappelle, dans des proportions superbement amplifiées, la Gu%la pseudo-bulgare de

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