‹ Le romancéro populaire de la FranceChapitre 96 sur 160 · D'après B · texte numérisé non relu

D'après B

naissable, comme l'on peut en juger par ces six couplets empruntés au texte de Grundtvig :

Et [sire Pierre] se rendit à la Roseraie : la petite biche joua devant son chien.

La petite biche joua à ses pieds, il oublia de la laisser aller.

Il épaula son fusil, et ainsi il tua la petite biche.

Sire Pierre ôta ses gantelets, et se mit à dépouiller la biche.

Il dépouilla jusqu'à la nuque de la biche, et il y trouva les cheveux bouclés de sa sœur.

Il dépouilla jusqu'au flanc de la biche, et il y trouva les mains si blanches de sa sœur.

Mais à partir de ce vers, un interpolateur danois a soudé un dénouement compliqué, emprunté à divers thèmes magiques, La biche, bien que dépouillée, se met à parler à Pierre et lui conte comme quoi, par les méchants artifices de sa marâtre, qui est fée, elle a été successivement métamorphosée en ciseaux, en épée, en lièvre, enfin en biche : elle ne doit reprendre sa forme humaine, qu'après avoir bu du sang de son frère. Pierre aussitôt se coupe aux cinq doigts, et le sang avalé, la biche ressuscite.

On en a signalé aussi un vestige dans la poésie populaire d'Ecosse. Child, n° 15, I, donne sous le titre de Leesome Brand, une ballade imitée d'une vise Scandinave, et qui n'a pas de rapport avec les données de la Fille-biche (il s'agit d'un couple d'amants fugitifs, la femme qui meurt en couches, l'homme qui se tue) : or, suivant la rédaction de cette ballade (28e couplet) la femme fait à son époux cette recommandation :

Prenez garde de ne pas toucher à la blanche biche, Car elle est de l'espèce femme.

Ce couplet, sans liaison avec le contexte, et qui paraît s'être

G. Doncieux. — Romancero populaire de la France. 16

implanté là par une association d'idées fortuite, répond assez bien au 4e vers de la vise suédoise :

Mais la jolie biche, laisse-la aller.

En somme, malgré les différences de thème qui existent entre la Vierge enchantée suédoise, et la 'Blanche ""Biche française, il y a tout lieu de croire que le chansonnier breton tenait tous les éléments de son œuvre de la tradition Scandinave : quant à la migration d'un chant de cette langue, vers les côtes de Bretagne, c'est là un fait normal et dont nous retrouvons d'autres exemples; les populations maritimes n'échangentelles pas leurs richesses poétiques avec la même facilité qu'elles font leurs autres produits, et n'est-ce point un merveilleux véhicule pour la chanson que les fleuves et la mer ?

CATALOGUE DES VERSIONS

France (oïl et oc)

Ossau : Mazure, Histoire du Béarn, 1839 (trad. franc, d'un texte

dialectal).

Indéterminé 1 : De La Landelle, Les Fêtes à bord, dans le Prisme,

1841. — Repr. par Rathery dans le Moniteur, 1853. Indét. 2 : Clairville, Méridien, comédie-vaudeville, 1852.

— Version identique donnée comme dieppoise, dans les Poés. pop. de la France, III, mss. B. N., réd. 1855.

Loudéac (C.-du-N.) : Rousselot, Poés. pop. de la France, III, mss.

B. N., r. 1855. — Publ. dans Mélusine, IL Blanc (Creuse) : Ibid., III, r. 1855.

Vendée : Ibid. [s. d.].

Bretagne 1 : Le Journal des Enfants, 1861, repr. par Rolland, I. * Provence : Arbaud, Chants pop. de la Provence, I, 1862 (version

avec variantes).

— Version presque identique dans les Poés. pop. de la France, III, mss. B. N., r. 1855.

Champagne ' : C. Marelle, Bibliothèque univ. et Rev. suisse, LV,

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