‹ Le romancier du Grand CondéChapitre 4 sur 7 · III. — LA VERTU DE SÉVÉRITÉ · texte numérisé non relu

III. — LA VERTU DE SÉVÉRITÉ

L'amour masculin n'a aucun caractère d'originalité dans l'œuvre de La Calprenède qui continue très fidèlement sur ce point la tradition romanesque. Au contraire ses amoureuses se distinguent de celles que peignirent Urfé, Gomberville ou Saint-Sorlin par une attitude assez particulière de dignité et de réserve fière, qu'il caractérise le plus souvent par un mot significatif, celui de (( sévérité ». Nous commencerons d'en pénétrer le sens exact en écoutant la conversation qui se déroule, au premier livre de la onzième partie de Cléopâtre, entre l'aimable frère du perfide Tibère, Caïus Drusus, et le poète Ovide, sur la conduite qu'il sied aux filles bien nées de tenir en matière d'amour et sur les menues faveurs ou encouragements dont elles sont en droit de gratifier leur chevalier servant. Au cours de ce tournoi oratoire, Ovide soutiendra la thèse courtoise pure, celle qu'on vit s'établir, — en partie sous son influence, mais à notre avis sous celle de Platon principalement, — chez les troubadours provençaux du Xf siècle, puis se vulgariser davantage au siècle suivant par l'intermédiaire du roman arthurien de chevalerie.

(( J'avoue, expose d'abord Caïus Drusus, que j'ai {( sujet d'être satisfait de ma fortune auprès de la (( belle Antonia (fille d'Antoine et nièce d'Auguste, (( comme nous l'avons dit) . Je m'en rendrais indigne (( si je ne reconnaissais que cette fortune est au-dessus (( de mon mérite et de mes espérances. La princesse (( Antonia souffre, par la volonté Jes personnes aux- (( quelles elle est soumise, que j'aie l'honneur de la

(( servir et elle me permet même d'espérer qu'elle ne (( s'opposera pas à ma dernière félicité quand ces perce sonnes en auront ordonné de la sorte. Mais je dois (( certainement cette gloire à l'obéissance à laquelle (( elle se croit engagée par sa vertu sans qu aucune (( pensée favorable y ait jamais eu de part ; et, <( comme elle souffre sans répugnance les intentions (( d'Octavie en ma faveur, je suis assuré que, si ma (( fortune changeait dans l'esprit de la princesse sa (( mère, elle recevrait d'elle, sans aucune douleur^ le (( commandement de ne me voir plus et y obéirait (( sans aucune peine. De plus, je puis dire que je n'ai « jamais ouï de sa bouche aucune de ces paroles par (( lesquelles la tendresse d'un cœur se peut exprimer, (( ni reçu aucune de ces faveurs par lesquelles l'espèce rance d'un amant se peut entretenir : je dis même <( de ces légères condescendances que la plus grande (( sévérité se peut accorder. Et, avec tout cela, je ne (( me plains point de ma condition, car nous devons (( recevoir les petits présents des personnes avares (( avec plus de reconnaissance que les profusions des <( prodigues ! » Cette esquisse marque l'extrême de la sévérité vertueuse dans les filles d'une aristocratie qui accepte franchement les strictes disciplines indispensables au maintien de son privilège social. Mais nous verrons qu'une telle vertu connaît des degrés plus adoucis en d'autres princesses, moins totalement déf>ourvues de (( sensibilité » à la mode du XVIIl' siècle.

Après la profession de foi de Drusus, le jeune et beau Ptolomée, frère cadet de Cléopâtre — dont nous avons dit qu'il tient avec gentillesse et modération le rôle dont l'inconstant Hylas avait fixé les normes dans

YAstrée, — Ptolomée proclame une pareille résignation conforme à la sagesse et à la vertu certes; il s'assure même que les belles princesses présentes à l'entretien, et siégeant pour ainsi dire en cour d'amour, accorderont une entière approbation au fils de l'impératrice Livie ! Mais, poursuit-il, en dévoilant soudain son dessein de protestation et de riposte, mais c'est parce qu'on leur a gâté l'esprit de bonne heure en leur inculquant de trop rigides maximes. Pour sa part, il préfère une vertu tempérée d'un peu de douceur à ces perfections trop farouches qu'on ne saurait apprivoiser ni toucher, et il adjure Ovide de lui prêter le soutien de son autorité bien établie en matière galante. L'auteur de L'Art d'aimer prend alors la parole à son tour. Il se déclare persuadé, lui aussi, que les princesses qui honorent ce débat de leur présence pencheront au parti de Drusus. Et le poète a prévu juste, car il se verra bientôt traité assez brusquement par l'une d'entre elles pour l'opinion qu'il a choisi de soutenir. Il s'arrête, en effet, à une conception de la vertu féminine qui tient un juste milien entre celle des deux précédents orateurs. Il estime qu'il existe d'honnêtes faveurs, que celles-là peuvent être accordées aux galant^ par leurs dames, mais que se sont aussi les seules qui doivent être concédées. Il est convaincu que la satisfaction éteint le désir (c'était la thèse des troubadours platoniques) et que le plein accomplissement de nos souhaits, ne laissant place à aucune aspiration, allentit l'ardeur passionnée que de tels souhaits avaient fait naître. Les belles gratifieront donc leurs soupirants de faveurs qui soient tout ensemble puissantes f>our entretenir l'amour et compatibles avec la sagesse. H ajoute enfin, de façon caractéristique, qu'il sait biea

être écouté de trop grandes princesses pour les amener à sa façon de voir. Il paraît lui suffire d'avoir posé des règles pour les filles qui mettent à moins haut prix leur conquête.

Nous pouvons commencer de discerner par là quelle est la loi de l'amour (( illustre », en ce qui regarde la jeune fille de bon lieu, pendant toute la première moitié du XVI f siècle et quelque temps encore au delà. Cette loi s'esquisse, nous l'avons dit ailleurs (1), en quelques pastorales du siècle précédent ; mais elle se développe en opposition directe avec les spectacles dont le roman chevaleresque en général et le cycle des Amadis en particulier, avaient rendu témoins leurs lecteurs : car la mère du « beau ténébreux », la reine Elisène de Gaule, et la dame de ses pensées, la princesse Oriane de Grande-Bretagne, étaient fort loin d'être des (( sévères » ou même des scrupuleuses dans l'attribution de leurs faveurs. Dès le début de notre âge classique, la thèse glissante des faveurs (( permises » cède la place, jusque dans le genre du roman qui en avait été la citadelle, à une conception plus ferme et plus rationnellement chrétienne de l'attitude féminine typique sur le terrain de l'amour : cette attitude s'imposant d'ailleurs en première ligne aux femmes d'un rang social privilégié qui doivent exagérer le rôle de la raison dans leur hygiène mentale pour savoir faire, le cas échéant, tout leur devoir envers leur famille et, quand elles sont de race royale, envers leurs sujets.

(i) Dans nos Origines romanesques du Romantisme.

Certes, î>our nos sensibilités cultivées par cinq ou six générations de romantisme, pour notre conception prématurément égalitaire du lien social, cette tenue morale peut paraître froide, guindée, dépourvue de vie, odieuse même et prêter à de faciles protestations, indignations ou railleries. Le devoir du psychologue et de l'historien n'en est pas moins d'essayer de la comprendre, de constater sa vogue et de relever ses nuances instructives avec l'aide des observateurs de ce temps qui en ont fait l'objet de leurs romanesques commentaires. On a dit, avec justesse, que la morale de notre siècle classique et chrétien demandait le plus pour obtenir le moins, parce qu'elle connaissait les hommes. Et ce n'est, certes, pas notre façon de fcdre ! Dans la Consuelo de George Sand, on voit une artiste lyrique, d'origine plébéienne, repousser les importunités d'un homme qu'elle aime et réclamer de lui le mariage préalable, non pas du tout par respect de soi-même, ainsi qu'elle le proclame expressément, mais en considération d'un serment qu'elle fit à sa mère mourante et qui lui fut demandé fort prudemment par cette interprète d'une génération moins aveulie : « Je ne tiens pas beaucoup, expose- t-elle (( en propres termes, à ce que les patriciennes appelai lent leur réputation ! Je suis trop peu de chose (( dans le monde pour attacher mon honneur au <( plus ou moins de chasteté qu'on voudra bien me « supposer ! Mais je fais consister mon honneur à (( garder mes promesses ! » Telle fille qui parcourt ces lignes et n'a point consenti un engagement si mal commode n'aura donc point à se contraindre en pareille occurrence !

Retournons maintenant en arrière, bien loin de ces

enseignements du mysticisme passionnel qui ont été si docilement écoutés, et achevons de caractériser Tamour féminin tel qu'il se présente le plus fréquemment dans notre roman classique. Tout d'abord, la tentation adultère y est rare et l'adultère à peu près inconnu. L'obstacle qui retarde l'heureuse conclusion de ces belles amours et permet d'en occuper quelque temps le lecteur n'étant donc presque jamais le mariage antérieur de l'un des amoureux, il résidera le plus souvent dans la volonté contraire de parents ou chefs de famille, entraînés par la haine ou par le caprice, par la raison d'Etat mal comprise ou par •l'influence d'ambitieux favoris, par une préoccupation de vengeance quelquefois, comme il arrive dans Le Cid et dans Horace; enfin, par la répugnance aux unions inégales, une princesse ne devant épouser qu'un prince. Par bonheur, et en raison de l'optimisme erotique qui est l'habituelle inspiration du roman, les vaillants chevahers qui ne sont point fils de rois au premier abord se décèlent toujours comme tels à certain moment du récit. — Mme de La Fayette reviendra vers l'adultère plus sérieusement envisagé comme possible ; car sa princesse de Clèves, qui sait encore se vaincre, s'avouera du moins pleinement son amour extra conjugal et le déclarera même à son époux sans ambages : ce qui est parfaitement inconcevable pour les héroïnes d'Urfé, Gomberville, La Calprenède ou Madeleine de Scudéry.

C'est que, par ces femmes en qui l'éducation de la volonté a été solidement faite, l'amour est regardé comme une faiblesse à laquelle il n'est permis de céder que dans des conditions très strictement réglées par les convenances. Voyez plutôt la charmante

princesse Polyxène, sœur de Faramond : elle a été accusée quelquefois de manquer de tendresse et les princes ses frères lui reprochaient en riant ce défaut : mais elle aurait pu avoir l'âme tendre et passionnée tout comme une autre si elle n'eût jugé que les passions étaient vicieuses dès qu'elles venaient à se faire trop sentir et ne se fût étudiée à les combattre par une sévère vertu ! Voyez encore Cléopâtre découvrant à une amie l'état de son cœur : (( Ce cœur (( que j'ai une fois donné, dit-elle, je ne puis le (( donner une seconde. Coriolan en eut les premières (( dépouilles et les emportera dans le tombeau. Rien (( ne peut me dégager moi-même de ce que je me « suis imposé en me soumettant à une innocente (( affection, ni mettre jamais mon âme dans la liberté (( d'un second choix et dans l'état de recevoir une (( nouvelle impression ! C'est assez à l'infortunée (( Cléopâtre d'avoir cédé une fois à l'amour et aux (( grandes qualités d'un homme aimable entre les (( hommes et la justification que je saurais, possible, (( trouver à mes premières faiblesses me man- « querait sans doute pour les dernières. » Oui, à ces femmes de forte race, comme aux Amazones antiques, l'amour demeure une demi-déchéance, que la plus scrupuleuse légitimité viendra seule, possible, excuser une fois dans leur vie ! La grande Mademoiselle sera l'élève, insuffisamment persévérante, de ces héroïnes de la sévérité.

De plus hautes et de moins individuelles considérations que celles qui procèdent de la passion viennent influer, nous l'avons dit, sur le choix de leur compagnon d'existence, — comme il arrive d'ailleurs en toutes les sociétés organisées pour l'effort et Texpan-

sion militaire, celle de la Rome antique ou celle du Japon d'hier. L'intérêt de leur famille (ou celui des clients et sujets de leur maison) , dont décide à peu près souverainement le chef héréditaire de cette famille, président à l'élection de leur conjoint pour la vie. Leur abnégation sentimentale sur ce point est ce qu'on appelle, en ces filles robustes, d'un nom fort bien choisi, le « courage ». Ainsi, la princesse de Thuringe, Amalasonthe, est aimée d'un héros qu'on ne connaît point pour un prince et son frère l'engage donc à décourager les avances de ce brave, qui, par deux fois, a sauvé leur pays. Elle se décide à cette attitude rigoureuse, bien que son père se soit montré moins systématiquement hostile aux avances qui lui sont faites : (( Je ne suis pas fâché, dit alors ce père, <( de tempérament plus moderne, que vous ayez un « courage proportionné à votre naissance et que vous « n'aimiez pas à déchoir du rang dans lequel le sort « vous a fait naître; mais je désire que vous respec- (( tiez la vertu et que vous continuiez de ne vouloir <( pas épouser Ambiomer sans toutefois régarder <( l'amour qu'il a pour vous comme une injure ou « comme une tache à votre gloire ! » Cette (( gloire » féminine, qui tient aussi sa place dans les tragédies de Corneille, prendra le premier plan dans les romans scudériens qui retournent vers les exagérations du Polexandre.

Julie, la coquette fille de l'empereur Auguste, ne marque pas la même résistance aux impulsions du sentiment, mais son historien romanesque ne lui en fait nullement un mérite, d'autant moins qu'elle est à demi fiancée avec son cousin germain Marcellus, par la volonté de son père : a Cette princesse, lisons-nous

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(( dans CléopâtTe, discernait aisément les sentiments « amoureux (qu'elle fciisait naître) au travers du (( respect et de la soumission; mais, au lieu qu'une « autre personne, née avec un courage proportionné « à sa naissance, eût reçu cette connaissance avec <( dédain, Julie, d'humeur toute contraire, savait bon (( gré à ceux qu'elle pouvait seulement soupçonner (( de quelque mouvement d'affection (à son égard) , « les recevait avec un visage caressant et les favo- (( risait, à la rencontre, au-dessus de ce qu'ils avaient (( espéré ! » Ce qui est une agréable définition de la coquetterie.

La princesse Olympie de Thrace, qui est poursuivie d'un amour coupable par le roi son frère, prétend toutefois ne se marier jamais sans le consentement de ce vilain personnage, devenu par la mort de leur père le chef de leur maison souveraine. « L'estime que je (( puis avoir pour vous, expose-t-elle à celui qu'elle (( aime, ne me fera point passer par-dessus la bience séance et par-dessus les lois prescrites aux perce sonnes d'une naissance comme la mienne. — Si « votre frère peut et doit disposer de vous, riposte, (( assez congrûment, cet amoureux déçu, il n'en dis- « posera qu'en sa faveur ! — Je ne prendrai jamais « la liberté de me choisir moi-même un mari, per- (( siste la belle obstinée, et il nous faudra donc <( attendre notre union du Ciel, ou de l'humeur « (changée) du roi mon frère, ou d'un autre état de (( mes affaires qui me mette en situation de disposer (( de moi. — Je l'attendrai donc avec vous, Ma- (( dame, acquiesce alors le soupirant exemplaire, (( avec une action toute soumise. Je sais bien que le <( bonheur auquel j'ai élevé mon ambition est d'un

« trop haut prix pour y parvenir par des difficultés (( ordinaires ! » C'est ici comme le pédantisme de la discipline familiale, mais il faut connaître une si stricte conception de cette discipline ou de ce devoir si Ton veut comprendre TAcadémie Française déclarant immorale la conduite de Chimène, en ses Sentiments sur le Cid, pour avoir laissé quelque espérance matrimoniale à Rodrigue et aux spectateurs, vers le dénouement de la tragédie fameuse.

Ainsi le romancier que distingua le grand Condé transporte nos esprits, plongés depuis cent cinquante ans dans l'atmosphère du rousseauisme, au sein d'une ambiance psychologique totalement différente, et comme dans un autre univers moral. Le sentiment de l'amour en particulier nous présente sous sa plume toute une gamme de nuances aujourd'hui démodée, mais qui fut aussi riche en son temps que la palette romantique, dispwDsée pour peindre la passion sans frein et fardée seulement de quelque mysticisme insidieux. Ne serait-il donc pas intéressant au point de vue historique, et peut-être salutcùre au point de vue moral de mettre à la portée des esprits sains quelques échos de cette conception périmée de la vie sentimentale ? Nous voudrions que certains fragments tout au moins de ces récits — dont le mérite est, selon nous, de faire la transition entre le point de vue de Corneille et celui de Racine, en matière de discipline sentimentale, — fussent mis aux mains de la jeunesse dans des éditions scolaires et commentés par nos professeurs d'humanité. Il serait facile d'en détacher à cet effet les épisodes qui supportent d'être isolés de leur contexte.

Les princesses bien apprises sont fort nombreuses dans l'œuvre de La Calprenède. Entre leurs silhouettes, aux lignes délicates et fières, nous choisirons les plus typiques pour observer avec attention leur démarche et leurs gestes désuets. Attachons-nous, par exemple, à Parisatis, seconde fille du roi des Perses Darius et dont Statira-Cassandre est la sœur aînée. Captive, elle aussi, du conquérant macédonien, elle a inspiré un violent amour à un proche parent de ce monarque, Lysimachos, qui s'est enhardi à lui confesser l'état de son cœur : (( Je vis alors, racontera- (( t-il plus tard, le visage de la princesse se mouiller « de quelques larmes. Je les pris d'abord à mon « avantage et crus que, véritablement, la pitié les (( avait arrachées de ses beaux yeux. Mais je recon- (( nus un moment après que le dépit les avait causées (( et que le déplaisir qu'elle avait eu d'ouïr une décla- (( ration d'amour de l'un des suivants d'Alexandre (( l'avait forcée à donner des marques de sa douleur. « Elle me lança un regard plein de dédain 1 » Quand elle apprend cependant qu'il est né prince et quand il menace d'expirer bientôt à ses pieds, elle s'adoucit déjà quelque peu : (( Quoiqu'elle ne m'ai- (( mât ni n'eût l'intention de s'engager pour moi dans (( une autre affection que celle de la civilité, elle ne a me haïssait pas assez pour me voir mourir, et surce tout pour l'expiation d'une faute (sa déclaration <( d'amour) qu'après l'avoir un peu digérée, el'le ne (( jugeait pas digne de mort. » Mais elle accorde

un traitement tout aussi favorable à Ephestion, favori d'Alexandre et appuyé par ce prince auprès d'elle. Le pardon d'un téméraire aveu est ainsi le premier pas de la (( sévérité » en marche pour aboutir à l'entier consentement d'amour.

Bientôt les soins ou services du galant seront récompensés par une faveur plus particulière : « Je serais « dissimulée, lui dira Parisatis, si je pouvais cacher <( le déplaisir que votre persévérance me donne dans « un dessein auquel je me suis opposée dès sa nais- <( sance, par la prévision des difficultés que vous <( trouverez à l'accomplir. Rien ne saurait me dis- <( penser de ce que je dois à ma condition et aux <( personnes à qui la naissance m'a soumise. C'est <( de ces personnes que je recevrai des sentiments au <( delà de cette estime que j'ai pour vous, et, quand <( vous m'y verrez engagée pour un autre, n'en accu- <( sez que l'obéissance seule, non pas une inclination <( qui ne se déclarera jamais en faveur de tout autre! <( Je ne crois pas que, sans avoir dessein de m'offen- (( ser, vous en puissiez demander davantage ! » Voilà la seconde étape des amours sévères : <( Par inclination, à personne autre qu'à vous ! ))

Un nuage s'élève pourtant dans ce ciel sentimental aux teintes discrètes, mais, jusque-là, sereines. Parisatis a cru devoir répondre à une lettre d' Ephestion et Lysimachos s'en afflige : elle lui explique alors que ce fut par ordre de sa grand'mère et tutrice, l'ambitieuse Sisigambis (car elle a perdu père et mère, et son frère Artaxerce a disparu) : « Je vous ai « souvent représenté, ajoute-t-elle, avec combien de <( dépendance je suis attachée aux volontés des per-

(( sonnes à qui la naissance m'a soumise. Cela suffit <( pour ma justification, et, si je puis être blâmée, « c'est seulement pour la résistance que je fis à obéir (( et jKJur la répugnance que j'y avais ! » Ce qui est flatteur à entendre ! Mais Lysimachos se sent dès lors menacé par les combinaisons politiques de Sisigambis.

Ses pressentiments ne sont que trop fondés, car la vieille souveraine, gagnée par Alexandre, va se dédlarer hautement pour Ephestion et peser sur la décision de Parisatis. Celle-ci fait alors remarquer à son amoureux qu'elle a toujours réservé ce cas, dans leurs communes prévisions de l'avenir : <( Je vous <( estime beaucoup, concède-t-elle, et, si vous me (( forcez d'en dire davantage, j'ai une bienveillance (( f>our vous qui va au delà de Vestime, car je ne l'ai <( jamais eue telle pour personne au monde. Je n'ai (( pas toutefois une si forte affection qu'elle me fasse « oublier ce que je me dois à moi-même et me porte « à faire des fautes qui blesseraient ma réputation « en offensant mortellement le sang illustre dont je (( suis sortie. — Mais, riposte l'amoureux désespéré (( par cette perspective cruelle, prenez la peine de <( remettre devant les yeux de votre aïeule la sincé- (( rite de mon affection, et, quand vous lui ferez con- (( naître que vous recevrez un commandement en « ma faveur avec plus de satisfaction qu'à l'avantage (( de mon rival, elle ne vous accusera î>oint de bas- (( sesse. — Ne désirez jamais de moi des choses que (( je ne dois pas, riposte l'impeccable jeune fille î (( J'estime beaucoup Ephestion. Je lui suis obligée « pour les services qu'il m'a rendus et je n'ai aucune <( aversion pour sa personne. Mais, malgré cette

« déclaration que je vous fais avec vérité, si vous <( pouvez obliger la reine à me demander mes senti- « ments et remettre à ma <lisposition Iç choix <( d'Ephestion ou de vous, je vous proteste qu'il ne <( sera jamais qu'en votre faveur ! Voilà la plus (( grande concession que vous puissiez jamais espérer « de moi et je vous supplie de n'en point désirer « davantage ! »

Tout se tourne alors contre l'infortuné Lysimachos, car sa déconvenue le f>orte à des actes de fureur ou même de folie : il fait enfin une grave maladie durant laquelle Ephestion, devenu l'époux de Parisatis, montre à son égard la plus grande générosité. Il ne quitte pas le chevet du mourant : (( Il ne se « contentait pas, racontera ce dernier après son réta- (( blissement inespéré, que la princesse sa femme me <( vînt souvent visiter, mais il l'accusait lui-même de <( mauvais naturel (quand elle se dérobait à ces dan- <( gereuses entrevues) et la sollicitait de me rendre <( des visites plus fréquentes. Il est vrai que, par la <( longue pratique de cette princesse, il avait une <( parfaite connaissance de sa vertu et que la con- <( fiance qu'il avait le rendait moins sévère gardien (( de ce qui ne courait aucun risque sous une garde <( si assurée. L'affection que Parisatis avait pour son « mari redoubla par la gentillesse de son procédé et (( par la confiance qu'il témoignait en elle. Certes, <( elle n'abusa point de la liberté qu' Ephestion lui <( donnait et sa franchise l'obligea même à vivre avec <( encore plus de retenue qu'elle n'aurait fait si elle <( avait eu un autre mari, moins généreux ! » Pourtant, un témoin oculaire nous avait appris peu aupa-

ravant que, le jour de son mariage, la princesse avait failli mourir de déplaisir et que tous ceux <iont elle fut aperçue en cet état crurent que sa couche nuptiale serait infailliblement son tombeau ! C'est donc bien par maîtrise accomplie de soi-même, nullement par indifférence de nature ou par légèreté de caractère qu'elle parvient à se comporter comme nous venons de le dire.

Son amoureux ne s'élève au même renoncement héroïque que lorsqu'il se croit tout près de sa fin : (( J'appelle à témoin de la dernière protestation que (( je vous fais, les dieux qui nous écoutent, lui dit-il. « Dans le cours de cette illustre passion que j'ai eu (( pour la princesse Parisatis (illustre par les actions <( prodigieuses qu'elle lui a fait accomplir) , je n'cii « jamais désiré une fortune plus avantageuse que de « mourir pour elle. J'ai toujours estimé également (( ces deux avantages, ou de posséder Parisatis, ou (( de mourir pour Parisatis. Le premier m'a été (( défendu et les dieux m'accordent en ce moment « le second. Si j'ai été jaloux de la fortune d'Ephes- « tion, il doit à présent m'envier ma destinée. Je « vous rends une âme pure et nette jusquà la moindre <( pensée, une âme qui ne fut jamais atteinte que pour <( vous seule de cette passion qui la chasse de son « corps pour lui faire prendre une plus belle volée (( et une âme qui ne se sépare point de son corps (( pour abandonner votre service, mais p>our s'atta- « cher inséparablement à vous. En quelque endroit <( que vous tourniez vos pas, ce fidèle esprit vous <( tiendra compagnie; mais il n'empruntera point de <( formes qui vous puissent donner de la terreur et « n'étant ni visible ni palpable, sans être aperçu de

« vous, il goûtera près de vous les plus solides « bonheurs que, dans sa nature (éthérée) , il soit « encore capable de ressentir ! » C'est bien ici le paradis de Térotisme romanesque, calqué sur le paradis chrétien : c'est la présence ininterrompue de l'aimée se substituant à celle du Dieu de perfection. Mais nous sommes encore loin de Julie de Wolmar ou de Blanche de Mortsauf, car ce sont du moins les hommes qui meurent d'amour en cette conception de la vie, et sans avoir à se reprocher socialement cet amour. Inutile d'ajouter que le mourant se retrouvera bientôt plein de vie et qu'après la mort opportune d'Ephestion, il sera récompensé de sa constance.

Ceci pour le roman grec de La Calprenède. — Dans son roman latin, nous choisirons la belle Germaine îsménie, princesse des Ingrions, comme type de sévérité sans mauvaise grâce et de rectitude aimablement souriante. Dès l'âge de treize ans, elle fut recherchée, avec l'agrément des siens, par le jeune Arminius, prince des Chérusques, le futur vainqueur de Varus. Elle reçut alors ses déclarations pressantes avec une sagesse au-dessus de son âge, lui donnant sans cesse à connaître qu'elle avait, pour les volontés de son père, un respect qui lui ferait toujours recevoir sans répugnance des empressements légitimés par son aveu. Mais quand Arminius prétend davantage et s'enhardit jusqu'à menacer la tranquillié de son âme pour i) faire naître une passion pareille à la sienne^ il trouva de grandes difficultés dans son entreprise et se prépara de grandes souffrances. L'esprit d'Isménie possédait, en effet, une placidité naturelle qu'il n'était nullement aisé de troubler, et, si elle se rendait facilement à la raison, elle ne résistait que plus fermement

à ce qu'elle jugeait déraisonnable ou seulement peu conforme à la sévère honnêteté ! De longtemps, le jeune honmie ne put donc tirer cet esprit clair et solide de son assiette ordinaire : (( Je lui faisais comprendre, (( racontera plus tard le confident du prince, que ce (( qu'il attribuait à la rigueur d'Isménie partait seu- (( lement de sa modestie et qxiil devait être bien aise a de trouver tant de sagesse dans une personne quil (( épouserait un jour. — Je ne désire pas tant épou- (( ser Isménie que me savoir aimé d'Isménie, ripos- (( tait cependant Arminius, et lui voir faire par affec- (( tion ce qu'elle fait par obéissance. N'est-ii pas bien (( étrange qu'elle ait conservé sa tranquillité toute (( entière, tandis que je meurs à ses pieds I »

Il n'épargne pas les mêmes plaintes à la princesse en personne, mais elle se défend alors par des arguments qui seront pour nous fort instructifs. (( Ce (( mot d'amour, expose-t-elle avec son habituelle (( égalité d'âme, a quelque chose de trop libre pour (( s'accommoder avec la modestie de notre sexe et « cette passion a quelque chose de trop déréglé pour (( être bien compatible avec la sagesse. Mais, si vous (( pouvez être satisfait d'une affection plus modérée (( et telle qu'on la doit espérer d'un esprit un peu (( réglé et. un peu raisonnable, je ne crois pas que (( vous ayez sujet de vous plaindre, ni de confondre (( une obéissance bien volontaire avec une obéissance (( contrainte ! » La nuance est, en effet, de quelque portée, et il est prié de s'en provisoirement satisfaire ; mais c'est à quoi il ne parvient point à se résoudre : (( Ah, belle Isménie, proteste-t-il en effet après cette (( semonce, que cette affection modérée dont vous (( voulez payer une violente passion approche bien

(( de V insensibilité, ou même de la cruauté ! Une (( amour comme celle que j*ai pour vous ne se satis- (( fait pas d'une simple bienveillance et d'une bien- (( veillance qui ne trouble pas un seul moment la « tranquillité de votre âme ! » Argument que reprendra Saint-Preux près de Julie afin de la contraindre à la chute. Mais Isménie a plus de défense : (( Quoi, Arminius ? Vous voulez donc m'ôter le (( repos et vous croyez m'aimer véritablement en (( souhaitant que je perde pour vous une tranquillité (( qui fait tout le bonheur de ma vie ? — Quand <( votre tranquillité serait un peu ébranlée par votre (( sensibilité, vous n'en seriez pas plus malheureuse, (( conclut ce champion intéressé de la tradition roma- (( nesque. ))

Un obstacle se dresse alors entre eux, de même nature que ceux dont les récits du sieur des Escuteaux nous ont déjà fourni quelques exemples. Le père d'Isménie change, par politique, ses intentions sur l'établissement de sa fille, mais trop tard pour la trouver une seconde fois docile à sa volonté arbitraire. Elle lui obéira cependant, mais de corps et non de cœur désormais. « Ce sera, lui dit-elle, pour avoir (( bien obéi à vos premiers ordres que j'aurai de la (( peine à exécuter les derniers. Je les suivrai exac- (( tement en toutes les choses qui dépendront de ma « volonté ! )) Or, son affection pour Arminius, qu'elle a légitimement nourrie pendant quelque temps ne peut plus être effacée de son âme. Son heureuse union ne sera que retardée d'ailleurs par ce mécompte suivi de quelques autres plus dramatiques encore.

Le destin ne se montre pas toujours aussi favorable en fin de compte, à ces belles personnes sévères, comme nous allons le voir par l'aventure de Déidamie, princesse d'Epire, qui se place vers la fin du roman de Cassandre. Blessée mortellement sous l'armure qu'elle a revêtue pour chercher dans le trépas un remède à ses maux, elle fait confidence de ses infortunes aux braves qui l'assistent à ses derniers moments : (( Pardonnez, Seigneurs, une confession (( honteuse à une princesse. Il est vrai, puisqu'il le <( faut avouer à ma confusion, que fai eu de la pas- <( sion. Mais j'en ai trop bien été la maîtresse. C'est « là mon ingratitude et c'est le plus noir de tous mes (( crimes ! » Au début de son aventure d'amour se retrouve la péripétie fâcheuse que nous venons de rencontrer dans l'histoire d'Isménie. Son père, Aeacîdas, la promit à l'intrépide Agis, roi des Lacédémoniens; puis, mû par des raisons d'Etat — assez spécieuses, il faut le reconnaître, — prétendit la marier à un autre. Elle ne saurait retirer son cœur au prince Héraclide, mais, quand il l'a priée de fuir avec lui pour se soustraire aux caprices d'un despote, elle a reculé devant ce scandale et c'est en quoi elle estime désormais avoir été trop puissante sur les entraînements de sa passion : (( Je ne lui permis pas de pour- <( suivre son discours, expose-t-elle en effet. J'y trou- « vais assez de matière d'o/fense pour moi, mais je <( l'aimais assez pour lui pardonner sa folie. Me vou-

« loir obliger, lui dis-je, à des fautes tellement indi- (( gnes d'une princesse et si contraires à mon devoir <( et à ma réputation, ah !• mon cher Agis, si vous « m'avez bien aimée, avez-vous pu souffrir cette « pensée ? Je vous fais juge vous-même de la justice <( de votre demande. Je ne puis l'accorder sans me (( rendre indigne et de ma naissance et de votre (( estime, et c'est enfin ce que, si vous m'aimez, vous <( ne devez pas me proposer ! ))

Il projette alors de venir l'enlever, à main armée, aux despotiques volontés de son père : mais à ce projet non plus, elle ne saurait donner son adhésion sans faillir : « Il ne me sera permis, dit-elle, par <( aucun sentiment de vertu ni par aucune règle de (( bienséance d'aimer un homme armé contre mon (( père et toutes les lois du devoir défendent à sa (( fille d'aimer son ennemi ! » Voici, toutefois, ce qu'elle croit pouvoir faire sans mériter de reproche, en faveur d'un amant frustré de son légitime espoir: (( Je désobéirai pour vous au roi mon père quand il « mè commandera de vous oublier. Je lui désobéirai (( quand il voudra m'obliger à une seconde affec- (( tion; car, dans l'obéissance que je lui dois, je ne (( vois pas de règle qui puisse violenter les inclina- (( tions (une fois formées en sécurité de conscience) . <( Mais, quand il m'aura défendu de vous épouser (( et quand il m'aura défendu de vous voir, je ne (( puis conserver ces desseins sans faire à ma réputa- (( tion une offense irréparable. Puisque vous ne sau- <( riez vous contenter de ce que je puis, partez, et, <( sans vous informer de Veffet que votre souvenir « fera sur ma vie, usez du mien comme vous le pour-

i( rez pour le mieux de votre repos ! )) Voilà qui est #une magnifique résignation aux sacrifices imposés par le devoir de famille !

Déidamie ne sera pas moins catégorique ensuite vis-à-vis de son père qui prétend la marier au fils d'Antipater, régent de la Macédoine en l'absence d'Alexandre le Grand : (( Que Votre Majesté soit (( contente d'avoir ployé mon âme une fois a ce (( qu'elle a voulu et d'y avoir introduit une aiîection (( à la naissance de laquelle je me fusse opposée si (( je n'eusse craint de vous désobéir et de vous dé- (( plaire. » Ainsi, dans cette psychologie de la volonté libre, on admet que la passion de l'amour peut toujours être arrêtée, atrophiée à son début par la considération du devoir social : plus tard, et une fois î'alîection grandie sans obstacles, il faudrait vette volonté trop arbitraire le plus souvent : ce serait dresser de façon trop téméraire les lois de la société contre les lois de la nature : « Je ne suis pas capable de chance ger d'amour si légèrement, achève, en effet, Déi- (( damie, et je témoigne assez de déférence à vos « volontés en rnôtant celui que je rn étais donné par (( voire comandement, sans que vous forciez encore (( mon inclination. » Sur son lit de mort, elle se reprochera toutefois d'être sortie du respect en pariant sur ce ton à l'auteur de ses jours : mais c'était, ajoute-t-elle, le moins qu'elle dut faire pour son pauvre Agis ! Celui-ci se fait tuer par Antipater, tandis qu'il cherche le corps-à-corps avec son rival, et la princesse clôt son récit en proclamant que son dessein de rester dans la voie du devoir peut bien lui fournir des excuses pour avoir préparé un événement si tragique, mais que, d'autre part, sa conduite

a porté des fruits trop funestes pour n'être pas criminellcy ainsi qu'elle l'a déclaré tout d'abord : ce qui est aussi contestable au regard de la morale rationnelle que parfaitement excusable comme expression d'un sentiment intense et d'un désespoir qui ne raisonne plus.

Le roman mérovingien de La Calprenède n'a pas de figures aussi vigoureusement dessinées. L'héroïne principale, Rosemonde, princesse des Cimbres, est moins originale que ses devancières en ce qu'elle se trouve, à peu de chose près, dans la situation de Chimène. Par le hasard des combats et par un concours de circonstances fatales, le roi Faramond a tué successivement le fiancé, puis le frère de cette belle personne qu'il adore : il a de plus détrôné son père et ravagé son pays avant de la connaître. Elle ne laisse pas de l'aimer sans en rien laisser paraître au dehors et définît assez heureusement la situation de son esprit en ces termes : (( Je crois qu'il ne désirera jamais <( rien de moi qui puisse apporter une tache à ma (( gloire qui m'est plus chère que mon repos. Mon (( intention est de faire mon devoir jusqu'à la mort (( et de mourir sans regret quand j'aurai fait voir (( que mon devoir m'a été plus cher que ma vie. Il (( peut y avoir en cela de l'erreur, mais elle est dans (( V opinion générale (de ce temps) , non pas dans (( mon jugement particulier; et, comme c'est cette <( opinion générale qui fait la bonne et la mauvaise (( réputation, qui donne ou ôte la gloire dans le « monde, c'est à ceiîe-^là que nous devons bien <( souvent sacrifier notre repos et notre fortune. Si (( Faramond succombait (sous les coups de la coalise tion puissante qu'elle a réussi à former contre lui

(( pour venger les siens) , après m'être acquittée de <( ce que j'aurai dû aux mânes des miens, je donnerais (( ouvertement à ceux de Faramond ce qu'il ne m'est (( pas permis de lui donner à lui-même pendant sa (( vie : et je ne craindrais pas que tout l'univers con- (( nût mes sentiments après avoir fait connaître à tout (( l'univers la victoire que j'en aurais remportée ! » Il y a, certes, de la grandeur en cette attitude et dans l'expression que sait lui donner la princesse. Puis, comme le roman permet des licences que la tragédie, de sujet historique, interdit, Vaumorière, continuateur de La Calprenède, expliqua que le prince des Cimbres, tué par Faramond, avait bien été élevé près de Rosemonde sous le nom de son frère, mais ne l'était pas en réalité. Constatons en conséquence avec satisfaction que le mariage « immoral », dont la seule perspective choqua l'Académie française naissante dans le chef-d'œuvre de Corneille, ne saurait être reproché à la première reine de France.

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