‹ Le romancier du Grand CondéChapitre 6 sur 7 · V. — DE PLUS ROMANTIQUES AMOUREUSES · texte numérisé non relu

V. — DE PLUS ROMANTIQUES AMOUREUSES

Nous l'avons dit, toutes les héroïnes de notre romancier ne sont pas aussi strictement (( sévères )), aussi parfaitement maîtresses d'elles-mêmes et de leurs émotions les plus spontanées que celle dont nous avons fait jusqu'à présent la connaissance. Il varie parfois ses effets en dessinant des amoureuses plus impulsives, plus dociles aux tyranniques suggestions du sentiment le plus essentiel que connaisse l'être doué dé vie. Ce sont celles-là dont il nous reste à évoquer la physionomie, contractée par le doute ou par l'angoisse, à décrire le geste, dicté par l'orage intérieur.

Contemplons tout d'abord une (( sévère » et une raisonnable en qui l'impulsivité se manifeste soudain à sa grande surprise, à sa douleur et sa honte. Celle-là n'est rien moins que la fille du grand Cicéron, Tul'lia, — la Tulliola deliciae nostrae qui revient si souvent dans la correspondance de l'orateur illustre avec ses intimes. — Le roman de Cléopâtre nous la présente lorsqu'elle est sortie de l'enfance et subordonnée, après la mort tragique de son père, à l'autorité d'un frère de caractère médiocre et maussade, dont les volontés font loi cependant pour sa très stricte conception du devoir. Aimée tout d'abord par le fils aîné

d'Antoine et de Fulvia, Jules Antoine, elle l'a désespéré par sa rigueur inflexible, car elle déteste toute la race du triumvir parce que Fulvia, poussée par une brutale inspiration de vengeance, a fait jadis exposer dans le Forum la tête ensanglantée de Cicéron. Rien n'a donc pu la fléchir de la part de ce poursuivant éperdu, qui s'est alors exilé de Rome sans y plus jamais donner de ses nouvelles. Son début dans la carrière sentimentale est ainsi peu encourageant pour les amoureux.

Mais voici que cette impitoyable personne se trouve mise par hasard en présence du jeune Ptolomée, né des amours d'Antoine avec la reine Cléopâtre d'Egypte, et par conséquent, rejeton, lui aussi, de ce sang qu'elle poursuit de son aversion justifiée. Il ne lui en insipire pas moins, à la première vue, une irrésistible passion qui la désespère, et dont elle comprime les moindres manifestations avec un stoïque héroïsme. Ce joli garçon a bientôt fait de s'en apercevoir. Mais ne ressentant rien pour elle en retour, il se promet de venger, par son indifférence outrée à dessein, le frère qu'elle a désespéré jadis. îl y réussit trop bien, car elle se meurt lentement de son amour comprimé par le sentiment de la pudeur et de l'honneur. C'est une Chimène qui aimerait Rodrigue sans être aimée de lui en retour.

C'est alors qu'elle se voit distinguée, pour sa grande beauté, par un troisième personnage de marque, quoique de moins haute naissance que les fils d'Antoine, par le jeune Lentulus qui pénètre bientôt, lui aussi, le secret de ce cœur meurtri. La passion de son nouveau soupirant — ainsi que celle du Jacques de

George Sand, mais sans que le mariage intervienne ici pour compliquer les choses, — sera si capable d'abnégation généreuse, qu'il va s'employer de son mieux à lui rendre Ptolomée moins volontairement dédaigneux et blessant. « Maintenzmt que je connais, <( dit-il à son trop heureux rival, que rien ne peut la (( détourner de l'amour qu'elle a pour vous et que (( la répugnance que vous avez pour elle ne sert qu'à (( la rendre malheureuse sans faire aucun effet pour « sa guérison, des deux maux que ma mauvaise for- ({ tune me présente, je dois élire ie plus doux et faire « cesser le regret que j'ai de la voir malheureuse (( sans tirer aucun avantage de mon malheur. » Ptolomée répond, avec bonne grâce, qu'il ne saurait se donner à sa volonté de l'amour, mais qu'il rendra désormais tous les bons offices pK)ssibles à Tullia afin d'adoucir sa pénible situation.

Celle-ci ne se trompe nullement toutefois sur le caractère factice des soins qui lui sont rendus par le jeune prince, et, dans une scène de fort ingénieuse combinaison, nous la voyons commencer d'écrire dans son journal intime, une lamentation d'amour (analogue à celle dont Alcidiane avait donné le modèle dans Polexandre) , puis s'assoupir d'épuisement sur son siège et fournir à Lentulus, qui survient, l'occasion de terminer sans bruit la page commencée par des conseils de sagesse et de maîtrise de soi. A son réveil, elle croira sa complainte achevée par un dieu favorable, auquel elle adressera cette touchante prière : (( O toi, qui me fais si bien penser et si « bien dire ce que je dirais sans doute si la raison « était encore maîtresse de mon âme, excuse ma fai- « blesse, s'il t'est possible, et vois dans mon cœur.

« .dont le secret t'est connu, si je suis véritablement <( capable de suivre tes inspirations ? » Ce charmant conte finirait noblement par une belle mort d'amour : l'auteur a préféré arranger les choses. Touchée enfin par l'héroïque abnégation de Lentulus, Tullia parvient à déraciner de son cœur une inclination sans issue et couronne les vœux de l'amant qui a si bien mérité ce bonheur.

La Roxane de Cassandre offre un beaucoup moins sympathique exemple de la passion que la volonté ne saurait dompter. Fille de Cohortan, cousin germain du roi Darius et satrape des Saques, elle s'éprend du prince Oroondate qui appartient déjà tout entier à la princesse Statira, et elle ne recule devant aucune vilenie pour rompre un amour qui lui interdit tout espoir. Par un odieux stratagème, elle parvient à tromper quelque temps Statira sur la fidélité de son chevalier servant, et conduit ainsi la princesse abusée à devenir la femme d'Alexandre le Grand qui, se prévalant des coutumes orientales, a déjà épousé auparavant Roxane en personne. Puis, lorsque toutes deux se trouvent veuves par la mort prématurée du conquérant de l'Asie, elle ordonne l'assassinat de sa cousine et explique cette détermination criminelle à sa suivante en ces termes : (( Tu sais, ô dissimulée (( Hésione, que mon esprit n'a pas assez d'inclination (( à la cruauté pour se laisser porter à des tragédies (( si sanglantes par les seules maximes d'état et par le

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(( désir de régner : ce désir ne sert que de prétexte (( à des mouvements plus puissants et de couverture (( à une passion plus violente que l'ambition. Le (( ressentiment (contre Oroondate inébranlable en son « premier amour) et le devoir (conjugal envers (( Alexandre) n'ont rien pu sur cette première (( passion, et, quelque veuve que je sois du grand (( Alexandre et quelque ingrat que soit Oroondate, (( je l'aime encore maintenant plus que moi-même ! (( En veillant et en dormant, cet insensible, trop (( aimable et trop aimé, revient incessamment devant (( moi et cette ardeur envieillie a jeté dans mon âme (( des racines trop profondes pour en être arradiées (( que par la fin de ma vie ! Après cette confession, <( Hésione, crois-tu que je souffre en ma rivale éter- (( nelle un bonheur qu'elle ne peut bâtir que sur la (( ruine de mon repos et que je permette que cette (( insolente qui, pendant la vie de mon mari, m'ôta, (( avec tyrannie, la meilleure part de ses affections, (( achève de se jouer de ma destinée misérable ? Ah (( non, Hésione, n'espère point de ma patience de si (( lâches effets, etc.. » Voilà un style énergique et puissant qui nous ramènerait volontiers à contester une fois de plus, en toute déférence admirative, le verdict jadis daté du château breton par la plus exquise des plumes françaises.

Plus tard, lorsque Roxane aura pu se saisir, par surprise, de l'invincible Oroondate qu'elle tiendra dès lors enfermé dans ses prisons de Bayblone, un beau dialogue viendra traduire à notre intention la qualité, si différente, de leurs consciences et de leurs âmes. Le chevalier sans reproche se contraint à recevoir avec le respect qu'il garde en toute circonstance au

sexe faible et charmant, la fenime qui a fait, par ses manœuvres, l'infortune et le tourment de sa vie tout entière. Mais lorsqu'elle ose s'excuser de sa forfaiture sur son amour, il lui reproche, en termes vigoureux les cruelles perfidies dont elle s'est rendue coupable à son égard : <( Il est vrai, riposte-t-elle alors « avec une amère franchise, que j'ai fait tout ce que « vous me reprochez : mais ces actions, extraordi- (( naires à moiji sexe, et, possible, à mon humeur, (( ont été des marques extraordinaires de mon afîec- (( tion pour votre personne, et, si vous les eussiez bien (( considérées, elles eussent attiré votre amour ou du « moins votre reconnaissance au lieu de votre aver- (( sion ! Ce fut pour vous seul que, de la franchise, ((je passai dans l'artifice et dans la cruauté, et cet (( épouvantable changement de mon esprit ae fut (( qu'un pur effet de cette affection que vous avez si (( ingratement reconnue. Statira s'est prise à vous (( haïr dès qu'elle a cru que vous aviez cessé de (( l'aimer (par la fourberie de Roxane) , et moi, je (( vous ai aimé constamment dans l'ingratitude, dans (( Je mépris, jusque dans l'outrage même ! »

Discours admirable quoique évidemment soj>histique, auquel Oroondate répond par une effusion, plus belle encore, de son amour chevaleresque, toujours prêt à s'incliner devant la sévérité, même excessive, qui convient à une fille bien née et ne la rend que plus digne d'être très dévotement adorée : (( Je ne désa- (( voue pas que ces preuves d'affection ne soient fort (( différentes en effet de celles que j'ai reçues de la (( reine Statira. Auprès d'elle, je n'en ai jamais pré- (( tendues de pareilles, et, si e'ile eût été capable de (( me les donner, j'eusse été capable aussi de perdre

(( le respect et la passion que j'avais pour elle. C'est « en me permettant de la voir et de la servir qu'elle (( m'a témoigné ses bontés mieux que par des crimes « auxquels, sans horreur, elle n'eût pu porter sa (( pensée. Et, par la connaissance que f avais d^elle, <( j'en ai reçu ces faveurs comme des grâces au- (( dessus d'une ambition raisonnable. Je ne me suis (( pas étonné qu'elle ait cessé de m'aimer lorsqu'elle (( a cru ingrat et perfide celui qui, dans la plus (( grande fidélité, était encore indigne de son affec- (( tion; et, par votre cruelle tromperie, j'étais devenu (( assez criminel dans son esprit pour mériter mille <( morts plutôt que le bannissement auquel elle me « condamna. Si elle m'a haï tant que mon innocence (( lui fut inconnue, si elle m'oublia, si elle épousa (( Alexandre, le crime en fut à vous seule ; et si, (( depuis son mariage, elle borna toutes ses affections (( dans la personne du roi son mari, et ne put ni (( m'aimer ni me souffrir après ma justification, je (( n'en ai accusé que sa vertu seule et je n'ai pas (( trouvé étrange qu'une princesse incapable de (( faillir ne voulût point, en ma faveur, sortir des (( limites de son devoir. Enfin, Madame, quand il (( serait véritable que cette grande princesse aurait (( mal reconnu mon amour, elle est telle qu'elle mé- <( rite d'être servie jusqu'au tombeau sans espoir de (( reconnaissance, et je suis trop heureux de l'avan- (( tage que j'ai eu par--dessus le reste des hommes « (d'être admis quelque temps à la servir) pour <( donner un moment de ma vie à la pensée d'une <( autre gloire et d'une autre félicité ! Mes misères <( seront toujours ma plus glorieuse fortune et ce que (( j'ai souffert pour ma princesse est au-dessus des

(( plus hautes récompenses que je me pouvais pro- (( poser dans un dessein moins beau que celui de lui (( donner ma vie tout entière ! » Voilà qui est parler ! Reconnaît-on dans ces lignes le ton de la gasconnade, comme Boileau l'a fait croire à dix générations d'écoliers ? Nullement, mais un parti pris d'exaltation amoureuse qui est dans la pure tradition romanesque. Il est vrai qu'à lire de pareilles pages, on saisit mieux les relations étroites qui ont de tout temps relié l'expression de l'amour courtois à celle de l'amour mystique. Mme Guyon qui, comme sainte Thérèse, lut tous les romans connus de son temps dans sa jeunesse, se laissa moins docilement contenir dans les cadres rationnels de la discipline ecclésiastique que la nonne illustre d'Avila : elle tira de ses souvenirs galants les exagérations de son Quiétisme, continué au siècle suivant par le rousseauisme mystique.

Dans Cléopâtre, le fils de Jules César et de la , belle reine d'Egypte, Césarion connaît une aventure plus surprenante encore que celle d'Oroondate avec Roxane dans Cassandre. Il a été laissé pour mort sur le champ de bataille après la lutte héroïque qu'il a soutenue pour la cause de sa dame, la reine d'Ethiopie, contre les troupes d'un usurpateur odieux. Son écuyer Etéocle, qui gît, moins gravement atteint, à ses côtés et n'a pas, comme lui, entièrement perdu connaissance, a vu s'approcher alors une femme en

deuil dont les cris de fureur (( se pouvaient entendre de plusieurs stades ! Elle avait les cheveux épars comme si elle eût été hors de sens, les yeux ruisselants de larmes, l'estomac gros de soupirs et toute l'action d'une personne égarée par le désespoir ! » Ses lamentations apprennent au blessé qu'elle a perdu dans le combat l'un de ses frères et aussi son fiancé Téramène, tous deux tués de la main de Césarion et tombés près de lui. Elle retrouve leurs corps, aperçoit non loin de là leur meurtrier qui lui paraît encore vivant, comme il l'est en effet, quoique privé de sentiment. Elle se précipite alors vers lui, un poignard à la main, pour lui donner le coup de grâce. Mais quelle puissance mystérieuse arrête soudain son geste sanguinaire et retient son bras déjà levé pour frapper? Le jeune héros est plus beau que jamais dans cet état de langueur extrême, les yeux vaguement ouverts, le teint d'une touchante pâleur ! Et l'amour, pénétrant brusquement dans le cœur fragile d'Eurinoé, a chassé la haine qui agitait, un instant plus tôt, son âme frénétique !

Aussitôt elle ordonne de transporter le mourant chez elle avec des soins infinis; elle le soigne nuit et jour, en le dérobant aux séides du tyran qui le cherche. Dès qu'il sera sur la voie de sa guérison, elle lui déclarera son amour, avec retenue et discrétion toutefois, car sa naissance et son éducation sont bonnes. Mais il ne saurait répondre à cette flamme imprévue. Avec des ménagements pleins de délicatesse, il la conduit à reconnaître qu'il doit toujours sa fidélité tout entière à la souveraine de ses jours, à la belle reine Candace. La situation, déjà difficile, se complique singulièrement lorsque reparaît soudain

l'amoureux Téramène, sauvé lui aussi du trépas, par miracle, sans que sa fiancée en ait rien su jusqu'à ce moment ! Il constate, avec une émotion facile à comprendre, le changement survenu dans les dipositions de la jeune fille à son égard. Il excuse toutefois Césarion dont il a entendu, avant de se montrer, les discours pleins de sagesse et de vertu à son ardente infirmière. Mais son débat sera nécessairement plus âpre avec Eurinoé.

Celle-ci plaide, pour s'excuser, le mysticisn^e passionnel, la volonté des dieux, le coup de foudre, Vénus toute entière à sa proie attachée. Aussi bien s'est-elle crue libre, en toute bonne foi, puisque Téramène était considéré comme défunt sans nulle contestation possible. Il ne lui reproche pas moins ce qu'il juge comme une épouvantable inconstance : sa passion pour un homme expirant qu'elle n'avait jamais vu et qui venait de donner la mort à des personnes dont la vie lui devait être si chère ! Il adjure le ciel de punir une infidélité si étrange. Mais l'accusée lui répond sans trop s'émouvoir : (( Nous étions- (( nous donc promis l'un à l'autre que noire amour « (non encore sanctionné par le mariage) durerait (( au-delà de la sépulture ? Quelle loi nous engage (( à cette éternité d'inclination envers les morts. Si tu (( as eu ce malheur de perdre mes affections par une (( aventure si prodigieuse, prends-toi de ton infortime (( au Ciel qui Ta voulue et non pas à ma volonté qui (( n'ij a pas contribué ! )) Une capitulation de la vcylonté, sans combat, qui nous conduit assez loin des régions de la sévérité féminine ! Pourtant, le malencontreux survenant s'inclinera devant ce plaidoyer qui, moins qu'un autre, le devrait convaincre ; il déci-

dera de mettre fm à ses jours, en toute authenticité cette fois, pour rendre pleine liberté à sa maîtresse, — anticipant, lui aussi, de deux siècles environ le geste de Jacques dans le roman fameux de George Sand. — Mais tout s'arrangera cependant sans dommage. En effet la belle, perdant enfin tout espoir de changer le cœur de Césarion, obéit aux avis pressants de ce dernier qui lui persuade de retourner à ses anciennes amours : « S 'étant rendue à lui (umte « première fois) par une puissance inconnue, elle <( cédait à cette même puissance, à laquelle elle ne <( fMDUvait résister », jusque dans sa déférence à la suggestion cruelle qui l'éloignait pour jamais de ce vainqueur ! Périp>étie beaucoup moins vraisemblable, il faut le connaître, et, en tous cas, infiniment moins romanesque (ou même romantique) que la frappante manifestation d'impulsivité erotique à laquelle cette fougueuse personne nous avait fait, précédemment, assister.

Après une analogue (( possession » amoureuse, les choses finiront beaucoup moins bien pour l'Hermione <jui figure dans Cassandre et qui, comme précédemment Déidcunie, nous est présentée au moment où elle vient d'être blessée mortellement, sous l'armure d'un chevalier, par le jeune Démétrios, fils d'un des lieutenants d'Alexandre. Ce prince adolescent, dont la beauté (( ne le cède point à celle des plus grandes a dames de l'Asie », et dont la vaillance n'est pas

moindre que la beauté, montre dès lors un tempérament infiniment accessible aux tendres impressions de l'amour. Pour manifester à tous les yeux cette douce inclination de son cœur, il a fait peindre sur son écu l'image du dieu Eros par la propre main du grand Apellès. Après avoir soupiré quelques concetti sur le malheur qu'a eu son épée de navrer cruellement une si belle personne : « Fallait-il, ô dieux, me faire (( tuer une femme que je devais aimer ou me faire (( aimer une femme que j'avais tuée, etc.. » — passage de style assez (( maudit », nous n'hésitons pas cette fois à en convenir, — il obtient de sa gracieuse victime qu'elle lui conte, avant d'expirer, son histoire.

Fille de Cradatès, prince des Caspiens sous la suzeraineté de Darius et qui resta gouverneur de cette nation sous le sceptre d'Alexandre, Hermione s'est éprise du conquérant macédonien, d'abord de loin et sur sa seule renommée, puis sur son aspect et sur ses allures martiales, quand elle l'a vu rendre visite à son père. La générosité que le héros montre à l'égard des peuples vaincus par son bras achève de la séduire; et, pendant le séjour d'Alexandre sous le toit qui l'a vue naître, elle boit à longs traits le poison qui, dit-elle, eût bientôt fait de pénétrer toutes les fibres de son cœur fragile, sans y plus laisser de parties saines : (( Folle Hermione, se disait-elle (( cependant avec angoisse, folle et misérable Her- (( mione, quel aveuglement est le tien de te préci- (( piter, avec si peu de raisonnement et de connais- (( sance dans une passion si déréglée. Tu aimes, sim- (( pie fille d'un vassal, celui qu'on appeile à juste (( titre le roi des rois. Il est guerrier, occupé sur-

« tout de ses conquêtes, et les princesses de Perse « «ont plus belles que toi ! )) C'est ainsi que, par l'effort du raisonnemenU elle tentait de conjurer sa passion grandissante ; mais cette aigumentation solide lui procurait bien la (( connaissance )) de sa dangereuse erreur, nullement la force de se dérober à l'impulsion de son cœur : (( Je jugeais, dit-elle, aussi (( sainement qu'une personne désintéressée l'eût pu (( faire que, de mon amour, je ne devais rien espérer; (( et toutefois cette connaissance ne pouvait me guéce rir de mon amour ! Je me vis enfin contrainte d'ai- (( mer sans espérance, parce que ma raison n avait « pas assez d'empire sur mon âme pour Ven empê- « cher. Puis, pour avoir vu Alexandre une seconde (( fois, ma passion s'augmenta de la moitié et elle « devint enfin si puissante par l'indulgence que j'eus (c pour elle, qu'elle acheva de me rendre folle ! )) Dès lors, sa tendre rêverie lui présente sans cesse son héros dans les attitudes les plus capables de lui laisser tout son prestige : à la tête de ses troupes, donnant l'assaut à quelque place forte, ou passant un fleuve avec intrépidité. « Et, dans toutes ces circon- (( stances, je me le figurais toujours avec une figure (( divine et avec un air respirant quelque chose de (( plus haut que l'humanité ! » Elle n'ose toutefois donner à son père aucune connaissance d'un mal qui, au lieu de lui inspirer de la pitié, n'eût assurément excité en lui que mépris et aversion pour une si lâche faiblesse.

Sur ces entrefaites, se présente à Cradatès un certain Spitaménès, odieux personnage qui a trempé, avec Bessos, dans le meurtre de Darius, puis livré Bessos lui-même à Alexandre, enfin trahi ce monar-

que à son tour. Il sait tromper son hôte sur son caractère et sur son passé avec tant d'adresse qu'il ea obtient la main d'Hermione. Son père ordonnant, celle-ci se dispose à obéir, convaincue d'ailleurs qu'elle n'aura jamais Alexandre pour mari. Elle se décide même, en fille bien née, à combattre plus énergiquement son affection insensée par la cruelle nécessité d'un mariage sans amour et à imprimer dans soji cœur les sentiments que le devoir lui prescrit désormais d'y nourrir. (( Quelque répugnance que j'y eusse, insiste- (( t-elle en effet dans son récit, je me fusse efforcée, (( par raisonnement, à chasser de mon âme cette pas- (( sion ennemie de mon repos et de mon devoir si, « par des crimes épouvantables, Spitaménès n'eût, (( au lieu de la froideur qui y était pour lui, introduit (( dans cette âme une sanglante haine qui a, depuis, (( produit des effets bien funestes ! »

L'aventurier dont elle est la femme se dévoile bientôt, en effet, dans toute sa laideur morale. Il fait tuer son beau-père et ses beaux-frères, parce qu'ils refusent de l'assister dans sa folle rébellion contre le pouvoir d'Alexandre. Hermione se trouve alors dans la situation que nous. avons déjà connue pour celle de Mariamne, reine de la Judée ; mais, très différemment conseillée par un amour antérieur à son mariage et par une beaucoup moins ferme vertu, elle sera loin de montrer la même mansuétude ou la même abnégation. Elle cesse de reconnaître pour son époux le meurtrier de sa famille et se reprend à nourrir sans scrupule en son âme sa funeste passion pour le Macédonien. Cependant, sur son lit de mort, elle attestera les dieux qu'elle avait fait auparavant tout le possible pour garder sa foi conjugale intacte et pris la réso-

lutioB de mourir plutôt que de caresser une pensée contraire à son devoir.

Se jugeant toutefois dégagée de ce ferme propos par les crimes dont nous venons de parler, elle se livre à l'obsession de son amour et dépêche enfin vers Alexandre un messager porteur d'une lettre d'aveu. Ce messager est soupçonné, poursuivi, tué par son époux qui, ayant alors en main les preuves de son péché d'intention, l'accable d'invectives et de menaces, lui jetant, pour terminer, ces paroles prophétiques : (( Sachez que ce n'est point à des femmes (( déloyales, à des femmes impudiques qu'Alexandre (( donne son estime et ses affections ! » Enfin, persécutée par ce furieux, poussée par un entourage sans scrupules, et après de longues hésitations, elle fait assassiner a son tour le meurtrier de tous les siens, pour porter en personne la tête de ce rebelle au roi de Macédoine. Celui-ci la repousse alors avec horreur: (( Va, lui dit-il, méchante et détestable femme! « Ne souille point du récit de ton parricide les oreil- (( les d'Alexandre et n'espère point trouver parmi « cous des monstres capables d'approuver tes dé- (( loyautés ! » C'est après cette déclaration écrasante qu'elle a décidé de mourir et s'est fait tuer par Démétrios qui se livre à un désespoir peu viril, parce qu'il a, nous l'avons dit, voué à la mourante une passion in extremis qu'elle accueille avec compassion et dignité. Ce jeune fou est un fâcheux exemple du romanesque outrancier qui nuit aux personnages masculins dans notre roman classique, héritier sur ce point d'une tradition trop despotique pour être parvenu à s'y soustraire.

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Teraiinons donc notre étude psychologique sur les récits de La Calprenède en disant quelques mots de ces amoureux transis qui ont assuré la persistance de la tradition courtoise à travers le siècle de Louis XIV et travaillé contre le bel effort d'épuration morale qui s'était produit jusque dans le genre romanesque pendcuit la première moitié de ce siècle.

Le platonisme passionnel, ou prétention au perfectionnement social par l'amour erotique était cependant chez eux plus justifié qu'il ne le fût peut-être jamais. Si l'on considère, en effet, de quelles inspiratrices ils acceptent la direction spirituelle, on conviendra que la thèse hasardeuse du grand mystique athénien se trouve alors assez près de mériter l'adhésion des moralistes d'expérience et de sang-froid. Le frein moral qui agit sur ces amoureuses, c'est la discipline familiale stricte et la maîtrise de soi que procure une éducation (( sévère ». Le frein accepté de leurs galants, c'est le code chevaleresque qui culmine dans la divinisation des femmes. Or, celles-ci incarnant à cette date la raison souveraine et presque constamment victorieuse de la passion (par une hardie négation de la fragilité trop souvent attribuée à leur sexe) , leur influence assurerait le triomphe des disciplines sociales nécessaires. Par malheur, ces personnes sévères ne parviennent pas à garantir leurs chevaliers servants des « forceneries )) ou folies dont les romans du moyen âge (en particulier le Roland furieux) avaient fait un thème poétique si goûté de

leurs lecteurs : ces héros n'obéissent pas toujours à leurs sages maîtresses, en dépit de leurs protestations de servage.

C'est pourquoi nos grands écrivains du XVI l^ siècle auront encore à rationaliser largement, en ce qui concerne les hommes, les suggestions de l'érotisme romanesque qui l'avait été suffisamment pour les femmes à leur date. Avant que fussent composés les romans de La Calprenède, Corneille avait commencé d'accomplir cette tâche nécessaire, lui qui, dans sa Place Royale, mettait en scène la silhouette imprévue d'un amoureux sévère, et qui, à Rodrigue, plus conforme à la tradition courtoise, faisait succéder le trop fier Horace; en attendant qu'il nommât précisément Sévère un modèle masculin de dignité et de maîtrise de soi dans la passion amoureuse. Cette nécessité de réaction justifie, en dépit de quelques excès précédemment signalés par nous, les campagnes antiromanesques de Boileau ou de Molière. Racine lui-même, en dépit de concessions assez marquées au goût persistant de son public sur ce point, n'en travaillera pas moins pour sa part, à cette œuvre du bon sens. Mais bientôt, sous le nom et sous le costume renouvelé du <( romantisme », ie romanesque devait renaître de ses cendres et promulguer, avec plus de succès que jamais, la morale que nous voyons présentement a l'œuvre pour saper le christianisme rationnel, héritier de l'antique sagesse méditerranéenne.

Nous avons dit que La Harpe, qui dénigre le roman classique sans l'avoir lu, reconnaît du moins aux héros de La Calprenède le mérite d'avoir porté « le front haut ». Et, certes, sur le champ de bataille, sinon aux genoux de leurs dames, ce sont

de redoutables compagnons. Nous avons rappelé que l'un d'entre eux, Artaban, survit, par sa fierté, dans la mémoire des hommes. On ignore tout de la naissance de ce brave, mais, dans ce siècle de hiérarchie rigide, il commence à plaider les droits du mérite destitué d'aïeux et affiche la prétention justifiée d'être lui-même un (( ancêtre ». Le ciel, proclame-t-il, l'a fait naître avec un courage qui, par une erreur peutêtre condamnable, le persuade que son épée tant de fois victorieuse le peut- égaler aux princes et qu'il ne trouvera point de plus grand que lui entre les hommes si celui-là n'est, en outre, plus vertueux et plus vaillant ! Aussi bien, ce hardi champion qui parle aux rois avec une dignité hautaisc se trouvera-t-il être, en fin de compte, le fils du grand Pompée, qui a étendu sur tant de rois son pouvoir !

Leur générosité n'est pas moindre que leur fierté martiale. Oroondate aperçoit-il un vaillant ennemi près de succomber sous le nombre, il se porte à son aide avec impétuosité en criant à ses hommes : « Lâ- « ches, avez-vous donc si peu de sentiment de la (( vertu que celle de ce brave ne vous porte pas à (( sa conservation plutôt qu'à sa ruine ? » Et ce trait fait naître entre les deux guerriers une de ces amitiés sans pareilles dont rêva constamment Jean-Jacques après avoir pleuré sur leurs héroïques manifestations dans son enfance, mais dont sa faible volonté de névropathe vînt lui interdire constamment de réaliser les abnégations nécessaires.

Toutefois, si l'aspect proprement chevaleresque de la morale courtoise s'offre à nous, non sans éclat, dans les romans de La Calprenède, l'aspect roma- Resque de cette morale se marque avec excès par

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mallieur dans la conduite des héros qu'il met en scène, aussitôt qu'ils sont amoureux. Un entier défaut de patriotisme leur fait alors préférer leur maîtresse à leur pays et verser à flots le sang des leurs pour l'intérêt des proches parents de leur dame. A ses pieds, ils tombent trop souvent dans une sorte d'atonie de la volonté qui rappelle fâcheusement les défaillances morales d'un Lancelot ou d'un Amadis, dans des circonstances analogues, et nous avons vu Tyridate causer la mort de Mariamne par égoïsme amoureux, par invincible aboulie, par opiniâtreté dans des aspirations sans issues. Le parfait amour est à ce prix, selon les normes sentimentales et déjà quasiquiétistes de l'époque : mais, à la longue, cette paralysie conventionnelle des facultés du raisonnement choque le lecteur de sang-froid et l'indispose à l'égard de ces hommes, si valeureux par ailleurs. C'est ce qui advint à Boiîeau, comme nous l'avons précédemment indiqué. Voyez plutôt Oroondate rappelé à l'ordre par Statira pour avoir osé l'aveu de son amour : aussitôt il « trébuche aux pieds de la cruelle « sans aucune apparence de vie » : et quand il reprend l'usage de ses sens, ses soupirs, ses sanglots et ses larmes se (( débondent » avec tant de violence qu'il paraît sur le point de rendre l'âme !

Tyridate, dont nous avons conté les tragiques amours, mourra lentement de cet amour, pour rendre enfin son âme, non pas entre les mains de son créateur, mais dans celles de sa maîtresse : (( O Ma- (( riamne, recevez cette âme que je vous donne pour (( la seule réparation que je vous puisse faire d'avoir <( contribué à votre mort. Elle prend sa volée vers <( vous tout indigne qu'elle est de se présenter devant

(( vos regards ! )) Il expire alors, par un trépas insigne qui lui vaut, de la main de ses amis, cette épitaphe solennelle: : (( T^ridate, grand en nais- (( sance, en valeur, en toute vertu, fut encore plus (( grand en amour puisque, sans Vaide du fer, du « poison ni de la maladie, Vamour seule le mit au « tombeau et lui fit rendre son esprit fidèle en per- (( dont la personne aimée : comme si la personne a aimée et T^ridate n eussent pu être animés que (( d'une même âme et que, par un seul filet, la Par- (( que eût coupé la trame de leurs deux vies. » C'est assez faire voir que le roman classique n'a jamais entièrement rompu avec la tradition romanesque.

La Pauline de Corneille est antérieure aux héroïnes de La Calprenède dont elle anticipe les accents généreux lorsqu'elle parle de son époux à l'homme qu'elle aima naguère :

Oui, je l'aime, Sévère, et n'en fais point d'excuses... De quelque amant pour moi que mon père eiàt fait choix..., J'en aurais soupiré, mais j'aurais obéi. Et sur ma passion ma raison souveraine Eût blâmé mes soupirs et dissipé ma haine.

En revéïnche, les femmes de Racine ne doiventelles pas quelque chose de leur accent généreux au romancier patronné par le grand Condé ? C'est ce que nous examinerons en rappelant les perplexités de l'une d'elles et non des moindres, la Monime de Mithridate. La Harpe voyait dans ce rôle le comble de l'art racinien. Hippolyte Taine goûtait la fiancée

du roi du Pont comme rincarnation même de la passion touchante mais contenue par les disciplines nécessaires. Il a parlé du rôle divin de Monime et justifié sa prédilection en ces termes : (( Si j'avais le pou- « voir de ranimer les êtres, ce n'est pas Desdémone (( que j'invoquerais, elle est trop petite fille; ni Ham- (( let, j'aurais mal aux nerfs. C'est Monime que je (( voudrais voir. Nous ne devons pas juger un monde (( aristocratique et oratoire (ou mieux rationnel et (( chrétien) d'après nos cris de poètes lyriques (( (d'après les normes du mysticisme passionnel vul- (( garisé par Rousseau) et nos habitudes de pièce béiens. Il y a là une nuance de beauté que nul (( peintre n'avait encore saisie, la délicatesse de l'hon- (( nêteté et le tact de la vertu. » Nous estimons que le peintre de Statira, d'Alcyone, de Marianne, de Tullie, d'Isménie avait déjà traduit cette nuance.

Qu'on relise, en effet, le rôle de Monime, on croira voir en elle une sœur des héroïnes dont nous venons de rappeler les noms. Monine est d'une race royale, quoique déchue dès longtemps du trône. Mithridate, maître d'Ephèse par les armes, la vit, l'aima, la demanda aux siens et lui envoya son diadème qu'elle porte depuis lors en témoignage de ces fiançailles illustres ; car elle a dû obéir à son père Philipoemen, ennemi des Romains, lorsqu'il lui a prescrit d'épouser le vieux souverain en qui s'incarne la résistance suprême au progrès de YImperium latin. Mais elle est, en outre, aimée des deux fils de ce souverain : de l'aîné, Pharnace, traître à son père et allié secret des conquérants italiotes, et du cadet, Xipharès, qui l'a connue avant le projet matrimonial formé par son père : d'où la légitimité de l'amour réciproque qui les

lie depuis ce moment 'l'un à Tautre. La tragédie sera le débat, dans ce cœur de femme, entre ce qu'elle doit à la volonté paternelle ainsi qu'à la foi conjugale à demi engagée déjà, et ce que lui suggère son cœur, touché d'une passion que tout excuse. Rappelons quelques vers particulièrement significatifs de ce poignant débat. <( Le prince Xipharès sait-il que vous l'aimez, a dit à la jeune fille sa confidente Phoedime ? »

Il l'ignore, Phœdime!

Les dieux m'ont secourue et mon cœur affermi N'a rien dit, ou du moins, n'a parlé qu'à demi... Il viendra malgré moi m'arracher cet aveu. Mais, n'importe, s'il m'aime, il en jouira peu! Je lui vendrai si cher ce bonheur qu'il ignore Qu'il vaudrait mieux pour lui qu'il l'ignorât encore!

Puis, c'est la sommation à Xipharès en personne de se conformer à la loi chevaleresque en aidant celle qu'il aime à remplir vis-à-vis de lui son devoir, qui est de lui refuser son amour :

Et, quel que soit vers vous le penchant qui m'attire. Je vous le dis. Seigneur, pour ne plus vous le dire : Ma gloire me rappelle et m'entraîne à l'autel Où je vais vous jurer un silence éternel... Dans ce dessein vous-même il faut me soutenir Et de mon faible cœur m'aider à vous bannir... Puis, après ce moment, si ce cœur magnanime D'un véritable amour a brûlé pour Monime, Je ne reconnais plus la foi de vos discours Qu'au soin que vous prendrez de m'éviter toujours... D'un héros tel que vous c'est là l'effort suprême. Cherchez, prince, cherchez, pour vous trahir vous-même Tout ce que, pour jouir de leurs contentements, L'amour fait inventer aux vulgaires amants!

Enfin, vient la péripétie proprement racinienne, le progrès très évident sur l'art, plus fruste malgré tout.

d'un La Calprenède. Mithridate arrache, par ruse, à Monime l'aveu de son amour pour Xipharès et, dès ce moment, elle se juge dégagée vis-à-vis du fourbe cruel, et libre de récompenser l'amant sans reproche:

Vous seul, seigneur, vous seul, vous m'avez arrachée

A cette obéissance où j'étais attachée;

Et ce fatal amour dont j'avais triomphé.

Ce feu que, dans l'oubli, je croyais étouffé.

Dont la cause, à jamais, s'éloignait de ma vue, j

Vos détours l'ont surpris et m'en ont convaincue ! >

Je vous l'ai confessé, je dois le soutenir...

Et le tombeau, seigneur, est moins triste pour moi

Que le lit d'un époux qui m'a fait cet outrage.

Qui s'est acquis sur moi ce cruel avantage.

Et qui, me préparant un éternel ennui.

M'a fait rougir d'un feu qui n'était pas pour lui!

Cela est sublime et notre incomparable tragique se trouve, certes, assez opulent de son propre fond pour n'avoir jamais eu à s'enrichir des dépouilles d'autrui. Il n'en est pas moins permis d'affirmer que le roman héroïque a concouru pour une part à la formation de son génie. Si ces pages en ont persuadé quelques esprits de bonne foi, nous jugerons qu'elles n'ont pas été vainem.ent proposées à l'attention de nos lecteurs. Il nous reste à montrer comment le roman classique faiblit dans son inspiration morale pendant la seconde moitié du XVII® siècle.

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