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CHAPITRE X

LE COMTE d'hABSBOURG (lÉON ix) ET SES SIX SUCCESSEURS, jusqu'au règne d'hILDEBRAND, ou la période DE LA LICENCE DU ROMANISME.

Apres rempoisonnement du pape Damase II par son adversaire le pape Benoît IX, l'empereur Henri III convoqua une assemblée de seigneurs qui élurent prînceévêque de Rome le comte d'Habsbourg, Alsacien et parent de cet empereur. Ce seigneur monta sur le trône de Rome en 1049, sous le nom de Léon IX (1).

Le pontificat de ce prince fut un voyage continuel avec son cousin l'empereur, et il n'offre comme souvenir historique qu'une malheureuse expédition militaire.

Ce fut pendant ces imposantes promenades que les deux cousins tinrent ensemble trois conciles, à Pavie, à Reims et à Mayence, tt célébrèrent à Cologne la fête des apôtres saint Pierre et saint Paul. Ils accordèrent différents privilèges aux prêtres de la cathédrale de

11) L'abbé Fleury,liv. lix, p. 112.

cette dernière ville, et distribuèrent des mitres à plusieurs chanoines et à plusieurs diacres et sous-diacres.

Léon IX, à son retour à Rome, y célébra encore un concile k lui seul, et marcha ensuite à la tête d'une armée contre les Normands qui inquiétaient la Fouille, province napolitaine (1). Mais malheureusement, pour nous servir des propres termes de son historiographe ultramontain , « le pape fut vaincu et devint leur i< prisonnier. Il resta à Bénévent jusqu'en 1054; là, « par son habileté, Léon changea ses ennemis en pro- « tecteursdu Saint-Siège. Ayant recouvré sa liberté, il « revint à Rome, après avoir donné aux Normands l'in- « vestiture d'une partie des terres qu'ils avaient con- « quises (2). »

C'est à cette époque que Hildebrand, simple moine de Cluny à Florence, vint à Rome, s'attacha à Léon, et, par la finesse de son esprit fécond en ruses , gouverna arbitrairement ce pape et tous ses successeurs, jusqu'à son avènement au trône pontifical.

On ne connaît pas précisément l'origine de ce moine : la plupart des historiens s'accordent à lui attribuer une basse extraction. Toutefois, c'est aux insinuations perfides de cet homme, secrétaire de Léon IX, cardinal

(1) Arlaud de Montôr, tome II, p. 140.

(2) Id.jtoiTielI, p 14?.

Elle est plaisante, cette gratification que le pape faisait aux Normands des terres qu'ils lui avaient prises par les armes. — C'est la formule que le Romanisme emploie ordinairement pour avoir l'air de faire cadeau de tout ce qu'on lui arrache par la force...

sous six autres papes, et pape lui-même sous le nom de Grégoire VII, que l'Eglise et la société doivent les blessures les plus profondes que le Romanisme leur ait faites.

C'est cet Hildebrand qui conseilla à Léon IX de déposer l'investiture de la « papauté, qu'il avait reçue « d'Henri III, empereur d'Allemagne, comme venant « des mains d'un laïque, et de se faire élire pape à c( Rome par le peuple et le clergé de cette ville , suivant « les anciennes institutions de l'Eglise. »

Ce fut également k l'instigation de ce même Hildebrand que Léon IX consomma, en 1054, la séparation des deux Eglises, dont nous parlerons dans le chapitre suivant.

C'est à cette même époque que le pape Léon IX, aidé par son conseiller Hildebrand, trouva dans les archives de ses prédécesseurs le fameux Chrysobulle, par lequel l'empereur Constantin le Grand, au moment de son départ pour sa nouvelle capitale, faisait cadeau de l'ancienne àl'évêque de Rome saint Sylvestre, et à ses successeurs.

Enfin, c'est peut-être à cause de ces deux grands services que le prince Léon IX avait rendus à leur système, que les Romanistes en firent après sa mort un saint.

Le trône de Rome resta vacant pendant un an ; le moine Hildebrand, déjà fait cardinal, avait mis en mouvement tout son parti pour l'occuper, mais l'empereur Henri 111 prévalut. Ce prince nomma pape un de

ses propres parents et son conseiller intime, nommé Gobehard, qui régna sous le nom de Victor II (1).

A la mort de ce pape, arrivée en 1057, le cardinal Hildebrand tenta de nouveau d'obtenir la tiare ; mais son éternel cauchemar, l'empereur Henri III, déjoua encore toutes ses intrigues et éleva sur le siège pontifical un membre de la maison de Lorraine, le prince Junien Frédéric, qui monta sur le trône en 1057, sous le nom d'Etienne X. Ce pape appartenait par ses alliances à la maison de France et à la maison impériale (2).

Le pape Etienne X était un homme vertueux, mais simple et ignorant, comme tous les princes de son temps. Il entretenait de très-bonnes relations avec son parent l'empereur Henri III. Il parait même que ce fut celui-ci qui lui conseilla d'envoyer Hildebrand résider en France, pour éloigner de sa personne un si dangereux ennemi. Mais le moine romaniste avait tellement su flatter le pape, qu'il en avait été rappelé et envoyé.

(1) Histoire des souverains -pontifes ^ par Arlaud de Montor, tome II, p. 147. Ce même historien nous apprend qu'on présenta un jour à ce pape du poison dans le calice, et que les légendes rapportent que le calice devint tout à coup si pesant que le pape ne put le soutenir, et que le crime fut ainsi miraculeusement découvert. (Iderrif p. 147.) Cette tentative d'empoisonnement par laqudle se trahissait Timpatience de Hildebrand de monter sur le trône, aggrave terriblement la présomption du terrible attentat dont on avait plus tard accusé cette même personne vis-à-vis de l'empereur Henri III.

(2) Id.. tome H, p. 149.

comme légat, à la cour de l'impératrice Âgnës, mëre de l'empereur Henri IV.

Ce fut en cette circonstance que ce prévoyant prélat persuada à Etienne X de donner un ordre aussi étrange que contraire à l'esprit de l'Eglise, et qui prouve le grand empire que Hildebrand savait se ménager près de tous les papes. « D'après le chevalier Artaud de Mon- « tor, le pape, par ses prières et par son autorité, obc( tint des évêques, du clergé et du peuple romain, que, « si le Saint-Siège devenait vacant, on ne procédât à ce aucune élection que Hildebrand ne fut revenu de sa « légation (1). » Le pape Etienne X mourut subitement, lui aussi, après un règne de neuf mois, à Florence, entre les bras (Tun abbé de Cluny (2).

Le cardinal Hildebrand se préparait déjà à retourner k Rome, sûr qu'il réussirait, au moins cette fois; mais il était arrivé tout le contraire. Le peuple romain, fatigué des intrigues des Romanistes et des désordres des papes successivement imposés par Henri 111, se révolta, et, les armes à la main, il élut pape un homme trèsrespecté pour sa \)\été et ses vertus, mais, par malheur, très-ignorant, le pape Benoît X. — Aussi, d'après l'historien Artaud de Wontor, Saint-Pierre Damien disait de lui: « Je le tiens et je le reconnaîtrai pour vrai « et très-vrai pontife, s'il peut expliquer un seul verset « de quelque psaume (3). »

(1) Artaud de Montor, tome If, p. 150.

(2) Id., tome II, p. 150.

(3)Id., lomc II, p. 251

a Hildebrand, sur qui reposait une grande partie de « la force de l'Eglise, dit le même historiographe « papiste, ne devait pas manquer à sa mission : il « avait appris avec dégoût l'élection de Benoit X, et, (c revenu de son ambassade, il fit changer la face des « affaires (1). »

En effet, Hildebrand, fit tenir immédiatement à Sienne une assemblée de quelques évêques qui nommèrent pape Nicolas II, en 1058.

Le nouvel élu condamna et détrôna Benoit X, et fut couronné en Tan 1059.

C'est à cette occasion que Hildebrand institua le conclave^ comme nous le verrons dans un de nos chapitres suivants.

La première élection d'un souverain-pontife, faite d'après le nouveau procédé des Romanistes, fut celle d'Alexandre II, élu parle premier conclave qui eut lieu à Rome, à la mort de Nicolas II, en 1060.

a Ce fut à cette époque, dit le même historiographe, a que s'établit l'usage de n'attendre aucune approba- « tion quelconque des empereurs. La sainte Eglise dece meura dans une absolue indépendance, qui s'est (( maintenue jusqu'à nos jours, la même indépendance « d'ailleurs dont on avait joui dans les quatre pre- « miers siècles de l'Eglise !!! (2) »

Cependant le peuple et la noblesse de Rome ne voulant pas reconnaître ce pape, s'adressèrent à l'impéra-

(1) Artaud de Montor, tome II, p. 152.

(2) Id., tome II, p. 155.

trice Agnès, qui convoqua un concile à Bâle, lequel nomma pape Cadalous, évêque de Parme, sous le nom d'Honoré II. Celui-ci entra à Rome à la tête d'une armée, et prit possession de la papauté.

Après la chute de l'impératrice Agnès, Hanon protégea l'ex-pape Alexandre II; il vint même àRomeavec une armée, déposa Honoré II, et replaça sur le trône pontifical Alexandre II, en 1062.

En 1067, ce pape convoqua à Mantoue une assemblée d'évêques, laquelle, sous le nom de concile, condamna et déposa Honoré II, cinq ans après sa destitution !.. .

Le pape Alexandre II est, d'après les défenseurs du Romanisme, le premier inventeur des indulgences pienier es [S].

De plus, ce pape accorda a un laïque, Uratislas, roi de Bohême, la grâce de parler une mitre d* évêque (2).

Alexandre II mourut en 1073. On voit, par ce coup d'œil sur les trente-trois princes qui, depuis Octavien ou Jean XII, jusqu'à Alexandre II, régnèrent à Rome sous le nom de papes, quel fut le déplorable état de l'Eglise d'Occident depuis son asservissement par le pouvoir temporel.

Aussi, cet espace de cent dix-sept ans fut-il l'époque où le Romanisme exerça sa licence la plus effrénée.

Qu'on vienne encore, avec M. Artaud de Montor, parler de l'indépendance de l'Eglise romaine de ce temps-

(1) Arlaud de Montor, lome II, p. 156, (S) Id., tome II, p. 159.

là, et la comparer follement à celle des quatre premiers siècles ! . . . .

C'est à cette époque que vivait Saint-Pierre Damien, im des plus illustres pères de l'Eglise d'Occident, fait malgré lui cardinal-évêque d'Ostie, mais qui renonça à cette charge et vécut toujours vertueux et dans la plus sévère pauvreté, même au milieu delà cour du Vatican. Voici comment cet homme vénérable se plaignait du luxe et de l' inconduite des évêques de son temps, dans ses lettres au pape et à Hildebrand : ce Le temps n'est a plus où l'on puisse garder la modestie, la mortifica- «. tion, la sévérité sacerdotale. Moi-même, quand je « viens vous trouver, je vois surgir aussitôt en foule a les railleries, les plaisanteries, les bons mots, les « questions sans nombre et les paroles inutiles, la disa sipation qui éteint la dévotion et ruine le bon exem- « pie. Si nous ne nous laissons aller à ces excès, on a nous accuse de dureté et d'inhumanité; j'ai honte de « parler des désordres plus honteux, la chasse, la faua connerie, la fureur du hasard ou des échecs qui font a un bouffon d'un évêque (1). »

Mais Dieu voulut permettre que l'asservissement de son Eglise, au lieu de cesser, se constituât en despotisme organisé sous le règne du fameux romaniste Hildebrand^ qui, aussitôt après la mort d'Alexandre II, put enfin s'emparer du trône de Rome.

1) Opuscule de Saint-Pierre Damien, p. 3.

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