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CHAPITRE XIII

HILDEBRAND (GRÉGOIRE Vil) ÉTABLISSANT FORMELLEMENT LES PRINCIPES DU BOMANISME DANS l' ÉGLISE DE ROME, OU LA PÉRIODE DE l'intronisation DU ROMANISME.

Hildebrand, devenu enfin pape, en 1073, sous le nom de Grégoire VII, entreprit l'exécution du vaste plan qu'il avait longuement médité et habilement préparé du temps de ses six prédécesseurs, sous les noms desquels il régnait, des l'an 1049. C'est ce prince-évêque qui mit en vigueur les prétendues anciennes institutions de TEglise, connues sous le nom de fausses dccrétales d'Isidore. Il est vrai que ces décrétales avaient été recueillies, ou plutôt fabriquées vers l'an 915, par un marchand nommé Isidore, par ordre et aux frais de la fameuse Marosie, qui en avait besoin pour maintenir son amant Jean X sur le trône pontifical.

Mais ce fut le pape Grégoire VII qui eut la témérité d'attribuer ces monstruosités aux saints papes des trois premiers siècles de l'Eglise !

S'appuyant sur cet écrit, considéré par tous comme

apocryphe, Grégoire proclama aloi*s, comme règle de FEglise, les principes du Romanisme sous la forme d'une organisation constitutive de la papauté. 11 appela cette charte du Romanisme « Diclalus papœ (i). »

C'est ainsi que ce souverain pontife basa la prétendue papauté temporelle et spirituelle sur le système du Romanisme, ou. pour mieux dire, il ressuscita le système de Tancien despotisme romain, sous la forme d'une des plus arbitraires et des plus fausses théocraties.

D'après l'abbé Fleury, ces maximes inqualiGables se trouvent dans les lettres du pape Grégoire Vil, sous le nom de Diclalus papœ (comme qui dirait Sentences du pape). Ce sont vingt-sept articles dont les uns sont vrais, les autres manifestement faux, et les autres tirés des fausses décrétales du marchand Isidore (2).

L'historien Coumas, qui puisa les faits qu'il raconte sur les papes de Rome à la bibliothèque impériale de Vienne, dit aussi que ces articles sont exposés dans les pages 108 et suivantes de l'écrit de Jean Veigti Hildebrand, connu sous le nom de pape Grégoire VII (3).

Les principaux aphorismes de ces Diclalus sont :

(1) Celle conslilulion, qui est composée de vingl-sepl arlicles, se trouve dans les lettres de ce pape, recueillies dans un écrit intitulé Dictatus papœ^ inséré dans les collections des conciles. (Voyez aussi l'abbé Fleury, Histoire ecclésiastique, tome IX, liv. LXiii, et Coumas, Histoire des actions humaines, tome IV, chap. xxiii, etc., etc.)

(2) Fleury, Hist, ecclés.^ p. 292.

(3) Coumas, Hist, des actions humaines^ tome IV, p. 307.

I. Que l'Eglise est esclave, parce qu'elle succomba sous le joug du pouvoir temporel; que ses ministres ne sont pas libres, parce qu'ils sont nommés par des laïques et que ce n'est que par ceux-ci qu'ils sont ce qu'ils sont ;

II. Que la religion se trouve dans une dangereuse lutte avec le pouvoir temporel.

III. Que l'Eglise doit se rendre libre par son chef, par le premier parmi les chrétiens, par le soleil de la foi, qui est le pape. C'est celui qui doit délivrer les ministres de l'autel des liens de tout pouvoir laïque.

IV. Que ni les souverains, ni les peuples n'ont aucun droit de se mêler de l'administration de l'Eglise.

V. Le monde est gouverné par deux astres ; par le grand astre qui est le soleil, et par l'astre secondaire qui est la lune. Or, le pouvoir apostolique de l'Eglise est le soleil, et le pouvoir temporel des souverains est la lune. De même que celle-ci ne brille que par le soleil, de même il ne peut y avoir des empereurs, des rois et des princes que par le pape, celui-ci n'existant que par Dieu.

VI. Le pape est donc au-dessus de tous les souverains, nul ne peut le contredire; tous dépendent

de lui, et tous lui doivent soumission et obéissance en toutes choses.

VIL Comme le pape n'existe que par Dieu, toutes les choses spirituelles et temporelles sont sou^ mises à son pouvoir. C'est lui seul qui a le droit d'enseigner et de conseiller, de réprimer et de punir, déjuger et de décider toutes choses.

YlII. L'Eglise de Rome est mère et souveraine de toutes les Egli^s chrétiennes. C'est à elle seule de prendre soin et de décider de ce qui convient à chacune d'elles, comme la mère prend soin de ses Clles. C'est pour la même raison que celles-ci lui doivent, toutes, honneur, respect, soumission et obéissance absolue.

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