LES JESUITES
cf 11 y a une compagnie qui s* est élevée depuis peu, a qui s'appeUe les Jésuites, qui en séduiront plusieurs; « qui, vivant la plupart selon les scribes et les phari*- (c sienSf tâcheront d'abolir la vérité. Ils en viendront <c presque à bout, car ces sortes de gens se tournent en « plusieurs formes. Avec les païens ils seront païens ; (c avec les athées ils seront athées; avec les juifs ils sea ront juifs; avec les réformateurs ils seront réformacr leurs, exprès pour connaître vos intentions, vos des- « seins, vos cœurs et vos inclinations. Ces gens sont a répandus par toute la terre. Us seront admis dans le « conseil des princes, qui n*en seront pas plus sages ; (( ils les enchanteront jusqu'au point de les obliger à K révéler leurs cœurs et leurs secrets les plus cachés ; « ils ne s'en apercevront point. Néanmoins, Dieu, à la (( fin, pour justifier sa loi, retranchera promptement (( cette société, même par les mains de ceux qui l'ont (( le plus secourue et se sont servis d'elle ; de sorte
(c qu'ils deviendront odieux k toutes les nations. Ils se- (c ront de pire condition que les juifs; ils n'auront <r point de place fixe sur la terre, et alors un juif aura <ï plus de iaveur qu'un jésuite (i). » Telle est la prédic* tion que feisaît George de Bronsvel, archevêque de Dublin, vers Tan 1560, sur la compagnie qui devait soutenir le Romanisme, au moment où il allait être écrasé par les conséquences des principes posés par saint Bernard au xii^ siècle, par les décisions des con^ ciles dé Constance et de Bâle, par les rudes attaques die Luther, et par les succès du protestantisme.
En effet, c'est en 1535 qu'Ignace de Loyola vint avec ses quatre coopérateurs, Lainez, Salmeron, Bobadllla et Rodriguez, offrir ses services au pape Paul III, sans faire avec lui ni convention, ni condition, ni restriction d'aucune esjpèce.
La circonstance ne pouvait être plus favorable. Le luthérsoiisme enlaçait déjà tout le nord de l'ËuropCt et, pour peu qu'il s'étendit encore, c'en était fait de la puissance papale!... Paul III s'empressa donc d'ac» cueillir le nouvel institut, sans lui faire même la moin* dre observation sur le titre blasphématoire et plein d'arrogance de Compagnie de Jésus qu'il osait prendre. Le secours d'une société qui faisait voeu de servir les intérêts du seul vicaire de Dieu sur la terre, qui s'at* tadiait spécialement à l'exécution des ordres du pape
(1) Voyez les procès contre les jésuites, pour servir de suite aux Causes célèbres^ p. tlO, in-i?, 1750; et les Annales d'Irlande, par laeques Varan, réiaiprinices à Dublin en 1705, p. 198«
et de ses successeurs, qui jour et nuit devait être armée pour acquitter une obligation si grande, servait puissamment à seconder les vues toujours ambitieuses de la cour de Rome. Le pacte d'alliance fut donc signé; mais les jésuites se réservèrent le droit de servir le Ro* manisme à condition qu'ils en seraient les chefs» et que tous les avantages seraient pour eux.
En effet, et comme Ta dit si judicieusement le pape actuel Pie IX : « / jesiUti vogliono defendere la Chie$a ma pretendotw essere essi la Chiesa; » c'est-à-dire : d Les jésuites veulent bien défendre TE^lise, mais ils d prétendent, eux, être TEglise. »
Les auspices sous lesquels se présentait la com}»gnie étaient trop favorables pour qu'elle ne prit pas une extension illimitée. Aussi en Tannée 1764, c'est-àdire deux c£nt vingt-sept ans après qu'elle s'était humblement présentée à Rome, n'offrant que le chiffre presque ridicule de quatre hommes et un chef, elle l)ouvait orgueilleusement étaler aux yeux du monde étonné une liste de vingt-deux mille membres offi^ ciels, sans compter les confrères, les affiliés inscriu, et la légion qui se tenait dans l'ombre I
Quant à sa moralité, voici comment la caractérisait la Faculté de théologie de Paris, dans l'exposé qu'elle présenta au parlement de France en 1554 :
« Cette société s'arroge le titre inoui de CSompagoie (V de Jésus; elle reçoit indifféremment et sans choix « toutes sortes de personnes, les scélérats, les infâmes; « elle n'a ni règle, ni constitution, ni manière de vivre;
a ni aucun des usages qui distinguent les autres relia gieux des personnes du siècle ; elle a obtenu une in* (I finité de privilèges, de libertés et d'indemnités, prin* er cipalement en ce qui concerne l'administration des <r sacrements, au préjudice des évêques et du clergé. « Ainsi , cette société me semble déshonorer l'ordre a monastique et religieux dont elle énerve la discia pline, en se dispensant des pieux exercices qui entre- «r tiennent la ferveur et soutiennent la vertu. Elle (c donne même occasion d'enfreindre les vœux, de se a soustraire à l'obéissance due aux prélats, de dépouil- « 1er injustement les seigneurs ecclésiastiques et auff très de leurs droits, et d'introduire dans le gouvercr nement de l'Etat et de l'Eglise le trouble, les plaintes, a les procès, les dissensions, les disputes, les jalousies, « les révoltes , les divisions de toute espèce ; par « toutes ces raisons, cette société parait k la Sacrée Fa- « culte dangereuse pour la religion, parce qu'elle trou- « ble l'Eglise, renverse la discipline monastique et a tend plus à la destruction qu'à l'édification (1). »
En effet, qu'est-ce qu'un jésuite? Est-ce un prêtre régulier? Est-ce un laïque? Est-ce un religieux? Est-ce un homme de communauté? Est-ce un moine? Est-ce un diplomate? Estr-ce un grand seigneur? Est-ce un commerçant? Est-ce un industriel? Est-^ce un aventurier?
(1) Du Boulay, Historia universitatù^ p. 572. — Le Mercure jésuite, lome I, p. 3Î0. — De Thou, Histoire universelle^ liv. xxxTii, tome III, p. 541.
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a (le la royauté avec le sacerdoce, de la prudence avec a la dissimulation, de la magnificence avec la simpli- « cité, de réox)nomie avec les plus grandes richesses.
a Tout, dans cette monarchie, dépend de la volonté « du souverain, connu du public sous le nom de gé- ^ a néral. On croit ce qu'il décide. La raison ou le sens « coifimun ont beau se révolter, on ne les écoute pas. (T II n'est point permis de répliquer, à moins que de « s'exposer à quelque punition. Les sujets doivent, au a contraire, tout écouter, applaudir à tout, approuver ce tout... »
Suivant la trente-sixième constitution générale , il est effectivement ordonné aux jésuites de se regarder coinîne des cadavres (1).
(c Les solipses ne connaissent point de jurisprudence, a parce que leurs jugements ne sont fondés ni sur les a lois ni sur la raison, mais seulement sur l'autorité de « leur souverain. Ils agitent cependant en particulier, « et devant des disciples choisis, des questions d'Etat (( qu'ils appellent questions monarcales. Alors leurs (( principales disputes roulent sur le moyen de faire a des conquêtes et de les conserver ; sur l'art, l'utilité d et la nécessité de feindre ; sur les amphibologies, les K équivoques et les restrictions mentales; sur lama-* « niëre d*improviser à propos toutes sortes de syllo^ c( gismes captieux, selon les différentes circonstances « du lieu, de la chose et du temps. C'est dans cette
(1) La Monarchie des Solipses, cliap. i^ p. 1 etsuiv^
(T science qu ils excellent : il n'y a point de difficultés (c qu'ils n'aplanissent, point d'objections qu'ils ne dé- « truisent mieux que tous les jurisconsultes del'Eu- « rope. 11 s'ensuit qu'ils font une étude particulière de a tromper tout le monde.
a Ils ont en philosophie et en théologie une grande a liberté pour les sentiments, et c'est se rendre recomcr mandable parmi eux que d'inventer et d'enseigner cr différentes opinions. Il importe peu qu'elles soient a vraies ou fausses, pourvu qu'elles aient la grâce de la a nouveauté (1).
Liskenne, auteur du Résumé de l* Histoire des Jésuites, raconte que Melchior Inchofer a avait été enlevé « par ses ex-confrères aussitôt après la publication de <i son livre, et qu'il aurait disparu pour toujours si le (c pape Innocent XIII, dont il était fort estimé, n'avait « promptement ordonné au général de la compagnie « de le représenter (2). »
Un autre membre de la compagnie, nommé Jarrige, nous a laissé un ouvrage des plus curieux sous le titre de : le Jésuite sur Véchafaud.
Un historien dit, en parlant du jésuite Jarrige: a Comme on n'a jamais entendu parler de lui depuis la a publication de son livre, cette fois, on le suppose, il c( coûta cher à l'auteur. Chacun sait ce que les jésuites
(i) La Monarchie des SoUpses, chap. Vi, p. iL (2) Réswmi de l'histoire des jésuites^ par Charles Liskenne^ p« 230.
« en ont pu faire, personne ne sait ce qu'ils en ont a fait (i). »
Jarrlge termine son livre par une imîrucimi aux princes, ou il expose les bases du gouvernement des jésuites.
Il serait ennuyeux d'analyser ici les divers chapitres de ce livre, oii, du reste, Tauteur ne fait guère que retracer des faits déjà racontés par plusieurs des' plus recommandables écrivains.
De même le Parlement de France, après un long examen des assertions publiquement soutenues et ensei^ gnées par les jésuites, présenta en 1 762, au roi Louis XV, son rapport officiel où il déclarait que a ces passages a tendaient à rompre tous les liens de la société civile, (( en autorisant le vol, le mensonge, le parjure, l'im- « pureté la plus criminelle, et généralement toutes les (c passions et tous les crimes, par l'enseignement de la a compensation occulte des restrictions mentales , du a probabilisme et du péché philosophique; à délïuire a tout sentiment d'humanité parmi les hommes, en c( favorisant l'homicide et le parricide....; a exciter, « par l'enseignement abominable du régicide, les alar- « mes les plus vives et les mieux fondées sur la sûreté
« même de la personne sacrée des souverains ; k
« renverser les fondements et la pratique de la reli- <r gion, et à y substituer toutes sortes de superstitions,
(1) Bésumê de Vhistoire des Jésuites, par Charles Liskenne, p. 2S6.
(( en favorisant la magie» le blasphème, Virreligion et c( r idolâtrie (i). »
Parmi les doctrines scandaleuses reprochées à l'honorable compagnie, on trouve celles de cinq confrères qui enseignent la manière de blasphémer (2); deux autres approuvent le sacrilège (3); dix-sept permettent l'adultère, l'impudicité, la pédérastie, assurant que ces actions n'ont rien qui offense les lois de la nature , et par conséquent la morale générale (4). Vingt-neuf prouvent l'excellence du faux et du parjure (5). Cinq admettent qu'un juge peut prévariquer (6); trentequatre démontrent comme on doit voler et receler (7) ; et, dans certains cas, trente-six autorisent l'homicide (8), deux le suicide (9), et soixante-quinafe le régicide (10).
De pareils principes, soutenus par le poignard et le poison, ne pouvaient manquer de jeter le trouble dans les Etats, et d'attirer contre les jésuites la malédiction
(1) M. Gilbert de Voisins, Procédure contre l'institut et Us constitutions des jésuites, p. 156.
(2) Extrait des assertions soutenues et enseignées par les soi" disant jésuites^ tome II, p. 100 et suiv., in-lj, 116%,
(3) Id., tome If, page 108 et suiv.
(4) Id., tome III, p. 66 et suiv.
(5) Ibid. , p. 90 et suiv. (6)7^î^.. p. 2i2el suiv.
{l)Ibid., p. 252 et suiv.
(8) lèid., p. 396 et suiv.
(9) Id., tome IV, p. 74 et suiv.
(10) Ibid,^ p. 90 et suiv.
des princes et des peuples; aussi furent-ils bannis successivement :
De Saragosse, en 1555.
DelaValteline, enl566.
De Vienne, en 1568.
D'Avignon» en 1570.
D'Anvers et de Ségovie, en 1578.
D'Angleterre, en 1579, en 1581, en 1598, en 1601 et en 1604.
Du Japon, en 1587.
De Hongrie et de la Transylvanie^ en 1588.
De Bordeaux, en 1589.
De toute la France, en 1594 et en 1764.
De la Hollande, en 1596.
De la ville de Tournon, en 1597.
DuBéarn, en 1597.
De Dantzick et Thom, en 1606.
De Venise, en 1606 et en 1612.
Du royaume d'Amura au Japon, en 1613.
De Bohême, en 1618.
De Moravie, en 1619.
De Naples et des Pay^Bas, en 1622.
De la Chine et de l'Inde, en 1622.
De Malte, en 1634 et en 1768.
De Russie, en 1670, on 1723 et en 1816.
De Savoie, en 1 729.
Du Portugal, en 1578 et en 1759.
D'Espagne, en 1767.
Du royaume des Deux-Sicilt s et do Parme, en 1767.
« en favorisant la magie, le blasphème, Virreligion et a ridolàtrie (1). d
Parmi les doctrines scandaleuses reprochées à Fhonorable compagnie, on trouve celles de cinq confrères qui enseignent la manière de blasphémer (2); deux autres approuvent le sacrilège (3) ; dix-sept permettent l'adultère, l'impudicité, la pédérastie, assurant que ces actions n'ont rien qui offense les lois de la nature , et par conséquent la morale générale (4). Vingt-neuf prouvent l'excellence du faux et du parjure (S). Cinq admettent qu'un juge peut prévariquer (6); trentequatre démontrent comme on doit voler et receler (7) ; et, dans certains cas, trente-six autorisent l'homicide (8), deux le suicide (9), et soixante-quimSe le régicide (10).
De pareils principes, soutenus par le poignard et le poison, ne pouvaient manquer de jeter le trouble dans les Etats , et d'attirer contre les jésuites la malédiction
(1) M. Gilbert de Voisins, Procédure contre Vinstitut et les constitutions des jésuites^ p. 156.
(S) Extrait des assertions soutenues et enseignées par lessfri' disant jésuites^ tome II, p. 100 et siiiv., in-i J, 17d2.
(3) Id., tome II, page 108 et siiiv.
(4) Id., tome III, p. 66 et suiv.
(5) Ibid.^ p. 90 et suiv.
(6)/3«(f.; p. Jii2el suiv.
(7)7^2<f., p. 252 et suiv.
(8)/ôic/., p. 396 et suiv.
(9) Id., tome IV, p. 74 et suiv.
(10) Ihid.^ p. 90 cl suiv.
des princes et des peuples; aussi Airait-ils bauDis successivemeDt :
De Saragosse, en 15SS.
DelaValtelioe, en1566.
De Yieane, en 1S68.
D'Avignon, en 1570.
D'Anvers et de S^vie, en 1578.
D'Angleterre, en 1579, en 1581, en 1598, en 16(M et en 1601.
Du Japon, en 1587.
De Hongrie et de la Transylvanie, en 1588.
De Bordeaux, en 1589.
De loute la France, en 1594 et en 1764.
De la Hollande, en 1596.
De la ville de Tournon, en 1597,
DuBéam, çal597.
De Dantzick et Ttiom, en 1606.
De Venise, en 1606 et en 1612.
Du royaume d'Amura au Japon, en 1618.
De Bohême, en 1G18.
De Moravie, en 1619.
De Naples et des Pays-Bas. en 1622.
De la Chine et de l'Inde, en 1622.
De Malte, en 1634 et en 1768.
De Russie, en 1676, en 1723 et en 1816.
De Savoie, en 1 729.
Du Portugal, en 1578 et en 1759.
D'Espagne, en 1767.
Du royaume des Deux-Sicilcs et do Parme, en 1 767.
L'édit qui; en 1764/ chassait à perpétuité les jésuites de France, déclare leur compagnie « inadmissible par a sa nature dans tout Etat policé, comme contraire au (( droit naturel, attentatoire a toute autorité tempo- « relie et spirituelle, et tendant à établir dans l'Ëglise « et dans les Etats, sous le voile spécieux d*un institut « religieux, non un ordre qui aspire véritablement et « uniquement a la perfection évangélique, mais plutôt (( un corps politique, dont l'essence consiste dans une (f activité continuelle pour parvenir, par toutes sortes (( de voies, directes ou indirectes, sourdes et politi- « ques, d'abord à une indépendance absolue, et suc- « cessivement à l'usurpation de toute autorité (1). »
Enfin le pape Qément XIV prononça, en 1773, Fextinction définitive de cette société,' et le bref papal porte textuellement : « Considérant que la société de c( Jésus ne peut plus faire espérer. de bien; qu'il (( n'est pas même possible que, tant qu'elle subsiste, (c 1 Eglise recouvre jamais une paix durable ; déterminé c( par ces puissants motifs, pressé par d'autres que les « lois de la prudence nous fournissent, et que nous te-
« nons secrets au fond de notre cœur tout mùrc-
(( ment considéré, de certaine science et pleine puls- « sance apostolique , nous éteignons et supprimons a ladite société (2). »
(1) M. Gilbert de Voisins, Procédure contre Vinstiittt et les constitutions des jésuites^ p. S87, iii-8, 1823.
(2) Bref du pape Clément XIV,(îrnné en 1773, pour la suppression des jésuites.
On croit généralement que le courage héroïque du pape Clément XIV lui coula la vie huit mois après: il mourut, dit-on, empoisonné par les jésuites (1).
Les historiens assurent que les jésuites se consolèrent de leur extinction, persuadés que la prédiction faite parleur troisième général, François Borgia, deux cents ans auparavant, ne tarderait pas à s'accomplir.
Voici la prédiction de ce général des jésuites, canonisé par le pape Clément IX, et descendant du fameux pape Alexandre VI : «Nous nous sommes introduits c( sous la forme de brebis, nous régnons comme des o loups ; on nous expulsera comme des chiens, et nous c( reparaîtrons comme des aigles. »
En effet, c'est bien sous la forme d'aigles qu'ils ont voulu reparaître depuis leur prétendu rétablissement on 1814. Nous disons prétendu, parce qu'il est bien notoire que s'il y eut jamais dans l'Eglise de Rome un pape intrus, ce fut incontestablement le pape Pie VII, de l'élection duquel voici Thistorique en deux mois. Lorsque, en 1799, les troupes de la Russie, de T Angleterre et de la Turquie entrèrent dans Rome, elles voulurent y rétablir, comme partout, les principes absolutistes. Les représentants de ces trois puissances parvinrent donc à réunir a San-Giorgîo , près de Venise, un prétendu conclave composé de huit cardinaux seulement. Telle fut Y hétérodoxie d'où sortit, orné de la triple
(l)Liskenne, Résumé de Vhistoire desjésuitex, p. 2^0.
couronne, et sous le nom de Pie VU, Barnabe Chiara^ monti, évêque (l'Imola(l)...
Qu'on ose donc, après cela, dire a un homme sensé que ce pontife hétéroclite put légalement rétablir une société que l'illustre pape Clément XIV avait solennellement déclaré à jamais éicinte et ne pouvoir reparaître sous quelque forme que ce fût, et nous mettons qui que ce soit au défi de voir cet homme sensé ne pas rire
D'ailleurs, et jusqu'à ce jour, cette noble fille ainée de l'Eglise, la France, n'a pas voulu reconnaître la réhabilitation des enfants de Loyola. Jusqu'à ce moment les membres de cette compagnie ne sont pas admis dans ce pays. Ils n'y restent qu'incognito et se glissent furtivement le long des murs, protégés par l'habit ordinaire du clergé séculier de France, parce qu'il kur est expressément défendu de porter le costume de leur ordre.
Voilà donc ce que c'est que les jésuites, au jugement de l'Église, de l'Université de Paris, de la magistrature, des souverains, des peuples, des historiens, ainsi qu'au témoignage de leur général Borgia, et à celui de leurs confrères Melchior Inchofer et Jarrige !
Mais l'homme qui a le mieux et le plus brièvement résumé la longue histoire de cette fameuse compagnie, c'est Pierre le Grand de Russie; écoutons-le :
tf Je sais que la plupart des jésuites sont éminemcf ment instruits, que sous ce point de vue ils pourraient
(1) Voyez à ce Riijcl le chapitre XIX du présent livre.
(( être infiniment utiles aux empires; mais sachant « également qu'ils ne font servir la religion qu'à leur a utilité personnelle; que cet extérieur de piété cache « une ambition démesurée et des ressorts compliqués « d'intrigues, dont le jeu ne tend qu'à grossir leur opu- « lence et à établir ou affermir la domination du pape, <x ou plutôt la leur, dans tous les États de l'Europe ; ft que leurs écoles ne sont qu'un instrument de tyran- « nie ; qu'ils sont trop ennemis du repos pour faire es- « pérer qu'ils ne voudront plus se mêler des affaires de c( mon empire : je ne veux pas les admettre en Russie ; et a ne puis m'étonner assez qu'il existe encore des cours a en Europe qui ne veulent pas ouvrir les yeux sur eux a et sur leur insidieuse conduite. Quelque chose que « l'on publie de la fine politique d'Espagne et de France, ff je trouve leur prudence en défaut, de tolérer chez (( elles une congrégation qui a su acquérir la propriété a de tant de domaines en Europe et en Amérique, qui « leur a suscité tant de maux, et qui a été la cause de a la mort sacrilège de plusieurs de leurs rois (i). »
(i) Voyez La ITarpc, Cours de littérature^ lomc XVII, p. 3c8, in-8, 1810.