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LES GUERRES DES DEUX PRINCIPES, OU LA PÉRIODE DES

LUTTES DU ROMAinSME.

Le système renaissant de Vancien despotisme romain s'était déjà constitué à Rome en souveraineté pontificale sous le premier usurpateur du siège apostolique de saint Pierre, le prétendu pape Jean XII.

Léon IX, Grégoire VU et Innocent III avaient porté ce Romanisme chrétien a Tapogée de sa puissance, et les successeurs de ces princes-^vêques l'avaient consolidé par la paganisation des principes, des dogmes et des pratiques de notre religion.

Mais le Romanisme chrétien portait en lui les germes 4e sa destruction : c'étaient les principes libéraux et humanitaires de cette même religion qui lui servaient de piédestal. Une fois donc qu'il ne put pas annihiler ces principes, il devait infailliblement être, tôt ou tard, anéanti par eux. Aussi les symptômes des luttes acharnées entre le principe du mal et celui du bian , entre

les Romanistes et les chrétiens, se manifestèrent-ils en Occident dès le xn* siècle.

V Saint Bernard.

Le premier qui leva l'étendard de la parole de l'Evangile contre la profanation de la religion chrétienne et qui réclama la réforme de l'Eglise dans la personne du pape et de son clergé^ fut le dernier père de l'Eglise Occidentale, le grand saint Bernard.

Cet illustre défenseur du Christianisme, né en France a Fontaine-lès-Dijon , ne cessait de répéter dans tous ses écrits « qu'il priait Dieu de le laisser vivre pour « voir la réforme des abus dans l'Eglise chrétienne (1). » Le pape Eugène III avait été l'élève de ce saint homme, aussi fut-il un des meilleurs papes de Rome. On voit, dans la correspondance intime de ce pape et de saint Bernard, les fortes et grandes leçons que ce Jérémie de la chrétienté donnait à son élève revêtu de la pourpre de saint Pierre.

Dans une de ces lettres, saint Bernard lui écrivait : « Qu'y a-t-il dans un souverain pontife de plus indigne a et de plus servile que de travailler continuellement « k des affaires temporelles ? Quand prions-nous ? « Quand instruisons-nous les peuples? Quand média tons-nous la loi de Dieu? Car les lois dont retentit

(1) Voyez les œuvres de saint Bernard, publiées en latin, eldonl il n'y a qu'une partie publiée en français*

ff votre palais sont celles de Juslinien. Saint Paul a dit : a Que celui qui est au service de Dieu ne s'embarrasse a point d'affaires séculières par l'exemple de Jésusa Christ même, qui refusa d'être arbitre entre les deux a frères (Luc, xii, lA). » Je vois bien que les apôtres a ont été présentés pour être jugés, mais je ne vois a point qu'ils se soient assis commes juges. C'est pour a juger les péchés et non les affaires temporelles que ff vous avez reçu les clefe du royaume des cieux ; ces « choses terrestres ont leurs juges, qui sont les rois et « les princes de la terre. Pourquoi empiétez-vous sur a le partage d'autrui (1)? »

Dans une autre lettre de cette correspondance, comme le pape s' efforçant d'esquiver les amers reproches que saint Bernard lui faisait sur son grand luxe, qu'il lui disait être « incompatible avec la modestie de ff Jésus-Christ, » Eugène III alléguait pour prétexte a qu'il entretenait la magnificence extérieure pour la K gloire de l'Eglise du Christ!.... <c Comment, » lui écrivait en réponse saint Bernard, « celui qui dit (( dans son Evangile que, s'il le voulait, il pourrait « demander et obtenir de son père plus de douze lé- « giQns d'anges pour le défendre, celui qui a pour « trône le ciel, et pour marchepied la terre, aurait-il (( besoin de toi, misérable ver, pour soutenir par ton « faste ridicule la gloire de son Eglise?.... (2).

(1) LeUres de saint Bernard au pane Eugène IIJ.

(2) ïdeni.

2* Lei prineei de l'Occident.

Les princes de l'Occident, méprisés, anéantis et traités en esclaves par le Romanisme, ne sentaient déjà que trop leur triste et avilissante position, et s'efforçaient de se relever de leur humiliation profonde.

L'envahissement de l'Empire byzantin par les barbares de l'Asie, en forçant un grand nombre de familles nobles de ce pays a chercher un refuge chez les princes chrétiens de l'Occident, fournit à ceux-ci le plus efficace moyen. Ils accueillirent ces fugitifs, et, dans leur accablement, les princes d'Occident cherchërent, dans la lumière de ces restes de la civilisation byzantine, une consolation morale contre le mal qui les rongeait. Ils s'adonnèrent a l'étude de la langue grecque, et rien que la connaissance des auteurs de la liberté et des droits naturels de l'homme social put, en peu de temps, relever l'esprit abruti de ces princes déchus de leur dignité, et les exciter à reconquérir le pouvoir de leur rang. C'est ainsi que les libertés orientales parvinrent à porter au Romanisme un coup qui, les circonstances l'ont ensuite prouvé, devait en peu de temps lui devenir mortel (1).

Les princes d'Occident crurent alors devoir employer contre la domination du Romanisme le même

(i) Qu'on se rappelle que celui qui encouragea Luther dans la réforme de l'Eglise élail le grand helléniste MéIanchton(Ms).«iix^wv).

puissant levier que celui-ci avait employé contre leur autorité temporelle» les sympathies des peuples^ et de tourner contre lui cette arme toute-puissante. Les peuples de rOccident, traités comme des brutes par le clergé romaniste, se trouvèrent alors très-disposés à tout &ire pour sortir de leur insupportable position : ils désertèrent donc la cause de ce clergé, et passèrent avec armes et bagages du côté des princes» de même que, quatre siècles auparavant, ils avaient, i)our la même raison, déserté ceux-ci pour se ranger du côté du clergé.

Une lutte acharnée s'établit alors entre les princes qui s'efforçaient de reprendre leur pouvoir temporel, et les Romanistes qui voulaient le conserver enchaîné a leur système.

La plupart des papes et leur clergé avaient de trèsfortes raisons pour se tenir du côté du Romanisme : l^r existence y était indissolublement attachée depuis le temps de Grégoire YII; aussi lui restèrent-ils fidèles presque partout.

Mais il n'en était pas de même pour les peuples : ceux-ci se mirent au contraire, comme nous l'avons déjà dit, du côté des princes temporels. Ce fut alors que ces peuples, excités par les princes, fondirent sur le clergé romain et se vengèrent du passé en commettant contre lui des horreurs, sinon aussi atroces que celles qu'ils en avaient souffertes, au moins également antichrétiennes.

Le Romanisme, voyant l'imminence du danger, s'ef-

forçait de ressaisir son ancienne influence sur les peuples. Mais les temps de Grégoire YII étaient déjà loin ! D'un côté, l'oppression cléricale avait trop abusé de la confiance des peuples pour que ceux-ci se livrassrat encore à sa discrétion; et, de l'autre, le pouvoir arbîti*aire, les immenses richesses et les plaisirs sensuels avaient trop démoralisé le clergé romain. Enfin, à mesure que les princes d'Occident sortaient de leur stupeur, s'instruisaient, se relevaient et reprenaient des «sentiments plus nobles, le clergé se replongeait dans h plus crasse ignorance, dans l'oisiveté et dans la brutal li té des temps sauvages.

3" Les rvvoUes des peuples contre les abus des papes, et VhumlUalion de ces prinees-évèques,

La vérité des idées de saint Bernard sur la réforme des abus dans l'I^glise, prêchée et soutenue également par tous les princes temporels, s'était déjà fait jour (îhez les peuples d'Occident. Ceux d'Allemagne surtout, oii le clergé romain avait envahi tous les droits des seigneurs et condamné les peuples h travailler pour entretenir son luxe effréné, furent les premiers à réclamer la réforme de la conduite du clergé.

A l'avènement de Clément VI, en' 1330, le peuple romain avait demandé à ce pape de quitter l'étranger et de venir habiter Rome; le -pape répondit qu'il habiterait encore Avignon pour suivre de plus près les négo-

eiiUUmê entre la France et V Angleterre; le peuple de Rome se révolta alors et chassa le pape (1).

Rienzi, fils d*un cabaretier de cette ville, mais homme très-ÎDstruit et trës-actif, fut alors reconnu par le peuple comme le libérateur de Rome, et proclamé tribun. Rienzi établit la république en 1347 ; mais le pape Clément YI s'empara de lui par ses agents, et allait le mettre k mort, lorsqu'il mourut lui-même en 1352(2).

Innocent VI, dont l'avènement au Siège avait été salué a Rome par une autre révolte, pensa au contraire tirer quelques avantages des talents de Rienzi; il le fit sortir de prison, le proclama sénateur de Rome, ot essaya de rétablir, par l'éloquence et l'influence de l'ancien tribun, sa propre autorité dans les Etats ecclésiastiques. Mais le peuple massacra alors Rienzi («S).

Cependant, depuis environ quarante ans, le vicariat de Jésus-Christ était constamment occupé par deux successeurs ennemis l'un de l'autre et se disant tous deux uniqtie. L'un se faisait élire a Rome , l'autre à Avignon.

Mais à la mort du pape Innocent Yll, en 1400, lean XXIII fut élu pape à Bologne par seize cardinaux; en même temps Grégoire'XII le fut également à Rome, ot Benoit XIII à Avignon. Ces trois élus se disputaient

{l) Hi$t. des touteratns-fouli/es, par A. de Monlor, Inine III, p. 151.

entre eux la papauté avec la même ardeur et se lançaient mutuellement des excommunications, en se disant chacun le seul vicaire de Jésua-Christ.

Aussi, cette fois, le scandale avait &it plus de brait cbex les peuples, et plusieurs papes avaient essuyé de la part de l'Église, des peuples et des princes, des affironts et des insultes tels qu'il est bien douloureux pour les chrétiens que l'histoire en ait gardé le triste souvenir.

4® Les conciles de Constance et de Bàle.

L'empereur Sigismond obligea un des trois papes qui, en 1413, occupaient en même temps le vicariat de Jésus-Christ, Jean XXIII, de convoquer un concile qui aurait k décider et à régler la question de la papauté.

Le concile de Constance, composé d'environ mille évêques occidentaux, fut convoqué en 1414. Le pape Jean s'y était rendu ; mais voyant que le concile ne lui serait pas trop favorable, il s'était enfui. Arrêté dans sa fuite et déposé en 1415, il fut jeté dans une prison.

Le concile condamna et déposa également les deux autres papes : Grégoire se soumit a la décision du con~ cilc et se retira ; mais Benoit XIII s'y étant opposé, Charles VI, roi de France, le fit assiéger à Avignon, d'où cet ex-pape, s'étant enfui, se réfugia dans une petite ville du royaume de Valence, nommée Péniscola. a C'est de là, dit l'histoire, qu'en seul vicaire de Jésusce Christ il lançait des foudres d'excommunication

a sur toute la terre, jusqu'à la fm de sa vie (1). » C'est ce grand concile qui proclama, à sa quatrième session, le décret suivant contre la domination du pape : a Ce saint concile général, représentant l'Eglise cathoa lique, déclare qu'il tient sa puissance immédiatement a de Jésus-Christ, et que tout homme, de quelque état (( et de quelque dignité qu'il soit, même le pape, est ft tenu de lui obéir en ce qui regarde la foi et la réfora mation générale de l'Église en son chef et en ses tf membres (2). d

En 1431, un autre grand concile se constitua à Bâle par les princes laïques et les évoques d'Occident, pour réformer l'Église et faire cesser dorénavant les abus du clergé. En même temps le pape Eugène IV envoya le cardinal Julien pour sonder les sentiments des peuples au sujet de la papauté et du clergé. Les lettres que cet intelligent cardinal avait adressées à Eugène lY, sont le véritable baromètre des dispositions des peuples dirétiens à cette époque : « Tréê-Saint-Père, lui disait- (c il dans une d'elles, il faut absolument que nous fas^ a sions nous-mêmes la réforme de l'Église, autrement a le peuple la fera seul (3). »

En effet, dans cette même année, le peuple se révolta encore et attaqua à Rome le pape Eugène IV. Celui-ci, déguisé, se sauva sur une barque et alla demander asile

(1) Voyez le Dictionnaire d'kiitoire, par Bouiliet.

(2) Labbé Fleury, livre XCIV, chap. 15 cl 2(5.

(3) Leltre du cardinal Julien au pape Eugène IV. Voyez aussi Fleury et tous les historiens de TEglise occidentale.

\\ Florence. Malgré toutes ces manifestations, Eugène IV voulut dissoudre le concile de Bâle; mais, d'après Thistoire, les pères de ce concile, a Texemple de ceux de Constance, déclarèrent, comme vérité de foi, «que l'aua torité du concile général est supérieure a celle du a souverain-pontife : ils présentèrent même contre « Eugène IV divers chefs d'accusation, le dégradèrent « du pontificat, et élurent à sa place Félix V (1). »

Cest aussi là une des principales raisons qui avaient, deux ans auparavant, forcé le pape de s'adresser à Jean Paléologue, empereur de Byzance, et de lui promettre toute assistance contre les Turcs, pourvu qu'il allât avec le clergé oriental en Italie, afin de former un véritable concile œcuménique (2).

Ce concile eut lieu à Florence , et il ne fit que constater évidemment les craintes du Romanisme sur sa domination universelle. Les concessions humiliantes auxquelles il s'était résigné vis-a-vis des Orientaux, dans l'espoir de conserver cette domination, établissent cette vérité (3).

(1) Histoire des souverains-pontifes de Rome, par Ârlaud de I^Iontor, tome III, p. 293.

(2) Œcuménique signifie de toute la chrétienté^ comme catholigue yciii dire universel. Or, il ne peut y avoir de conciles œcuméniques depuis la séparation de TEglise •, et ceux que Rome qualifie comme tels après cette séparation, et auxquels les Grecs et les protestants n'ont pas assisté, ne sont que des conciles locaux d'Occident. Pour la môme raison, l'Eglise de Rome n'a pas le droit de s'appeler catholique dans le sens à* universelle.

(3) Voyez l'historique de plusieurs de ces concessions dans la 2» partie de notre ouvrage V Eglise Orientale, cliap. I, II cl Ifï.

5o Luther et le protestantisme.

Marlin Luther, moine augustin, né en Saxe en 1403, fut le second pieux prêtre chrétien qui, inspiré par le même zèle que le grand saint Bernard en faveur des véritables principes du Christianisme, prêcha la réforme des abus dans l'Eglise dé Rome. Mais celui-ci, plus fevorîsé par les circonstances de son époque que ne l'avait été saint Bernard par celles de son temps, porta au Romanisme un coup beaucoup plus terrible, en provoquant, en 1517, la protestation formelle des Eglises et des peuples d'Allemagne contre l'Eglise de Rome, et la suppression de toutes les innovations faites par le Romanisme dans la religion chrétienne. La plupart des princes allemands, s' étant assemblés a Spire en 1529, avaient protesté : « qu'ils s'engageaient et se liaient « entre eux pour ne plus tolérer aucun reste du pré- « tendu catholicisme dans leurs Etats (I). » C'est ainsi que deux pieux prêtres, saint Bernard et Luther, furent les deux grands champions de l'Eglise; inspirés par les mêmes charitables principes, ils portèrent au Romanisme les coups les plus terribles.

G® Le congrès de Wcslphalie.

Eufm, en 1648, le congres de Westphalie mit un frein à la domination universelle des papes en déclarant

(I) C'est (le ceUe proleslation solennelle que ces cliréliens lircnl leur nom de protestants (Sleid, liv. VF, cliap. 9i el 97.)

que « le consentement du souverain temporel d'un pays « serait nécessaire a Texercice de la suprématie spirî- « tuelle du chef de l'Église (1). »

7® Les liberlés gallicanes ei les lumières du dix-^vuiiième siècle.

Aussitôt que le protestantisme eut pu se consolider au moyen d'une réforme officielle des abus, après que la religion évangélique ou réformée, déjà prépondérante en Allemagne, eut pénétré en Angleterre et même en France, le Romanisme, mutilé, décrépit et déshonoré, dépérissait visiblement de jour en jour.

Enfin, en 1682, le clergé de France accomplit une partie des réformes que le grand saint Bernard avait tant souhaitées à l'Église et prèchées avec tant de ferveur. Les principes de ces réformes, que le parlement français confirma sous le nom de liberlés de l'Église gai-licane^ avaient été, dès les temps les plus reculés, enseignés dans toutes les écoles théologiques de France, et particulièrement à la Sorbonne ; mais le Romanisme les avait comprimés à l'époque de sa puissance. Nous exposerons ces principes dans le chapitre XXIV. Les libertés de l'Église gallicane ne sont autre chose que les véritables principes de TÉvangile.

Les lumières du règne de Louis XIV et celles de» savants de ce grand siècle suivirent les libertés galli'*

(1) Voyea: cet acte dans la Colîeeiion des Traités du baron iMartens.

canes. Mais le Romanisme, semblable à la vieille d'Aristophane, détournait sa face de toutes ces lumières. Il n'en fut pas moins ébloui et déconcerté. . . Enfin les institutions de 1789 lui portèrent de si terribles coups, ([ue, pendant quelque temps on put le croire mort pour toujours.

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la révolution de 1789 ; ils s efforçaient de déraciner de ce pays la dynastie dont le nom s était identifié avec ces mêmes principes, ainsi qu'avec tous les intérêts de la société; en un mot» ce n'était pas l'empereur qu'on détrônait, mais on voulait empêcher l'émancipation des peuples opprimés.

Ëfirayés du débordement des idées lil)érales que les principes de 1789 avaient partout répandues, les souverains de ces temps crurent pouvoir les comprimer en bornant les libertés et les droits des peuples par une compression qu'ils s'étaient plu à qualifier du nom d'ordre et de droit divin, et qu'ils prétendirent soutenir par un mot vide de sens, le statu quo , pensant ainsi se consolider sur leurs trônes ! . . .

Mais ces gouvernements, comprenant bien l'insufiisance de leurs propres forces , pensèrent à se fortifier par le prestige de la religion. Ils demandèrent donc l'alliance du Romanisme, qui s'y prêta de bonne grâce, calculant que c'était encore la pour lui le seul moyen de se relever de sa chute.

Aussi, dès Tan 1799, les troupes de l'empereur de Russie , celles du roi d'Angleterre et les janissaires du sultan.de Gonstantinople entrèrent à Rome et occu^ përent militairement la ville des Césars et de saint Pierre. Conséquentes avec leur système de compression, les grandes puissances étrangères au catholicisme eurent alors l'idée de prendre le Saint-Siège sous leur

protection Ayant donc réuni à San-Giorgio près de

Venise un prétendu conclave de huit cardinaux, elles

élurent pape Barnabe Chiaramonti, sous le nom de PieVII(l>

Âpres Tenti^ dé&ite de Napoléon I^^ce pape,étant rentré à Rome, demanda aux souverains alliés» d'abcurd : de le réinstaller dans ses droits temporels ; ensuite, d'obliger les peuples à rendre à la religion le respect qu'on lui doit.

Le congrès qui, en 1814, s'était réuni àVienne pour décréter les bases du nouveau système, devait naturellement se saisir aussi de cette importante question du pape de Rome et la régler conformément aux principes généraux que les puissances voulaient inaugurer.

Avant d'examiner comment le congrès de Vienne fit droit aux demandes que le pape Pie VU lui avait adressées sur les intérêts temporels de la cour de Rome et sur ceux de la religion, voyons tout d'abord quels étaient les Etats représentés dans ce congrès : ce furent la Russie, l'Ânglelerre, la Prusse, la Suède, l'Autriche, l'Espagne, le Portugal et la France. Or, de ces huit puissances, les quatre premières, dans lesquelles consistait toute la force du congrès, étaient étrangères au catholicisme romain ; les autres, qui étaient catholiques romaines, n'avaient, excepté l'Autriche, qu'une influence secondaire sur les décisions de l'aréopage européea*

(1) Voyez, entre aulres, noire ouvrage Us Biformes de ri?mpire byzantin^ p. S3, Paris, 1858, ainsi (|ue la brochure publiée dernièrement à Bruxelles sous le titre le Pouvoir temporel des papes devant VEvangile et les hommes. G^est grand dommage que Fauteur érudit de cette remarquable brochure ait voulu garder Tincognilo.

Comme le but principal de ce congrès était d'étouffer dans leur foyer les principes libéraux de 1789, et, disoni^le ouvertement, d'humilier la France, les grandes puissances crurent trës-^vantageux à leur but de res-. susNciter et de relever autant que possible le système despotique du Romanisme, que ces principes tendaient à détruire.

Ils essayèrent donc, en se servant de l'influence religieuse qui devait nécessairement résulter de la position politique reconstituée du Saint-Siège, de peser sur la France, puissance essentiellement catholique, dans le cas où, dans l'avenir, elle voudrait secouer ce manteau de plomb dont elles allaient la couvrir par les traités de 1814 et plus tard par ceux de 181$. Ne pouvant tuer le génie d'un peuple, ils voulurent lui créer des entraves et étouffer les conquêtes de la raison par la tradition perpétuée des principes immobiles de la cour de Rome, qui leur livrait, en échange d'un royaume de ce monde, la force morale dont elle disposait et dont elles avaient besoin pour imposer aux peuples la domination de leurs principes politiques.

La situation anormale que prit alors l'Angleterre devînt bientôt si monstrueuse, eu égard aux principes libéraux de sa constitutiou, qu'on ne peut l'expliquei' que pat la nécessité absolue où elle se trouvait de se créer des alliés temporaires, pour pouvoir efficacement fermer les plaies qu'une lutte de vingt années lui avait faites. Elle a racheté depuis, par uae entente raisonnco des besoins de notre époque, l'erreur commise par ses

hommes d'Etat d'alors, qui sacritiërent la politique traditionnelle de la nation anglaise aux terreurs de l'Europe absolutiste. 11 y a quelques jours à peine, l'Angleterre a tenu à cœur de prouver au monde ^itier qu'elle était décidée non-seulement à revendiquer la part d'influence légitime qui lui est due dans les questions qui intéressent la liberté des peuples, mais encore a seconder de tout son pouvoir le gouvernement français, qui avait pris l'initiative de la question italiaone. C'est ainsi que l'entente des deux premières puissances du monde assurera le triomphe du droit des peuples sur le droit divin; l'œuvre de la Sainte-Alliance est détruite, et les conséquences de sa chute se révèlent à l'Europe par Fébranlement du Romanisme, de ce syt^ tème absorbant qui dominait peuples et souverains.

Les puissances non catholiques , dans le congrès de 1814, reconstituèrent donc l'autorité papale, nous venons d'indiquer pourquoi. Quant aux quatre autres puissances catholiques, la France, étant vaincue, su* bissait la loi et l'opinion de l'Espagne et du Portugal, et n'avait aucun poids dans les décisions du congrès. L'Autriche, par le fait de l'extension donnée a l'autorité papale, voyait pour elle dans l'avenir la domination de l'Italie entière, le jour où la cour de Rome, abandonnée par ses alliés contre nature, dont les événements ultérieurs pouvaient modifier les intérêts, n'aurait plus d'autre parti à prendre qu'à se jeter dans ses bras et lui livrer à elle seule cette massue spirituelle que la cour de Rome avait d'abord mise a la disp«sitkm

des puissances réunies en congres, et dont elle voulait se servir contre la France, ou contre quiconcfue opposerait à son système despotique les principes d'une révolution qui avait ébranlé toute l'Europe et préparé un nouveau droit public européen.

Ainsi donc, l'Angleterre par nécessité, la Russie, la Prusse et la Suède, par le fait de leurs intérêts politiques communs, et toutes (piatre dans un but anticatholique dont nous parlerons plus loin; la France, par l'impuissance où elle se trouvait; l'Espagne et le Portugal, parleur peu d'influence; j' Autriche, par son ambition qui, après ses revers inouïs, se réveillait en présence du mirage de la domination de l'Italie entière; le congrès enfin , réunion hétérogène par les principes, les sentiments et les intérêts politiques, reconstituèrent d'un commun accord la puissance de la cour de Rome, en dépit des souvenirs encore cuisants d'une lutte effroyable de plusieurs siècles que ce système avait suscitée. C'est ainsi que le Romanisme, en devenant de nouveau l'allié des peuples contre les rois, et le complice de ceux-ci contre les peuples, justifiait une fois de plus la fameuse maxime constitutive de la domination romaine: Diviser pour dominer, et enlaçait derechef de ses filets inextricables tous les pays soumis à la juridiction spirituelle de l'évêque de Rome.

En réponse donc aux deux demandes du pape Pie VII, les puissances chrétiennes rendirent au souverain-pcmtife de Rome différents pays détachés du patrimoine de saint Pierre pendant la Révolution; d'un

autre eôté, ils prêchèrent à son de trompe et imposèrent aux peuples les drotU de la religion ei le reêpeci que $otU le monde lui doit, en laissant au Romanisme le soin de

définir ce que c'était que les droits de la religion, et de quelle manière on devait lui témoigner son respect. Les Romanistes donc en donnèrent la définition la plus simple» extraite et résumée des Dictatus papœ de Grégoire Vil, c*est-k-dire « que les droits de la religion sur a l'homme sont ces mêmes droits que Dieu a sur lui; a que ces droits se déterminent et s'exercent ici*bas par a le pape, qui est le seul vicaire de Dieu sur la terre; « enfin que Tunique moyen de témoigner son respect « envers la religion, c'est de se soumettre aveuglément (f aux ordres de ce fondé des pleins pouvoirs de l'être a suprême et seul interprète arbitraire de ses volontf tés. »

Tout était pour le mieux au gré du Romanisme ; la . prétendue religion allait reprendre son éclat, et Rome avait retrouvé ce patrimoine qu'elle aime tant! LesRo* manistes n'avaient donc plus qu'à poursuivre l'accomplissement de leur éternel projet : « V absorption de toute a puissance étrangère à la leur, d

Mais à quel moyen aurontr-ils recours? quel pouvoir occulte leur viendra en aide? Ils frappent du pied, et voilà que des solitudes de là Russie leur arrive la légion bien connue dont le général Taddée Borzozowski avait, du fond de son exil , offert déjà les soldats robustes et expérimentés à Pie VII, comme jadis Ignace de Loyola offrit les siens au pape Paul III.

L'élu de San-Giorgioiitbon accueil à cette puissance auxiliaire (1), et les peuples d'Occident se retrouvëteaU après Tépoque^des principes consacrés par la Ré* Yolution de 1789, en plein onzième siècle!....

Les résultats de cette étrange alliance sont bien connus : d'un côté, les souverains, tout en croyant^e servir du prestige de la religion pour comprimer leurs peuples, se sont placés eux-mêmes sous la dépendance du Romanisme, et de l'autre, celui--ci, une fois relevé et devenu leur associé, a prétendu les soumettre de nouveau à sa domination arbitraire et en faire encore son bras séculier.

Il est bien humiliant pour les sociétés chrétiennes de faire observer ici que les peuples d'Occident s'étaient d'abord, dans les anciens temps, jeté les yeux fermés entre les bras de l'Ëglise de Rome et avaient donné à ses évêques tout leur pouvoir, pour se délivrer par ceux-ci de l'accablante oppression et des vexations barbares des princes temporels. Mais bientôt, se

(1) Voici comme il s'exprime naïvement à son sujet dans la constitution par laquelle il la rétablit:

« Nous nous croirions coupables devant Dieu d'une faute u très-grave si, au milieu des besoins si pressants qu éprouve la « chose publiqike^ nous négligions de lui porter ces secours sa-

« îutaires que Dieu^ par une providence singulière, met entre « nos mains ^ et si, placés dans la nacelle de Pierre, sans cesse tt agitée par les flots, nous rejetions les rameurs robustes et u expérimentés qui s'offrent à nous pour rompre la force des « vagues qui menacent à tout instant de nous engloutir dans « un naufrage inévitable, » (Constitution du pape Pie VII sur le rétablissement des jésuites, le 7 des ides d*août 4814.)|

voyant indignement trompés par les papes romanistes et employés par eux comme d'aveugles instruments de ce système, les peuples se retournèrent de nouveau vers leurs souverains, également esclaves du même tyran, et leur aidèrent puissamment à secouer le joug commun. Maintenant ces mêmes peuples, à peine libres, ont été derechef livrés par ces mêmes souverains a la merci de leur commun oppresseur!.... Toutefois, c*est ainsi que le Romanisme se releva de sa chute, aussitôt après le fameux traité de Paris, en 1814, et celui de Vienne, en 1815.

Ces résultats inespérés par la cour de Rome l'aveuglèrent!.... Complètement satisfaite dans ses intérêts temporels, elle ne se rendit plus compte du mobile qui, en dehors des considérations politicpies, avait fait agir, au point de vue religieux, les quatre puissances dissidentes donnant aide et protection au Romanisme leur ennemi. En effet, depuis la séparation de l'Eglise grecque, depuis la réforme de Luther et de Calvin, depuis la scission de l'Eglise d'Angleterre, les dissidents considéraient la réunion des deux pouvoirs à Rome comme devant se ruiner mutuellement, et il importait beaucoup plus aux Russes orthodoxes, aux ardents protestants de l'Eglise d'Angleterre, et aux sectateurs de la réforme allemande, de détruire l'influence religieuse de Rome, que de lui disputer quelques lambeaux de son territoire!.... Aussi les quatre puissances, tout en ne s' inspirant que de leurs intérêts politiques, étaient-elles logiques dans leurs intérêts

religieux, et lorsqu'en 1814 elles décrétaient la reconstitution des Etats de TËglise, elles étaient certaines que des conflits postérieurs amèneraient la déconsidération de l'Eglise catholique de Rome et anéantiraient enfin cette domination qui , de religieuse redevenant politique, voulait s'étendre urbi et orbi !

Mais après la paix générale, l'œuvre de 1814, sortie d'éléments si divers et si opposés, se retrouva en face des principes de la révolution de 1789, et dès lors la lutte des deux principes ennemis s'engagea derechef, d'une manière sourde au commencement; mais plus tard, lorsque la France, retrouvant sa puissance, reprit en main sa politique traditionnelle, indépendante et civilisatrice, les puissances signataires des traités de Vienne se divisèrent suivant leurs nouveaux intérêts politiques, d'abord sur l'interprétation de ces traités, entité vinrent à les considérer comme non avenus.

Il n'entre pas dans notre cadre de faire l'historique des changements que des faits accomplis apportèrent a la politique des grandes puissances qui s'étaient un instant liées dans un but commun. Qu'il nous suffise d'arriver à cette période prévue par l'Autriche, où la papauté, abandonnée par ses alliés d'un jour, n'avait plus qu'à se livrer a cette puissance pour sauvegarder contre ridée de 1789 le Romanisme en péril. La cour de Rome, ne se fiant plus a l'assistance des puissances non catholiques, qui ne l'avaient secourue matériellement que dans le but de l'employer comme geôlier des libertés des peuples; luttant sans cesse

contre Tesprit public qu'entraînaient les progrès de toute nature du dix-neuvième siècle, se retrouva, après une période de quarante ans , en face des principes mûris de 1789, personnifiés dans le successeur de l'homme qui, parsonépée, s'était ouvert les portes de toutes les capitales de l'Europe. Empereur des Français et fils aine de l'Eglise, Napoléon UI iroulut concilier les aspirations politiques de la France avec les véritables intérêts de la catholicité; substituer a l'élément désorganisateur, créé par les puissances non catholiques en 1814, un nouvel état de choses qui fût pour la cour de Rome la récupération de son pouvoir spirituel livré en dernier ressort au caprice de l'Autriche; ôter à celle-ci son arme de domination sur l'Italie entière, et rendre au pape la seule position qui lui convenait en sa qualité de chef de l'Église.

Nous n'examinerons pas toutes les phases de cette grande (|uestion, traitée d'ailleurs a fond dans une brochure célèbre ; nous nous bornerons k déduire comme conclusion et conséquence de tout ce qui précède :

V Que ce ne fut ni les intérêts des peuples ni ceux de la religion qui guidèrent les alliés de 1814, lorsqu'ils concédèrent au pape la restauration de son trône temporel, mais bien la terreur qui s'était emparée des souverains de droit divin depuis le commencement de la Révolution française.

2® Que la France, impuissante et vaincue à cette époque, n'a fait que subir cette réglementation si humiliante pour elle.

3* Que toutes les précautions prises par le congrès ont échoué contre les conquêtes de l'esprit humain, qu'il croyait enchaîner en même temps que l'illustre organisateur des principes de 1789 et des libertés gallicanes; et, comme si la Providence s'était plu à donner un démenti éclatant a l'œuvre de la coalition, c'est à un rejeton de la souche napoléonienne, à jamais exclue par ces traités iniques des trônes de l'Europe, qu'était réservée la gloire de ramener successivement à une politique plus en rapport avec les besoins du siècle, l'Angleterre d'abord, la Russie ensuite, l'Europe enfin, dominant les uns par la raison, les autres par son épée.

4* Que l'empereur Napoléon III, représentant dans leur essence les principes de 1789, les seuls compatibles avec l'Evangile de Jésus-Christ et les véritables intérêts du Saint-Siège, et suivant, en catholique sincère et éclairé, les traditions religieuses de la dynastie napoléonienne, ne pouvait, en rétablissant l'équilibre européen, que faire à la papauté la seule situation qui convienne au vicaire de Jésus-Christ, c'est-k-dire rétablir fxmr le plus grand bien du catholicisme une influence religieuse et morale que les puissances dissidentes avaient ébranlée par leurs prétendus bienfaits.

5® Enfin, que Napoléon III n'a fait, en 1859, qu'accomplir le programme que le pape Pie IX inaugura et dont il commença même l'exécution en 1847. Nous analyserons amplement ce fait remarquable dans les derniers chapitres du présent ouvrage.

CHAPITBE XX.

ABOLITION DU POUVOIR TEMPOREL DES PRINGES-ÉTÊQUES DE ROME DANS LES AUTRES ÉTATS CATHOLIQUES, OU LA PÉ- RIODE DE LA RÉPRESSION DU ROMANISME.

Le pouvoir temporel des princes-évêques de Rome n'ayant été rétabli en 1815 que grâce à la combinaison des intérêts purement politiques garantis par les traités de Paris et de Vienne, ce pouvoir temporel ne saurait durer qu'autant que les mêmes intérêts qui le firent naître.

D'un autre côté, le Romanisme était devenu tellement arrogant, a cause de. ce nouveau rétablissement de l'absolutisme de la papauté, qu'il prétendit même repion* ger l'Europe dans toute la barbarie du moyen âge.

Déjà les jésuites reparus faisaient les plus grands efforts pour aider la papauté à reprendre son ancienne influence temporelle sur les peuples et sur les souverains ; déjà le despotisme semblait avoir pour toujours étouffé en Occident les idées libérales de 1789, par les traités de 1814 et de 1815, et l'Orient gémissait de-

puis quatre siècles sous le joug le plus avilissant et le plus pénible.

Maïs il était écrit dans les décrets de la divine Providence, que cet étemel foyer des libertés du monde, tout éteint qu'on le croyait, se rallumerait de nouveau et viendrait encore éclairer l'humanité .

La révolution grecque de 1821 eut le courage héroïque de souffler la première sur les cendres ignobles qui recouvraient les glorieux principes de 1789. Car ces principes n'appartenaient pas exclusivement à la France , ils étaient l'effet naturel des 'progrès du genre humain, et, par conséquent, la propriété de toutes les nations; parce que ce sont les tables sacrées où furent écrits les droits imprescriptibles que Dieu lui-même accorda à l'homme dès sa création.

Dans la même année, l'Espagne et Nâples se révoltèrent contre cette étrange alliance des souverains avec le Romanisme, alliance qui prétendait replonger les peuples dans les ténèbres et l'esclavage du moyen âge. Bientôt après la Belgique aussi réclama et obtint ses droits de nationalité ; l'Egypte marcha sur Constantinople ; la Pologne et la Hongrie se révoltèrent ; la Sicile exigea sa séparation d'avec Naples; la Lombardie et Venise chassèrent les Autrichiens; le peuple français se constitua en république; celui de Rome protesta contre l'usurpation de son patrimoine et proclama également la république ; enfm le cabinet d'Autriche luimême, brusquement tiré de sa quiétude et consterné à la vue d'un de ses ministres pendu par le peuple a un

ré^'erbëre de la rue, accorda aux Viennois la constitution ! . . .

Il est vrai que la Russie, poussée par un sentindent ou par un calcul que Thistoire ne saura jamais définir au juste, voulut, contrairement a ses propres intérêts, venir se mêler h ce tohu-bohu de FOccident.

Les puissances chrétiennes reconstituèrent alors de nouveau le prétendu équilibre européen avec le replâtrage du 8ta(u qno, et le Romanisme se trouva subitement replacé sur son trône de fer par la République française, qui, par excès d'enthousiasme romanesque, s'était mise à son service ! . . .

]\Iais ni l'illusion du replâtrage de l'équilibre européen, ni celle de la restauration du Romanisme, ne purent aller au-delà de quelques années.

Les plateaux du premier basculèrent en 1834 par la guerre de Crimée, et ce même gouvernement français qui, sous sa forme républicaine, avait l'air en 1848 de vouloir consolider le despotisme romain, adressait so« lennellement en 1856, sous sa forme monarchique, des reproches amers au gouvernement clérical de Rome (1).

I^ gouvernenient du Vatican se conduisit alors conune toujours: il ne fît rien. Il laissa tout faire aux événe<* ments; car il savait, beaucoup mieux que le président du congrès de Paris, que ce n'étaient ni les améliora-' lions, ni les réformes du gouvernement pontifical qui rendraient la paix et le bonheur aux peuples d'Occi*

(1) Voyez le vingl-deuxième protocole du congrès de Paris.

dent et surtout à ceux d'Italie, ma^ bien la résignation chi*étieniie de ce même gouvernement a rendre à César ce qui appartient à César el à Dieu ce qui appartient à Dieu, et que le Romanisme est trop peu chrétien de sa nature pour se soumettre volontairement aux prescriptions de FÉvangile ! . . .

Aussi le Romanisme s'était-il abandonné, après le der^ nier traité de Paris, h un découragement des plus profonds, car il ne pouvait plus compter que sur les chances des événements. Mais la guerre de l'indépendance italienne le tira de sa torpeur, et ce malheureux moribond osa se souiller encore par le massacre des habitants de Pérouse ! . . .

Toutefois, ce qu'il y a de bien étonnant, c'est de voir qu'il y a encore des personnes sérieuses qui sont dupes des intrigues du Romanisme. Car les agents de ce pouvoir occulte, pour donner le change au public et détourner l'attention de leurs manoeuvres, lui font poursuivre sans relâche un autre fantôme, le pouvoir tem-pçrel de la papauté sur les Etats catholiques^ pouvoir qui n'existe plus aujourd'hui nulle part hors de Rome. Car la nomination a tous les emplois ecclésiastiques n'appartient-elle pas, en France, au gouvernement, comme elle lui appartient dans presque tous les pays catholiques? Le clergé n'y est-il pas payé par l'Etat? Les gouvernements d'Espagne et du Piémont n'ont-ils pas décrété et opéré la vente des biens immeubles ecclésiastiques, malgré les foudres que le Vatican leur lançait en 1853 pour les en empêcher?

L'exeomnfiunicatioih régulièrement répétée à Rome à la fin de chaque année contre le roi de Naples, et ridiculement retirée le lendemain, a-t-elle eu la forc3 d'obliger le roi Ferdinand II, malgré sa piété, à payer au pape le tribut que les souverains de ce pays lui payaient autrefois à titre de droit de vasselage?

Enfin, le concordat que le pape a dernièrement conclu avec l'Autriche et qu'il s'efforce, autant qu'il le peut, de conclure avec tous les souverains, ne prouve-t-il i)as assez qne Sa Sainteté elle-même reconnaît et approuve l'abolition du pouvoir temporel, que ses prédécesseurs sarrogéaient dans les temps passés sur les autres Etats, et qu'il désire régler maintenant sa nouvelle position vis-à-vis des gouvernements catholiques par de nouvelles conditions, par des traités? Où donc est cette inr fluence du pouvoir temporel de Rome sur les autres Etats catholiques?

Mais si l'on confond l'influence énorme du pouvoir occulte que le Romanisme exerce dans les Etats catholiques au nom de l'Eglise romaine, avec le pouvoir temporel exercé à Rome sur le seul peuple romam ; si l'on espère que la suppression du pouvoir temporel du pape entrainera aussi celui que le Romanisme ex^ce partout au nom de la religion, ces conclusions et cette espérance sont de pures chimères! Car, bien que le pouvoir occulte du Romanisme se soit, dans le corn-' mencement, introduit dans les autres Etats catbo-liques à la faveur de la papauté, il s'est néanmoins depuis longtemps acclimaté dans tous ces pays, et il y

exerce aujourd'hui ses ravages ^indépendamment du pouvoir spirituel de Rome, douî il n emploie que le nom ; ce qui sera plus évidemment constaté dans les chapitres suivants.

Enfin, les préliminaires de la paix posés à Villafranca par l'empereur des Français et par celui d'Autriche nous paraissent avoir donné au Romanisme le dernier coup de grâce ! ... La nomination du pape comme président Iwnoraire de la Confédération italienne indique suffisamment à quoi les peuples et les souverains exigent que l'Eglise se borne dans l'avenir. Car, parmi différentes conclusions, cette même présidence accordée au pape par le pouvoir humain prouve que le prétendu droit divin des souverains-pontifes n'était pas immuable de sa nature, puisqu'il a été changé en une présidence mondaine par deux souverains, du consentement du pape et des deux tuteurs actuels du patrimoine de saint Pierre.

Cependant, comme il ne faut jamais compter sans son hôte, nous devons patienter, jusqu'à la réglementation de la paix de Yillafranca. Ce sera le résultat d'un congres sérieux qui nous apprendra si ces réglementations sont vraiment une réforme radicale que l'histoire enregistrera glorieusement, ou si, en dépit de l'initiative prise par la Fra^ice, elles ne doivent être qu'un de ces replâtrages avec lesquels la pusillanimité des gouvernements s'efforce de cacher ses terreurs aux nationalités réveillées, et que celles-ci bouleverseront peu après par une révolution radicale!...

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