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CHAPITRE XXV

LES ATTAQUES QUE LE CLERGÉ ORTHODOXE DE FRANCE PORTE DE NOS JOURS CONTRE LE ROMANISME.

Nous avons prouvé, dans le chapitre précédent, que le seul clergé d'Occident qui ait pu conserver intacte la pureté des institutions apostoliques de FEglise primitive, le seul clergé orthodoxe dans ces contrées , c'est le clergé gallican.

Nous avons également constaté avec quel acharnement ce pieux clergé est persécuté par les Romanistes.

Cependant nous ne devons pas passer sous silence les attaques que ce même clergé a dû de nos jours faire contre les Romanistes. L'opportunité de ces attaques établit une fois de plus la vitalité des principes libéraux et l'orthodoxie de l'Église gallicane.

Le premier parmi les défenseurs de l'orthodoxie des libertés gallicanes fut Mgr Rousseau, évêque d'Orléans, prédicateur ordinaire de Louis XVI. Lorsqu'il était encore abbé de Lure, ayant refusé de prêter serment à la constitution civile du clergé, l'abbé Rousseau émigra,

et ne renli'a en France qu'après le concordât signé en 1801 entre Bonaparte, premier consul,et le pape Pie Vil. En 1810 ce savant abbé fut nommé évêque d'Orléans, et c'est à cette époque qu'il adressa a son clergé une sublime lettre, dans laquelle il lui disait que « tout « Français doit une entière et active soumission aux « saintes et antiques libertés , devenues la doctrine de a VEglise gallicane par Tacquiescement unanime de (c tous les évêques qui la composent, acquiescement « qui leur imprime le caractère d'une décision de con- ^ cile national. x> Le vénérable prélat s'adresse surtout aux supérieurs et directeurs du séminaire de son dio* cèse et les invite à saisir cette occasion pour développer aux élèves les constantes maximes du clergé de France, si énergiquement énoncées dans la fameuse déclaration de 1682. Entre autres passages de ce mandement, on lit le suivant :

« Le pape, en cessant d'être souverain temporel, reste <c le chef de l'Eglise catholique, apostolique et ro- « maine, pour la gouverner dans l'esprit, dans la cha- « rite et la paix de Jésus-Christ, conformément aux <c saints canons arrêtés par les conciles généraux. »

« Il est donc vrai, il est incontestable que Pie VII conte serve dans toute son intégrité, dans toute son éten- « due, la plénitude d'autorité spirituelle, la seule que le « Sauveur du monde ait donnée a Saint-Pierre, et que, a de siècle en siècle, chacun de ses successeurs a, sans a la moindre interruption, transmise jusqu'à nos jours.

« La disparition de la souveraineté temporelle dans

«r le pape, souveraineté qui, loin d*étre inséparable ff du pouvoir spirituel, n'a point de rapport natord ff avec lui , n'apporte donc, dans l'Eglise fondée par ff Jésus-Christ, aucun changement à la perpétuité de « nos vérités religieuses, à l'antique maintien dé no6 ff dogmes, et même à la pratique de notre discipline. »

Marchant sur les traces de son prédécesseur, Mgr Dupanloup, à diverses époques, condamna avec force les doctrines anti-gallicanes du journal tUnhers. Aussi, quelle a dû être la douleur de cet ancien et courageux champion de l'Eglise française lorsque, de nos jours, une de ses lettres, imprudemment publiée dans les journaux, a provoqué les cris de triomphe et les chaleureuses approbations de ces mêmes ultramontains

qu'il avait si énergiquement combattus ! Nous

sommes certain que c'était un succès que Mgr Dapan* loup n'avait point ambitionné.

Ment après un ouvrage remarquable de H. t'abbé Affre (depuis archevêque de Paris et mortmartjfr de la charité) intitulé Essai historique et critique sur ta su^ préinatie temporelle du pape et de l'Eglise. Ce livre fut publié en 1827 contre Vultramontanisme^ ressuscité en France par l'abbé de Lamennais. Les ultramontains qui, de nos jours, ont infecté de leurs doctrines 8ub« Versives ce noble et généreux pays, sont presque tous sortis de l'école d'abord absolutiste et à la fin démago^ gique de ce prêtre égaré.

Il est à remarquer, que, durant l'épiscopat de Mgr Âffire, ni le parti romaniste de France, lequel était

fortement appuyé par Rome, ni Rome elle-même, n'osèrent remuer.

Après récrit de ce vénérable prélat, parut le célèbre mandement de Mgr Guîbert, alors évêqiie de Viviers, et aujourd'hui archevêque de Tours,

Quelques jours après, Mgr Sîbour, archevêque de Paris, lança contre le journal romaniste V Univers une condamnation formelle de TÉglise.

Tout le monde connaît également les lettres et les mandements de Mgr Glausel de Montais, ancien évêque de Chartres, et Tune des gloires de l'épiscopat français.

L'abbé Landriot , aujourd'hui évêque de La Rochelle, et l'un des plus distingués membres du clergé de France, tant par la science que par le talent, publia aussi, sur la question des classiques^ un très-remarquable ouvrage, et les coups qu'il a portés au système des Romanistes de France sont de ces coups dont on ne se relève jamais...

Parmi les pareils et nombreux écrits des orthodoxes français qui défendirent si courageusement les libertés de l'Eglise gallicane, il en est deux surtout qui méritent d'être remarqués: ce sont les Lettres cardinales, où la question de l'ambition des Romanistes est traitée avec beaucoup de vigueur et de talent; puis le Mémoire sur le droit cov4umiery présenté au clergé de France. Cet ouvrage est plein de science et de modération ; ce qui le ai condamner à Rome.

L'abbé Michon a soutenu cette lutte» si glorieuse pour le clergé gallican, dans une série de judicieux opuscules, où éclatent de grandes vérités^ où respirent

le zële du chrétien et le patriotisme du Français. Nous signalerons, parmi les plus remarquables de ces opuscules, celui qui a pour titre: l>u progrès et de Cùnporlanee polUique des idées gallicanes.

A la lecture de pareils écrits on augure bien de la victoire, et Ton se dit avec bonheur: « Non , les Bossuet « ne meurent pas en France! »

Nous trouvons dans la préface de ce remarquable opuscule ces quelques lignes, que les diplomates et les théologiens ne sauraient trop méditer.

(( . . , Que tel Etat de l'Europe, même des plus « puissants, subisse tour à tour, par le mouvement des « révolutions, diverses formes de gouvernement, c'est <v un fait grave, sans doute, mais qui n'entre que pour a une valeur appréciable dans la destinée générale de « l'Europe. 11 n'en est pas de même des conséquences « du triomphe des idées d'autocratie religieuse abso- « lue, qui s'appelait l'uUramontanisme, sur le système « d'une sage indépendance conservée dans l'Eglise sous a le nom d'idées gallicanes.

ce La question sur ce point est toujours neuve, et si « les querelles apparentes sont petites, les résultats de (( la lutte sont incalculables.

« Ici, je donne l'éveil aux hommes que d'autres « graves préoccupations tiendraient éloignés de l'étude « de la question vitale du gallicanisme. S'il ne s'agis* « sait que des intérêts d'un parti en face d'un autre « parti, de quelques ambitions à satisfaire, de quelques « hommes a pousser aux hoûneurs de l'Eglise, il ne

« faudrait pas prendre la plume et se fatiguer pour si (f peu. Il s'agît desavoir si, avant quelques années, Fabc( solutisme religieux , proclamé avec les prétentions « d'asservissement les plus brutales, sera le code poliff tique et religieux des Etats modernes , ou si, éclai- « rée sur ses intérêts véritables, la société civile s'en* «f tendra avec ce qui reste danâ le sacerdoce d'esprits « élevés qui veulent, au sein de cette société, l'ordre « même de relation indiqué par l'Evangile, pour rec( pousser l'invasion la plus redoutable qui ait menacé (( le monde. Il serait dangereux de le dissimuler, nous a assistons à une véritable guerre dont les batailles se cf livrent à petit bruit dans le monde politique et relier gieux. Le jour où le parti qui ne voile aucune de ses or prétentions aurait enlacé de ses sophismes, de ses « tromperies, les hautes classes de la société > leur c< aurait soufflé ses haines et inoculé son fanatisme, « hommes qui vous croyez forts au pouvoir, vous n'au- « riez de notre Occident que le cadavre à remuer ; les « hommes de ce parti que vous savez habiles, auraient (( les âmes pour domaine et pour empire.

« J'appelle donc l'attention la plus sérieuse des « hommes de gouvernement, à quelque opinion qu'ils a appartiennent, sur les considérations rapidement in-* « diquées dans cet écrit. Monarchies, démocraties, « gouvernements de représentation, tout est menacé ce par un système profondément indifférent à toutes les « formes de pouvoir, pourvu qu'il s'empare habilement « de ce pouvoir, qu'il le dirige et qu'il amène la soie

<c ciété politique à tout faire conformément à ses « plans de domination absolue sur elle.

« Déjà en France, quelques hommes qui ont une 9 grande part à la direction gouvernementale, comment n cent a comprendre dans quels filets Serait bientôt n enlacée la société moderne, si Ton accordait toujours « au parti insatiable qui demande toujours. Ils sentent «r qu'il est temps de s'arrêter dans la voie des Gonces- <r sions.

a Nous devons tenir compte de cet éveil. Maïs cela « ne suffit pas: le parti est ardent, obstiné, implacable. « 11 prend toutes les formes ; il se plie à toutes les po- « sîtions ; il encense, s'il le faut, ce qu'il abhorre, prêt « à le braver au moment où il se croira assez puissant (S pour le détruire.

a Nous pensons qu'il faut opposer plus de résistance fx encore aux efforts de l'ennemi commun. Il faut que « l'opinion, cette puissance à laquelle rien ne résiste, « soit tenue en éveil sur les dangers que prépare h la <t société moderne ce parti merveilleusement organisé c< dans son sein. Le moyen pratique de le combattre, <r c'est de le faire connaître avec une sévérité împar- <c tiale, c'est de dévoiler ses subterfuges et son mâchîaa véllsme. Il fout montrer à nu le but où il tend^ les « principes qu*îl veut faire prévaloir, le joug quMl veut « faire peser sur toutes les têtes. De tels ennemis, une ft fois démasqués, sont à demi vaincus (1). »

(1) L^abbé Michon, Du progrès et de l'importance politique dei idéeê gallicanes i^^téteiGet

Dans un autre opuscule, également très-remarquable, intitulé la Révolution et le Clergé ^ M. Faibbé Michon constate que le journal Y Univers, approuvé par les Romanistes comme seul journal officiel de TÉglise, n'est pas un journal rédigé ou soutenu par le clergé de France; qu'au contraire « Y Univers est le seul journal a religieux qui ait été frappé par des condamnations a positives, telles que celles de l'archevêque de Paris, « de l'évéque d'Orléans, formulées dans des actes offi- « ciels ; » enfin il démontre a qu'aucun autre journal « n'a été plus désavoué eu réalité par le clergé (1). »

Mais ce qui est foudroyant pour les Romanistes, c'est que M. l'abbé Michon prouve, l'histoire à la main, que le journal que ces gens ont choisi pour défendre les droits divins et les prérogatives humaines de TÉglise de Rome, est précisément la continuation du système des saint-simoniens. Parmi les preuves que le savant écrivain produit à l'appui de ce fait historique, nous trouvons le fragment d'un Mémoire inédit qui explique la trës-honorable mission dont les rédac-^ teursde l' Univers oniété chargés par les saint-simoniens*

Laissons parler M. l'abbé Michon lui«*même :

« .,.,. L'auteur du Mémoire inédit était allé à Ménil- « montant , quelques jours après que le procurent* « général de la Cour royale de Parid eut traduit devant c( la Goui* d^assises de la Seine le père Enfantin , pape « du saintHsimonisme, successeur du père Ollnde Ro*

(1) la Réi^htion $t U cUrgi^ par Tabbé J.-H. Michon^ p. o4.

a drigue, ainsi que les apôtres qui composaient la rea traite de Ménilmontant. 11 eut avec eux une longue « conversation sur le commencement des persécutions a dont ils étaient l'objet. Il leur dit qu'on allait mesu- « rer Ténergie de leurs convictions à l'énergie avec a laquelle ils supporteraient la persécution, le courage ' ce du martyre ayant toujours été la mesure de la force a de la croyance.

c( Les saint-simoniens prirent tour à tour la parole, « et, après avoir longuement exposé la différence qu'ils « trouvaient entre l'époque où parut le Christianisme et (c répoque actuelle, ils établirent que le Christianisme (c dut commander le martyre à ses apôtres, parce que « c'était le seul moyen d'agir puissamment sur l'opi- « nion des masses ; mais que dans ce siècle il y a une cr propagation plus puissante, plus efficace, plus pratice que avec nos mœurs que celle du martyre : celle de i< la presse.

« Je regrette de ne pas reproduire les brillants déve- « loppements de cette pensée que renferme le docu- « ment, j'ai pour but de faire connaître seulement c( leurs idées par rapport à la chute du catholicisme « qu'ils avaient l'ambition de remplacer avant peu.

« Nous vous avons dit que notre instrument de proc( pagaiion sera la presse.

« Nous entrerons jusque dans les journaux religieux. « Nous nous efforcerons surtout de nous porter danB c( les feuilles consacrées à la défense du catholicisme. D Nous demanderons dans les journaux catholiques

« toutes les conséquences rationnelles du catholicisme a tel que Ta fait Rome, tel que le veut Rome, tel que le a poursuivra toujours Rome. Nous ne cesserons de detf mander le cortège de toutes les institutions atlacliées « à l'esprit du catholicisme; nous demanderons l'inslitf tution des couvents, la résurrection des divers ordres.

« Cependant la résurrection des théories ultramon- (( taines, la reconstitution des ordres monastiques, la <c tendance, quoique légitime, à la domination tempoa relie, feront la ruine définitive du catholicisme. La <c France a expérimenté ces régimes divers, et les abus a les ont frappés de discrédit; ils ne se relèveront pas a de la réprobation universelle qui les frappe.

a Lorsqu'il sera constaté une fois que les institutions (( catholiques ne peuvent donner que le complément <i des institutions des régimes précédents, que le clergé, (S logique avec le principe de toute théocratie, voudra « régner sur la société moderne comme il a régné sur a la société du passé, alors les hommes rejetteront le « catholicisme, repoussant le clergé catholique, puisce qu'ils le croient impuissant à conduire les nations « vers leurs destinées nouvelles : alors le saint-sîmo- <i nisme devra reparaître.

« J'ai cité, continue Tabbé Michon, avec une exacti- « tude scrupuleuse les pages de VEntrctien de Ménil-a montant qui ont un rapport direct h la question que c( je traite. ^

« On ne peut nier qu'elles ne jettent une grande a clarté sur l'histoire religieuse du xix* siècle.

« Les événements en effet répondirent k toutes les a prévisions des saint^simoniens (1). i>

D'où il faut conclure que le journal l'Univers ne vise qu'au remplacement de la religion chrétienne par le saint-simonisme!...

Mais il n'y a rien d'étonnant pour ceux qui connaissent le but des Romanistes!... Que les principes libéraux de la religion chrétienne soient détruits, qu'importe, d'après le système de ces gens^lk, que le Christianisme soit remplacé par les sectateurs de Saint-Simon, par ceux de Mahomet ou par ceux de Boudah?Que leur importe? pourvu que leur domination se maintienne!...

N'a-t-on pas vu les révérends pères jésuites, agissant dans le même but aux Indes, retrancher de leurs prédications le crucifiement et la résurrection du Christ, parce que ces deux dogmes répugnaient aux idées des Indous?

Pour résumer toutes ces luttes chrétiennes du clergé de France, nous reproduisons ici un remarquable passage de longs articles de M. l'abbé de Cassan-Floyrac sur l'Eglise gallicane.

Ces articles furent publiés par la Gazette de France^ un des journaux les plus accrédités et les plus éminemment catholiques.

Voici ce passage , que l'on prendrait pour une feuille égarée des Philippiques de Démosthènes :

(1) L'abbé Michon, La Révolution et le clergé, p. 29.

a Qu'on lise Y Histoire univeraeltè de i Église càtholi-^ que, par l'abbé Rohrbaker.-On y trouvera, avec cette théorie insensée du pouvoir des papes sur le temporel, toutes sortes d'injures contre les rois et contre les évoques de France. Aucune histoire de l'Église n'est plus vantée dans tout le parti.

a M. Melchior Du Lac, théologien laïque du parti, dans son livre De l'Église et de l'État, et qui serait bien mieux intitulé: V Église-État, résume et adopte, par rapport à la politique, tous les travaux des ultramontaîns. Son livre, du reste, n'est que l'abrégé du long travail d'un moine italien , nommé Bianchi , et qui a écrit sept ou huit énormes volumes contre la Défense du Clergé de France par Bossuet. La question politique elle seule fait la matière des deux premiers. Là il n'est rien de si insensé, ou même de si monstrueux, que ne loue, n'adopte, ne consacre et n'impose M. Du Lac. On y lit, entre autres choses, que le pape a droit sur tous les souverains, qu'il peut délier les peuples de leur serment, que les sujets ont le droit et le devoir de se révolter pour cause de religion. Et venant à examiner cette objection que les martyrs n'opposaient à leurs souverains qu'une résistance passive, qu'ils mouraient, en un mot, mais qu'ils ne se révoltaient pas, M. Du Lac répond, avec le ministre Jurieu, que les martyrs n'agissaient de la sorte que parce qu'ils n'étaient pas les plus forts. Ainsi on prêchera la révolte, on découronnera les martyrs comme on découronne les rois ; on mentira h

l'histoire comme à la théologie , pour mieux assurer la suprématie temporelle du pouvoir papal ! C'est là le but important, le grand et unique but.

(c Après quoi il ne s'agira plus que de circonvenir habilement le Saint-Père, de s'emparer de son esprit, et Ton deviendra ainsi un parti, redouté dans l'Eglise comme dans l'État. Étonnez-vous donc des exigences et de l'audace du journal F Univers.

a II est juste de faire à chacun sa part. Ce n'est pas M. Du Lac qui a imaginé toutes ces belles choses; il les a prises dans son auteur Blanchi.

(( On comptait beaucoup sur le succès de cet abrégé, signé d'un des rédacteurs de l'infaillible journal ; mais soit que l'abrégé ait fait regretter ou désirer vivement le livre lui-même, le parti vient de faire traduire les deux premiers volumes du moine Blanchi, et on a eu soin d'ajouter au titre : a Ouvrage indispensable à tous « ceux qui possèdent les œuvres complètes de Bos- « suet. »

« Le but est-il clair? est-il avoué?

« L'esprit et le travail de domination sont-ils manifestes? Qu'on vienne nous dire encore qu'il n'y a plus de question ultramontaine et gallicane. Non, la révolution, dans l'État comme dans l'Église, n'est pas si complète encore qu'on le souhaitait. Tous les esprits, tous les caractères ne sont pas indignement courbés sous le joug, et sur la terre libre de France les exigences des ullramontains feront toujours éclore des gallicans.

((Nous avons dit que ce parti introduit la révolution

dans l'État comme dans l'Église. Né lui-même au sein des révolutions, il s'est introduit a la faveur des révolutions. On oublie trop vile que le journal P Univers hérita des hommes et des doctrines de r Avenir; on oublie trop vite que ce sont les disciples de Lamennais qui mènent l'Église de France.

« Les leçons et les remontrances de l'épiscopat ne leur ont pas manqué ; mais, depuis 1830, ils doivent leur importance a la position que leur ont laissé prendre les hommes d'État.

<c En attendant, ils poursuivent dans l'Eglise leur œuvre révolutionnaire,

a Tous les catholiques, dit Bellarmin, conviennent que le gouvernement de l'Eglise est une monarchie tempérée^ et le parti veut faire du pape un monarque absolu, un despote.

a Tous les catholiques conviennent encore que les évêques sont de droit divin juges de la foi et gouverneurs des Eglises; et quel pouvoir messieurs de Vint' vers veulent-ils laisser aux évêques?

a Vraiment, à voir les livres et les actes de ce parti, on dirait que le pape représente ici-bas l'Agneau de Dieu , comme les évêques des quatre vents du monde, les quatre animaux d'Ezéchiel. Il n'y a pas un ultramontain qui ne se sente ravi en extase devant une telle comparaison. Or il est écrit que l'Agneau parlait et que les quatre animaux répondaient : Amen, « Et qua-tiior animalia dicebant : Amen, »

« N'est-ce pas là le tableau fidèle de ce que veut l'Uni-

ver$^ et n'est-ce pas le rôle que nos uUramontains réservent à répiscopat? Que chacun voie et juge.

a Autrefois, lorsque dans l'Eglise une grande question s'élevait, le pape convoquait tous les évéques du monde; on les consultait, on les écoutait. Aujourd'hui , d'après messieurs de /' Univers , c'est le pape seul qui parle et qui définit, et tous les évéques répondent : Amen, a Et quatuor animalia dieebant : Amen, d

a Ou si le pape les consulte, comme il est arrivé pour la définition i;i§cente de l'Immaculée Conception, mes«sîeurs de /' Univers comptent pour rien les mille lettres épiscopales venues à Rome de tous les points de la catholicité, et, nous reportant à l'assemblée des évéques qui entourèrent, au moment de la définition, le trône pontifical, assemblée qui ne fut jamais un concile et où le pape, instruit de l'assentiment du corps de l'épiscopat, n'avait plus qu'à donner ou à refuser le sien, messieurs de /' Univers voudraient faire croire que le pape a défini seul, et que tous les évéques du monde, dans la personne de ceux qui étaient présents, se sont inclinés répondant : Amen, a Et quatuor animalia dieébànl: Amen. »

a Autrefois, les évéques dressaient des liturgies. Presque toutes celles de l'Église portent leurs noms. Aujourd'hui l'on veut que le pape déchire l'œuvre des évéques. Ils n'auront plus, suivant t Univers, le droit de composer même une antienne. On leur enverra de Rome jusqu'aux oremus qu'ils devront pieusement réciter, et les évéques seront trop heureux de répon-

dre : Amen, a Et quatuor animalia dieebanl: Amen, »

a Autrefois, les évoques terminaient sans bruit les af» faires de leurs clercs et celles de leurs églises. Â part quelques affîiires majeures, de tout temps réservées au pape, les évoques étaient juges chez eux: surtout la question d'opportunité leur appartenait.

« Aujourd'hui, grâce à l* Univers, l'esprit presbytérien a pénétré dans l'Église. Pour un rien, on ira à Rome, d'où l'on espère rapporter triomphalement la condamnation de l'évéque, et les évoques devront se soumettre et répondre : Amen. « Et quatuor animalia dicebant ; Amen, »

a Nous avons traduitfidèlement le rôle que messieurs de V Univers attribuent désormais h Vépiscopat. Et s'il y a blasphème dans ce que nous avons dit , qu'y aura-t- 11 donc dans ce qu'ils ont fait? Nous sommes en droit de leur dire; A vous le meurtre, à vous la responsabilité,

a Tout ceci est grave, très-grave. Sont-ce là, en effet, les successeurs des Àthanase, des Cyprien, des Hilaîre, des Basile le Grand, des Ambroise et des Augustin?

a Voila ce que les protestants se demandent avec joie et les catholiques avec terreur.

(t En vain dira-t-on que la papauté a grandi : la papauté ne grandit, comme tout le reste, et ne se développe que selon sa nature ; et comme par sa nature la papauté n'est pas une monarchie absolue , nous ne pouvons admettre dans le Père commun des chrétiens ce développement de despote.

a D'ailleurs, si la papauté doit grandir parce qu'elle est une institution divine, pourquoi l'épiscopat ne grandirait-il pas lui aussi ? Pourquoi du moins diminueraitil? Est-ce que Tépiscopat n'est plus une institution divine? Le même raisonnement s'applique aux gouvernements de ce monde. Toutes ces institutions , d'après la doctrine catholique, sont de droit divin. Quelle puérilité de prétendre qu'une institution divine se doit agrandir pendant que d'autres institutions divines s'affaibliront, et comment espëre-t-on établir un droit divin qui grandit sur les ruines d'un autre droit divin renversé?

a En vain on dirait encore que, dans nos temps difficiles, il faut resserrer de plus en plus l'unité. De quelle unité parle-t-on? Est-ce de l'unité décrétée de Dieu, de la seule unité nécessaire, ou de je ne sais quelle unité rêvée par les hommes et toute de fantaisie? S'il s'agit de cette dernière, nous complimentons de grand cœur ces hommes de leur invention. Nous leur dirons : Vous avez donc pris Jésus-Christ en défaut? Jésus-Christ n'avait point pourvu aux nécessités et aux exigences de notre temps!...

« L'unité par lui instituée pour durer toujours a fini son temps. Le vôtre commence. Salut, réformateurs de l'Église ! Réformateurs de Jésus-Christ même, salut !

« S'il s'agit donc de cette unité arbitraire, nous la répudions avec plus de droit encore qu'on n'en invoque pour l'établir. Nuln a droit de substituer ses idées aux idées et aux plans de Dieu.

« S'il s'agît de l'unîté nécessaire, il faut reconnaître quelle a toujours existé dans TËglise, sous peine de tomber sous l'accusation des protestants , qui nous re-: prochent d'être à la recherche de l'unité catholique depuis dix-huit cents ans.

« Que si l'unîté nécessaire n'existe point parmi nous, nous ne sommes pas la vraie Église de Jésus-Christ. Et si l'unité nécessaire exista toujours , que vient-on nous parler d'une autre?

a Messieurs de /' Univers se délectent et pensent peu têtre nous intimider en nous traitant d'hérétiques et de demi-hérétiques ; mais eux seuls favorisent, eux seuls préparent, si l'on' n'y prend garde, le triomphe de l'hérésie. Il y a contre notre sainte religion toute une argumentation protestante fournie par eux ; et nos ultramontains ne s'en doutent seulement pas , car s'ils s'en doutaient, nous aimons à le croire, ils agiraient autrement. Oui, les innovations qu'ils s'efforcent d'introduire dans l'Église, et jusque dans la constitution de l'Eglise, sont des variations. Qui dit innovation dit variation.Et le grand argument de l'Eglise contre toutes les hérésies est précisément ce reproche de variation. En effet, une doctrine divine ne varie pas. C'est k l'aide d'un tel argument que Bossuet a frappé au cœur le protestantisme. Aux variations de la prétendue réforme, ce grand et puissant athlète opposa l'immutabilité catholique. Et voici que les anciens réformateurs, voyant les réformateurs nouveaux, crient a leur tour : « L'Eglise catholique innove et varie. » Il y a peu d'années, un ou-

vrage a été annoncé sous ce titre t « Les mriattons de l'Église romaine^ par vn protestant. » Et certes, nous ne pouvons nier que messieurs de F Unmrs ne soient novateurs. Pour tout homme qui a des yeux, la bonne foi s'oppose à ce que nous puissions nier des variations. Maïs le seul moyen qui nous reste est de restreindre dans ses justes limites le reproche des protestants. Cest pourquoi, dans le dessein de renverser toute attaque, nous l'avons voulu prévenir, et nous avons com4 posé un livre sous ce titre: « Les variations de l'Église romaine d'après les doctrines de l'Univers, »

Si messieurs de r (/ntver* sont l'Église ouïes organes de l'Eglise, le catholicisme est battu; et, nous nebalan^ çons pas à le dire, réformateurs pour réformateurs , les anciens, pour la science et pour le génie, l'emportent sur les nouveaux.

a Si messieurs de frmt?er«, ainsi que nous le pensons, ne sont pas l'Eglise, sMls ne sont pas ses organes, a eux seuls s*arrête tout reproche de variations , et l'Eglise est sauvée! Eh bien! puisque ces novateurs perdent l'Eglise, puisqu'ils nous oppriment, puisqu'ils organisent contre nous la persécution la plus terrible de toutes, disait Pascal, la persécution du silence, que le salut nous vienne de nos enûemisi Salutem ex inimicis nostris. 11 faut que le monde voie si leurs doctrines ou les nôtres sont à Tépreuve du reproche de variations.

• a Ils doivent être les premiers k désirer, a appeler cette épreuve. Quel triomphe et quelle gloire pour eux,

s'ils peuvent répondre, et quelle défaite et quelle honte pour nous!...

a Quant aux esprits timorés qui traiteraient d'intempestive cette controverse, nous répondrons que la vraie religion a tout à gagner et rien a perdre a la discussion de la vérité.

«r Après tout, de quoi s'agit-il? Il s'agit de savoir ce que c'est que cette doctrine dont l'anéantissement de la raison humaine est le premier mot» et la théocratie le dernier. Ëstrce ou n'est*^^ pas la doctrine catholique? cela nous importe à tous.

a Pour nous, rien ne nous semble plud redoutable a la religion que cette consécration du despotisme. C'est là ce qui soulevé contre la papauté, en Italie même comme chez nous, et partout ailleurs, d'aussi injustes et d'aussi funestes appréhensions. Si Julien l'Apostat avait rencontré un parti d'ultramontains, il aurait accompli par eux, en les soutenant, en leur donnant la puissance, son œuvre de destruction.

a Deux grands faits dans l'histoire ecclésiastique parlent assez haut.

<r Les évêques de France, il y a soixante-dix ans, se trouveront placés entre le schisme et toutes les persécutions. Ils étaient tous .disciples de Bossuet, et sur cent trente-six évêques, cent trente-deux se firent les martyrs de leur dévoûment au Saint-Siège. Nous défions les ultramontains de citer dans toute Thistoire une page aussi belle que celle-lk; et cette page, l'Eglise gallicane l'a écrite avee sa foi et avec son sang^

« Et deux siècles auparavaDt, à côlé de nous, dans le pays appelé Ylle-des-Sainls, l'ultramontanisme régnait; là, de l'aveu de trois cardinaux restés seuls fidèles, dans une lettre qu'ils écrivirent au souvei*ain-pontife douloureusement étonné, là, depuis longtemps, on ne connaissait que le pape, on ne parlait que du pape, on ne vantait que le pape; la volonté du pape remplaçait les canons. Aucune Eglise ne paraissait plus respec-* tueuse, et, faut-il le dire? plus asservie.

« Tout à coup un roi méchant, un roi adultère, s'insurge contre un juste décret du souverain-pontife. Tout répiscopat, tout le clergé, tout le peuple, se croyant délivré du joug de Rome, suit son souverain, et l'Angleterre était perdue pour l'Eglise (1). »

(1) L'abbé de Cassan-Flo^rac, dans la Gazetle de France, lî avril 1859.

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