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CHAPITRE XXVII

LA PRÉTENTION DES GRANDES PUISSANCES D OBLIGER LE PAPE A AMÉLIORER SON GOUVERNEMENT, OU LA GRANDE CRISE DU ROMANISME.

Los désordres sociaux qui régnent dans les Etats de la seconde forme rie sont pas d'hier, et ils sont connus de tout le monde; cependant dernièrement, au congrès de Paris, les grandes puissances crurent devoir imposer des réformes radicales aux chefs de ces deux Etats. Mais la manière différente dont elles agirent à regard des souverains-ponlifes de ces deux Etats est bien remarquable. Quant au sultan, elles prirent tous les soins possibles pour ménager, au moins en apparence, la susceptibilité de son honneur dans les réformes qu'elles lui faisaient faire : aussi proclamèrentelles « que ces réformes venaient de sa propre et spontanée volonté^ et de l* empressement que ce souverain avait de faire le bonheur de ses peuples;» elles l'invitèrent même à prendre part à leurs conseils, à discuter et à régler avec elles toutes les réformes de son propre em-

pire et toutes les autres grandes questions du monde desquelles il s'agissait dans le congrès de Paris; elles poussèrent même l'attention et la délicatesse pour le sultan jusqu'à déclarer que « personne ne pourra s'immiscer dans ce qui regarde les rapports de ce souve^ rain avec ses propres sujets^ » quoiqu'il fût question d'un roi mahométan et des droits de ses sujets chrétiens. Mais quant au souverain-pontife de Rome, les puissances le traitèrent bien différemment : elles ne rappelèrent même pas, comme chef de l'Eglise, au sein d'un congrès assemblé en définitive pour terminer une guerre suscitée par la question religieuse, une guerre que cette paix devait régler, et à la réglementation de laquelle avaient assisté et pris part d'une manière très-active les représenlanls même du gouverne-' ment islamique. Elles ne l'invitèrent pas non plus, comme souverain temporel , à envoyer des représentants, qui auraient donné des explications et des informations sur l'état et les besoins de son royaume, ou qui auraient répondu aux chefs d'accusation qu'elles avaient l'intention de lui faire. Au contraire, en l'absence du chef de l'Eglise et roi temporel de Rome, et en présence des représentants du sultan, pour que la leçon profitât au moins à celui-ci , les grandes puissances, d'une commune voix, décrétèrent solennellement, dans leur séance du 8 avril 1850 du congrès de Paris, qtion imposerait au pape Vobligation de faire des améliorations dans son gouvernement. Et ce ne fut ni un diplomate russe schismatique, ni un diplomate an-

glais ou prussien, protestants, ni un plénipotentiaire de la Sardaigne, alors sous Vexcommunication du Saintr Siège, ni le visir du sultan, ni enfin un simple membre des conférences, qui prit l'initiative de cette déclaration, laquelle condamna et anéantit d*un seul coup la papauté temporelle : ce fut le président du congrès, le premier ministre du souverain très-chrétien de la France, et le représentant de la fille aînée de l'Eglise de Rome!...

Les grandes puissances étaient même tellement convaincues que la cause de tous les désordres sociaux résidait dans le royaume du pape, et que la question des' changements dans ce pays était très-urgente, qu'elles s'étaient cru forcées de mettre brusquement en cause •le gouvernement clérical, sans que cette question eût aucune connéxîté avec celle qui faisait exclusivement le but du congrès, et même au risque de compromettre une paix tant désirée par tout le monde!... D'un autre côté, le congrès connaissait aussi que Texaspération des esprits des peuples opprimés était beaucoup plus forte à Rome qu'à Conslantinople.

Voilà pourquoi le congrès de Paris s'était décidé à passer par-dessus toutes les considérations d'étiquette, et prendre l'initiative même dans la capitale du pape, au risque de donner par cette déclaration , à toute une révolte, le droit légitime d'accomplir le juste vœu des grandes puissances!... Pour épargner au sultan un tel risque de la part des chrétiens byzantins, le congrès ne voulut pas que le hattî-houmayoun fût inséré en entier

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dans les protocoles; mais il ne voulut pas user des mêmes ménagements pour les accusations solennelles adressées à la papauté!... Cela prouve que les puissances chrétiennes étaient bien convaincues qu'une réforme radicale était plus impérieusement exigée dans le gouvernement du souverain-pontife de Rome que dans les Etats de celui de Constantinople. Et les faits ont prouvé que les puissances n'avaient pas tort.

C'est ainsi que la conclusion du congrès de Paris fut, pour ce qui regarde le sultan, la réforme imposée par le hatti-houmayoun du 18 février, et pour le pape, Y amélioration de son gouvernement.

Mais cette prétention des grandes puissances d'améliorer le gouvernement du pape, était-elle le seul besoin de l'équilibre européen?... La question des deux pouvoirs, de ces deux colonnes qui soutiennent tout l'édifice social et qu'il s'agissait d'améliorer, se trouvaitelle même assez bien réglée dans les Etats des autres souverains catholiques romains, pour que ceux-ci eussent raison de prétendre l'améliorer dans celui du pape? La confusion de ces deux pouvoirs dans la même personne ne serait-elle pas mille fois plus avantageuse a un Etat, au point de vue de ses intérêts extérieurs, que ne l'est le placement dans un Élat étranger d'une de ces deux colonnes?... car au moins le souverain-pontife de Rome possède chez lui et peut diriger à son gré toutes les forces temporelles et spirituelles de son peuple, tandis que les souverains de France, d'Autriche d'Espagne, du Piémont, de Naples, enfin ceux de tous

les autres États catholiques romains, ne peuvent disposer que de la moitié de ces forces seulement, parce que l'autre moitié se trouve entre les mains de leur collègue le roi de Rome!...

Toutefois, le sultan et le pape remirent tous deux le soin de ces réformes et améliorations à leurs propres ministres, comme le font ordinairement tous les souverains. Or, ceux du sultan parurent au moins se donner quelque mouvement; ils firent semblant de s'en occuper ; ils tâchèrent même de s'excuser sur le faAatisme des mahométans, sur la mauvaise foi des chré* tiens, sur la prodigalité des femmes du sérail, sur l'impossibilité naturelle de réformer une société de fond en comble dans l'espace de quelques mois, et sur mille autres prétextes et raisons!... Mais que firent les ministres du pape ?... que répondit l'administration de Rome à ces enfants qui découvraient la nudité de leur mère? que dit le gouvernement clérical à ceux qui le déclaraient intolérable? quel semblant de mouvement firent les Ali-Pacha et les Fuat-Pacha du Vatican? Eurent-ils au moins l'air de songer auxaméliora* lions que les grandes puissances exigeaient d'eux, comme ceux de la Sublime-Porte faisaient semblant de s'occuper des réformes que l'Europe leur imposait? s'excusèrent-ils même, comme les ministres du sultan, sur la fainéantise ou sur la mauvaise foi du peuple romain, sur les caprices de leur entourage?. . . Personne ne répondit rien ! personne ne fit rien !... Pas une réponse I... pas un semblant de mouvement!... comme

si ce u était pas eux que l'Europe eût mis sur le banc des accusés ; comme si ce n'était pas de leur réforme que le monde civilisé s'occupait; comme si ce n'était pas a eux que le congrès de Paris s'adressait ! . . . Ils voulaient, ces gens-là, prouver, par leUr silence, que le despotisme romain comprend déjà qu'il ne lui reste plus rien à espérer, mais qu'il veut au moins mourir comme il a vécu : en tyran!... Aussi, imitant en cela, mais en cela seulement, la conduite de César, qui, au moment de sa mort, s'enveloppa la tète de la toge qui faisait autrefois sa gloire, et reçut tous les coups mortels que les défenseurs de la liberté du peuple lui portaient, le Romanisme reçoit de nos jours, un à un, tous les coups que les progi*ës de la civilisation lui portent, se repliant, en criminel réprouvé, sous le saint voile de la religion ! . .

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